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Le Cauchemar de Johann Heinrich Füssli, 1802
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Par Roger Ripert
Extrait du Cours n° 13 de la Formation à l'onirologie
Fascicule 5 : La créativité onirique - Le questionnaire senoï - La résolution des cauchemars
Partie intégrante des «mauvais rêves», les cauchemars, au sens étroit du terme, surviennent durant l’état de rêve. Ils traduisent toujours une situation conflictuelle en impasse, c'est-à-dire un conflit apparemment insoluble, dont la seule échappatoire est alors le réveil : Ouf ! Ce n'était qu'un cauchemar...
Ces rêves vicaces s'accompagnent d'intenses et pénibles sensations (angoisse, épouvante ou terreur) et d'une somatisation marquée, associées à leurs contenus psychiques : tachycardie, apnée
(sensation d'étouffement), gesticulation, sueurs froides, cris, etc.
Par leur issue passant par un changement d'état de vigilance (de l'état de rêve à l'état de veille) et leur somatisation manifeste, les cauchemars se distinguent des rêves cauchemardesques ou anxiogènes, comme l'indique J. A. Hadfield, dans son ouvrage Rêves et cauchemars (Le Monde en 10-18, n° 31, pp. 186-187) :
«Il faut faire une autre distinction entre le rêve anxieux complet et le cauchemar. Tous deux reproductifs d'un problème non résolu. Mais le rêve complet travaille en vue d'une solution qui nous permette de continuer à dormir, tandis que dans le cauchemar, le conflit est aggravé, et la terreur si grande, qu'il n'y a pas offre de solution.
Comme je l'ai déjà fait remarquer, de même que nous nous endormons pour échapper à certains soucis, nous nous réveillons de nos cauchemars pour échapper aux problèmes qu'ils nous présentent.
C'est en quoi les cauchemars offrent [au psychanalyste] un moyen direct de connaître le problème qui hante son malade.»
Le souvenir vicace de leur vécu caractérise aussi les cauchemars, même si leur rejet naturel rend difficile leur transcription et leur partage. Au bénéfice de l'onirologie, les cauchemars peuvent ainsi faire changer d'avis les personnes qui prétendent encore ne pas rêver (en dépit de la mise en évidence de l'état de rêve dans les années 50 !) et les amener à s'intéresser à ce qu'ils avaient tendance auparavant à dénigrer ! Source de trouble du sommeil, le cauchemar joue le rôle positif de sonnette d'alarme afin d'avertir le rêveur du danger conflictuel qui le menace. Un danger auquel le rêveur se doit de faire face, surtout si le cauchemar en question devient répétitif.
Le conflit non résolu
Du fait de notre dualité existentielle, le conflit est inhérent à notre existence. En fonction de notre aptitude à le résoudre, notre qualité de vie à l'état de veille s'étage dans un continuum de bien et/ou de mal-être se traduisant en état de rêve par de "bons" et/ou de "mauvais rêves", ces derniers pouvant aller jusqu'au cauchemar lorsque notre tentative de résolution du conflit en cause se solde par un échec. Dans leur ouvrage, Conquering bad dreams and nightmares - A guide to understanding interpretation and cure (Berkley edition, 1992, p. 69), Barry Krakow et Joseph Neidhardt écrivent :
«La vie est un conflit. Etant humain, nous ne pouvons l'éviter ou y échapper bien que la plupart du temps nous tentions certainement de le faire. Nous réagissons au conflit de diverses manières - parfois en l'affrontant et parfois en le niant. Notre comportement dénote souvent un conflit non résolu - fumant peut-être pour l'éviter temporairement; buvant pour l'oublier; agissant de manière agressive pour l'écraser; ou en mangeant avec excès pour le réprimer. Pour faire face à nos conflits, nous employons des défenses psychologiques telles que la suppression, la sublimation, l'intellectualisation ou la projection, pour n'en nommer que quelques-unes.
Les cauchemars expriment nos conflits d'une manière oniro-dramatique, mobilisant nos mécanismes de défense de même que d'autres stratagèmes psychologiques pour traiter les matériaux conscients et inconscients de notre esprit. Presque tous les cauchemars reflètent un conflit. Les rêves post-traumatiques et certains cauchemars récurrents peuvent être provoqués par un facteur chimique inconnu dans notre cerveau ou ils peuvent être provoqués par des réponses au stress surapprises.
Les rêves reflètent toujours de vieux conflits liés à des événements passés.
Le conflit résulte de désirs et d'obligations incompatibles ou de pensées et d'émotions irréconciliables.
Vous aimez vos parents; vous détestez vos parents. Vous aimez votre travail, mais votre patron vous frustre. Vos enfants sont une joie mais une vraie douleur parfois. Voici des sources fréquentes de conflits — celles auxquelles ils peuvent se rapporter. Cependant, les conflits de chacun sont différents, variant en fonction de nos expériences et de notre histoire personnelle. Ils se manifestent d'une manière unique dans les rêves de chaque personne.»(Traduit par Roger Ripert)
Version anglaise
«Life is conflict. In being human, we can't avoid or escape it though we certainly try to much of the time. We deal with conflict in various ways —sometimes confronting it and sometimes denying it. Often our behavior demonstrates an unresolved conflict — smoking perhaps to temporarily avoid it; drinking to forget it; acting aggressively to squelch it; or overeating to smother it. We use psychological defenses such as suppression, sublimation, intellectualization, or projection, to name a few, to cope with our conflicts.
Nightmares express our conflicts in "dreamatic" fashion, engaging defense mechanisms as well as other psychological ploys to deal with conscious and unconscious material from our minds. Nearly all nightmares reflect conflict. Post-traumatic dreams and some recurrent nightmares may be caused by an undiscovered chemical factor in our brains or they may be caused by overlearned responses to stress. Still, the dreams reflect old conflicts from past events.
Conflict arises from incompatible desires and obligations or irreconcilable thoughts and emotions. You love your parents; you hate your parents. You like your job, but your boss frustrates you. Your children are a joy but a real pain sometimes. These are common sources of conflicts — ones we can relate to. Yet, each person's conflicts are distinct, depending upon his or her background and experiences. This manifests in unique ways in each person's dreams.»
Comme le soulignent les auteurs, le conflit interne inhérent au cauchemar traduit toujours un conflit externe correspondant qui en est la source :
«Non seulement les cauchemars sont basés sur les conflits internes générateurs d'anxiété au cours de développement psychosexuel, mais ces conflits internes sont aussi intimement liés aux situations de danger externe qui menacent actuellement l'individu ou qui l'ont fait dans le passé. L'ego [le moi] réagit au cours du cauchemar avec une sorte d'anxiété en adéquation avec la perception d'un danger réel intense menaçant sa survie, c'est-à-dire comme si la menace éprouvée par le rêveur était absolument réelle. C'est cet aspect de menace intense et réelle qui caractérise peut-être le plus nettement les cauchemars.» (p. 17). (Traduit par Roger Ripert)
Version anglaise
«One of the principal objectives of this book will be to show, not only that nightmares are based on the internal conflicts that have generated anxiety in the course of psychosexual development, but also that these internal struggles are intimately associated with external danger situations that threaten the individual currently or have done so in the past. The ego in the nightmare reacts with a kind of anxiety consistent with the perception of intense actual danger threatening survival, that is, as if the threat to the dreamer were absolutely real. It is this quality of vivid and actual threat that perhaps most sharply characterizes nightmares and for which we must try to account (p. 17).»
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Pour bien comprendre le mécanisme du conflit spécifique inhérent au cauchemar, il importe d'en examiner de plus près son caractère sans issue apparente, comme si le rêveur se retrouvait pris entre les deux mâchoires d'un étau sans pouvoir les désserrer, face à un dilemme insoluble, sans choix possible pour en sortir. D'où les sentiments d'oppression et d'angoisse.
Autrement dit, pour reprendre la symbolique traditionnelle des instances psychiques, le rêveur en état de cauchemar (son Moi) se retrouve coincé et paralysé (en situation d'impasse) entre son oppresseur d'en haut (son Sur-moi) et son opprimé d'en bas (son Sous-moi). Du côté du Sur-moi, toutes sortes de contraintes, de devoirs et d'obligations, et, du côté du Sous-moi, toutes sortes de besoins, de désirs et d'aspirations. Les contenus de ces deux instances opposées se caractérisant en l'occurrence par leur incompatibilité manifeste et leur exclusion réciproque.
Au plan de la communication, ce modèle de fonctionnement du cauchemar rejoint celui de l'injonction paradoxale, un modèle explicatif élaboré par Grégory Bateson et son école de Palo Alto dans les années 50, dénommé "double bind" (que l'on peut traduire par double lien, double entrave ou double contrainte).
A ce propos , Steven Wainrib et Françoise Debenedetti écrivent :
«Il s’agit d’un véritable ligotage, réalisé par une communication paradoxale, faite de messages contraignants, liés (dépendants) et pourtant contraires.
La différence essentielle entre ces injonctions paradoxales et une simple contradiction réside dans le fait que le choix reste une solution possible quand vous êtes face à une contradiction, alors qu’une telle solution n’est même pas pensable dans le cas de l’emprise qu’exerce la communication paradoxale.
L’effet d’injonctions paradoxales est d’autant plus délétère (nuisible à la santé) qu’elles sont adressées par quelqu’un dont vous dépendez affectivement, par rapport auquel vous tendez à vous situer.»
L'injonction paradoxale, tout comme le cauchemar, se révèle ainsi comme un message contradictoire contraignant structuré en forme d'enfermement. Par exemple : "Sois spontané !"
Première contrainte (d'en haut) : "Il faut que tu sois" (contrainte par autrui sur notre façon d'être naturelle).
Deuxième contrainte (d'en-bas), liée à la première : "Etre spontané" (façon
d'être naturelle en l'absence de contrainte par autrui).
Ces deux contraintes s'excluent mutuellement : on ne peut être spontané sous la contrainte d'autrui.
Pour résoudre cette injonction paradoxale, nulle autre solution que de prendre conscience de sa nature contradictoire, de la dénoncer, puis d'amener son auteur à faire clairement un choix quant à sa demande :
«Pour ma façon d'être, que veux-tu de moi exactement : que je t'obéisse ou que je sois spontané ?».
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Dans une étude des rêves à caractère universel, l'onirologue américaine Patricia Garfield a dressé une liste de douze thèmes oniriques principaux, analysés dans leur aspect négatif (les "mauvais rêves") et/ou positif (les "bons rêves").
En voici la liste, en français et en anglais (cf. The Universal dream key) :
1. Être poursuivi ou attaqué versus être embrassé ou aimé 2. Être blessé, malade ou mourir versus guérir, naître ou renaître 3. Panne de voiture ou d'autres moyens de transport versus plaisir de se déplacer 4. Maison/biens perdus ou endommagés versus travaux d'amélioration 5. Mauvaise épreuve ou autre performance versus bonne performance 6. Tomber ou se noyer versus voler, nager ou danser joyeusement 7. Être nu ou vêtu de façon inappropriée en public versus être bien habillé 8. Rater le bateau ou un autre moyen de transport versus faire un voyage agréable 9. Dysfonctionnement d'une machine ou du téléphone versus un bon fonctionnement 10. Catastrophes naturelles ou d'origine humaine versus beauté de la nature, miracles ou rites 11. Être perdu ou pris au piège versus découvrir de nouveaux espaces 12. Être menacé par un esprit versus être guidé par un espr |
Version anglaise 1. Being chased or attacked versus being embraced or loved 2. Being injured, ill, or dying versus being healed, born, or reborn 3. Car or other vehicular trouble versus pleasure 4. House or Property Loss or Damage Versus Improvement 5. Poor test or other poor performance versus fine performance 6. Falling or drowning versus flying, swimming, or dancing joyfully 7. Being naked or inappropriately dressed in public versus being well dressed 8. Missing the boat or other transport versus pleasant travel 9. Machine or telephone malfunction versus smooth operation 10. Natural or man-rnade disasters versus natural beauty, miracles, or rituals 11. Being lost or trapped versus discovering new spaces 12. Being menaced by a spirit versus being guided |
Pour cette étude, l'auteur a recueilli - par l'intermédiaire de son site internet (www.patriciagarfield.com) - les rêves de 500 rêveurs de par le monde (325 rêveurs des Etats-Unis et 175 rêveurs d'autres pays, dont 75% de rêveuses). Dans l'ordre de leur fréquence, les thèmes des "mauvais rêves" ont été classés ainsi :
Être poursuivi ou attaqué (80 %)
Tomber ou se noyer (64%)
Être perdu ou pris au piège (58%)
Être nu ou vêtu de façon inappropriée en public (52%)
Être blessé, malade ou mourir (48%)
Catastrophes naturelles ou d'origine humaine (42%)
Mauvaise épreuve ou autre performance (40%)
Panne de voiture ou d'autres moyens de transport (38%)
Rater le bateau ou un autre moyen de transport (31%)
Maison/biens perdus ou endommagés (30%)
Dysfonctionnement d'une machine ou du téléphone (24%)
Être menacé par un esprit (12%)
Comme on le voit, le cauchemar universel le plus courant porte sur l'agression (celle d'un animal sauvage, d'une personne diabolique, d'un monstre, d'une "chose" ou d'une autre menace quelconque, ainsi que le précise l'auteur). Rien d'étonnant si l'on admet le principe de continuité entre nos vies de rêve et de veille. La violence et l'insécurité qui en découle ne sont-elles pas le premier des cauchemars de notre culture dite "occidentale" !
Partant de là, même si chaque sorte de cauchemar appelle une réponse appropriée pour passer du "mauvais" au "bon" aspect du rêve" (voir ci-dessous), nous nous focaliserons sur la résolution de ce type de cauchemar passe-partout.
Pour la résolution des cauchemars les plus courants (voir Patricia Garfield, ci-dessus), Stephen LaBerge préconise les conduites suivantes à tenir lors de leur survenue (voir aussi l'article de Craig Webb, ci-dessous) :
1. Etre poursuivi
Réaction : Arrêtez de fuir. Retournez-vous pour faire face au poursuivant. Cette attitude en soi peut faire disparaître le poursuivant ou le rendre inoffensif. Sinon, entamez un dialogue de conciliation avec le personnage ou l'animal.
2. Etre attaqué
Réaction : Ne pas fuir ou rester passif face à l'attaque. Montrez que vous êtes prêt à vous défendre et essayez alors d'engager un dialogue de conciliation avec l'attaquant. Ou bien, puisez en vous-même un sentiment d'amour et d'acceptation, et partagez-le avec le personnage menaçant.
3. Tomber
Réaction : Détendez-vous et atterrissez. Vous n'allez pas mourir en touchant le sol. Ou bien, transformez la chute en vol.
4. Paralysie
Réaction : Détendez-vous lorsque vous vous sentez piégé, coincé ou paralysé. Ne laissez pas l'anxiété envahir votre rationalité. Dites-vous que que vous êtes en train de rêver et que le rêve va bientôt prendre fin. Acceptez les images oniriques qui surviennent, quelles qu'elles soient, ou les choses qui se produisent au plan corporel. Rien de tout cela ne va vous blesser. Montrez de l'intérêt et de la curiosité envers ce qui ce produit.
5. Ne pas être préparé à un examen ou à une conférence
Réaction : Tout d'abord, vous n'êtes pas obligé de continuer à rêver sur ce thème. Vous pouvez quitter l'examen ou la salle de conférence. En de telles circonstances, vous pouvez toutefois accroître votre confiance en soi par des réponses créatives aux questions ou en improvisant un discours sur le sujet de votre choix. Faites-vous plaisir. Au réveil, vous pouvez vous interroger sur votre préparation réelle à une situations similaire.
6. Etre nu en public
Réaction : Qui s'en soucie en rêve ? Amusez-vous autour de cette idée. Certaines personnes trouvent que la nudité en rêve lucide est sexuellement excitante. Si vous le souhaitez, amenez tout le monde à se déshabiller. Souvenez-vous que la modestie n'est qu'une convention et que les rêves sont des expériences privées.
(Traduit par Roger Ripert)
Notes bibliographiques
- De Koninck, Joseph, «Le rêve, son origine, son utilité et ses répercussions», Pyschologie Québec, Janvier 2004, pp. 23-25.
- Krakow, B. et al., (1996). «Long-term reduction of nightmares with imagery rehearsal treatment». Behavioral and Cognitive Psychotherapy, vol. 24, pp. 135-148.
- St-Onge, M. et al (2000), «Imagery rehearsal for nightmares in children : A pilot study». Journal of Sleep Research, vol. 9 (supp. 1), p. 80.
- S. LaBerge, Lucid dreaming - A Concise guide to awakening in your dreams and in your life, Sounds True, 2004, chap. 5, pp. 51-69.
- S. LaBerge & H. Rheingold (1990), Exploring the world of lucid dreaming, New York, Ballantine.
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Similaire aux étapes de la médiation (voir ci-dessous), les étapes successives de l'exploration et de la résolution des cauchemars s'opèrent tant au plan intérieur qu'extérieur. Leur durée varie en fonction du cauchemar à résoudre.
1. Objectiver les cauchemars (transcription dans le Journal de rêves)
2. Identifier précisément les deux parties à la source du conflit (les protagonistes/interlocuteurs).
3. Clarifier et objectiver précisément la nature du conflit et son champ d'application.
4. Rechercher et faire appel à un médiateur/expert pour trouver une solution au conflit.
5. Aboutir à un accord (engagement) mettant fin au conflit.
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CAUCHEMAR
1. Ca 1375 cauquemare (Sym. de Hesdin, Val. Max., fol. 54a ds Gdf).
Compl. : Quant il semble que aucune chose viengne a son lit, qu'il semble qu'il monte sur lui, et le tient si fort que on ne peut parler ne mouvoir, et ce appelle le commun cauquemare, mais les medecins l'appellent incubes [cf. incube au sens de «cauchemar, suffocation» 1584-90 Du Bartas ds Hug.]); ce malaise a souvent été attribué à l'action de sorcières, d'où quauquemaire «sorcière» 1440-42 (Lefranc, Champ. des Dames, Ars. 3121, fo 120d ds Gdf.); 1564 cauchemare (J. Thierry, Dict. fr.-lat.); 1677 cauchemar (Miège, A new dict., fr. and engl.); 1718 (Ac. : C'est un homme qui donne le cochemar); 1835 (Ac. : Cet homme est un véritable cauchemar);
2. p. ext. 1833 «rêve effrayant» (G. Sand, Lélia, p. 112). Composé, pour le premier élément, de la forme verbale cauche, de cauchier «presser», qui, étant donnée l'orig. pic. du composé (cf. 1580, Bodin, Demon., 108 vo ds Hug. : Au pays de Valois et de Pycardie, il y a une sorte de sorcières qu'ils appellent cochemares), représente probablement un croisement entre l'ancien français chauchier «fouler, presser» attesté sous cette forme depuis la 2e moitié du XIIe s. (Li Sermon saint Bernart, 159, 22 ds T.-L.), du lat. calcare (v. côcher) et la forme pic. correspondante cauquier.
Le second élément est l'ancien picard mare (1285-1300 Gloss. abavus [Marchiennes, Nord], 1407 ds Roques, p. 37 : incubus : mare), empr. au m. néerl. mare «fantôme qui provoque le cauchemar», Verdam, auquel correspondent l'anglais mare «spectre» [angl. nightmare], l'a. h. all., m. h. all. mar [n. h. all. Mahr] (De Vries Nederl.; Kluge20).
CAUCHEMAR, subst. masc.
A.− Vieilli. État d'oppression ou d'étouffement qui survient durant le sommeil. Le cauchemar d'un malade :
1. À l'aspect de ces difficultés, il fut découragé. Le monde social et le monde judiciaire lui pesaient sur la poitrine comme un cauchemar.
Balzac, Le Colonel Chabert, 1835, p. 76.
Remarque. Le cauchemar a été autrefois attribué à l'intervention d'un démon, d'un incube, de génies malfaisants. Smarra est le nom primitif du mauvais esprit auquel les Anciens rapportaient le triste phénomène du cauchemar (Nodier, Smarra, 1821, p. 21).
− P. ext., usuel. Rêve pénible ou effrayant qui réveille le dormeur en le laissant dans un malaise ou dans l'angoisse. Sommeil peuplé de cauchemars :
2. Dans mon enfance j'étais sujet à de fréquents cauchemars, qui me laissaient terrorisé; je me réveillais en criant ou dans les larmes et craignais de me rendormir.
Gide, Journal, 1929, p. 939.
3. Si calme, si gentil ! comme un ami qu'un cauchemar vous a montré étendu mort et sanglant et qu'on retrouve au réveil, souriant, futile, animé, si inconscient de la menace.
Gracq, Un Beau ténébreux, 1945, p. 101.
SYNT. Cauchemar atroce, horrible; cauchemar de descente, de poursuite; abominable, sinistre cauchemar; s'éveiller d'un cauchemar; se débattre contre un cauchemar.
B.− Par analogie. Ce qui provoque la peur, la panique, l'horreur, l'aversion.
− [En parlant d'une pers.] Être le cauchemar de qqn; le cauchemar de ma jeunesse. Celui qu'il [Bixiou] aimait le plus à vexer était le jeune La Billardière, sa bête noire, son cauchemar (Balzac, Les Employés, 1837, p. 102).
− [En parlant d'une atmosphère, d'une situation, d'un état psychol.] Visions de cauchemar :
4. Ce qui paraît vrai, ce qui paraît solide, c'est ce cauchemar du travail forcé, des brutalités, de l'injustice; ce qui paraît faux et fragile, c'est l'ordre, la liberté, le bonheur.
Green, Journal, 1946, p. 80.
SYNT. Le cauchemar de l'écrasement, de la guerre, de l'invasion; une journée, une maison, une prison, un silence, un visage de cauchemar; forêts de cauchemar; sombrer dans un cauchemar; sortir d'un cauchemar.
♦ Par hyperbole, fam. Ce qui crée des soucis excessifs. − C'est un cauchemar cette chimie; sûr et certain que je vais me faire coller (S. de Beauvoir, Les Mandarins, 1954, p. 201).
DÉRIVÉS
1. Cauchemarder, verbe intransitif.
a) Fatiguer comme un cauchemar; ennuyer, importuner. Emploi pronom., pop. S'inquiéter, se tourmenter. Hein ! Est-elle assez canulante ! Il faut qu'elle se cauchemarde (Zola, L'Assommoir, 1877, p. 470).
b) Faire des cauchemars. La nuit (...) il cauchemarde. Il roule, à bicyclette (...) Un pneu éclate avec un soupir aigre (...) Il pique une tête dans la Loire (Genevoix, La Boîte à pêche, 1926, p. 160). Rem. On rencontre en outre dans la documentation l'adverbe cauchemardement. À la manière d'un cauchemar. C'est une suite de récits cauchemardement fantastiques (E. et J. de Goncourt, Journal, 1894, p. 606). − Au sujet du timbre de -au-, cf. cauchemar. − 1re attest. 1840 (Cogniard Frères, Roland furieux, XIII ds Quem. Fichier); de cauchemar, dés. -er, avec intercalation de -d- sur le modèle de dérivés de mots en -ard, tels que bavard/bavarder. − Fréq. abs. littér. : 2
2. Cauchemardant, ante, adj.
a) Qui donne le cauchemar; affreux; obsédant. Une laideur cocasse, farce et cauchemardante (Gyp, Souvenirs d'une petite fille, 1928, p. 53). Le second mouvement, (...), devient une sorte de cauchemardante marche funèbre (S. Lifar, Traité de chorégr., 1952, p. 70).
b) Pop. [En parlant d'une chose ou d'une pers.] Importun, ennuyeux à l'excès. La loquacité de chacune de ces deux vieilles abandonnées est cauchemardante. Elles radotent éperdument (Gide, Voyage au Congo, 1927, p. 838). − Fréq. abs. littér. : 2.
3. Cauchemardesque, cauchemaresque, adj. Qui produit l'impression d'un cauchemar; terrifiant, fantastique. Un rêve biscornu et cauchemaresque (E. et J. de Goncourt, Journal, 1894 p. 915); dans le genre cauchemardesque, la poésie des Chants de Maldoror (...) a délivré une région du rêve et de la fantasmagorie la plus douloureuse, la plus hagarde, qui aurait dû faire oublier les Fleurs du mal (Aymé, Le Confort intellectuel, 1949, p. 39). − Au sujet du timbre de -au-, cf. cauchemar. Aucune transcr. de cauchemaresque. Lar. 20e et Dub. : cauchemardesque; Lar. encyclop. : cauchemardesque ou cauchemardeux; Rob. Suppl. 1970 : cauchemardesque, cauchemardeux et cauchemaresque. − 1res attest. a) 1919 cauchemardesque (Benoit, L'Atlantide, p. 174); b) 1882 (E. de Goncourt, La Faustin, p. 319); a de cauchemar, suff. -esque * avec intercalation de -d- d'apr. cauchemarder; b de cauchemar, suff. -esque*. − Fréq. abs. littér. Cauchemardesque : 2. Cauchemaresque : 6.
BBG. − Migl. 1968 [1927], p. 317. − Pamart (P.). Écriture artiste et créations verb. Qq. glanures à travers le j. des Goncourt. Vie Lang. 1970, p. 306 (s.v. cauchemaresque).
in Trésor de la langue française - Dictionnaire du XIXe & XXe siècle : définition, étymologie, citations, synonymes, antonymes); version en ligne du TLF en 16 volumes, plus de 100 000 mots
Source : CNRTL
http://www.cnrtl.fr/etymologie/cauchemar
http://www.cnrtl.fr/lexicographie/cauchemar
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NIGHTMARE
Nightmare (cauchemar en anglais) avait à l'origine la signification de Nighfiend (démon de la nuit). La responsabilité des expériences de rêves terrifiants fut attribuée au démon de la nuit et, par la suite, le terme fut utilisé pour désigner les rêves eux-mêmes de sorte que la signification originale se perdit.
Le terme de nightmare était plus particulièrement utilisé pour désigner un démon féminin de la nuit, une sorcière de la nuit, comme on l'appelait aussi.
Le terme nightmare vient de l'anglo-saxon neaht ou nacht (nuit) et mara (incube ou succube).
Le suffixe anglo-saxon a signifie un agent, de sorte que mara, du verbe merran, signifie littéralement un "écraseur" et le sens de poids pesant sur la poitrine se retrouve dans les termes correspondants des langues apparentées (islandais : mara; danois : mare; bas-allemand : moore; polonais : mora; bohémien : mura; suédois : mara; haut-allemand ancien : mara).
Ces mots dérivent eux-mêmes d'une racine indo-germanique d'un grand intérêt : MR.
Cette force oppressante ressentie pendant le sommeil a été personnifiée dès les temps les plus anciens, le plus souvent par une forme féminine dépeinte comme étant extrêmement plaisante ou bien extrêmement hideuse.
Le membre le plus ancien de ce monde des esprits dont nous ayons la trace est ce "démon écraseur" (Druckgeist), dont le nom générique est mara. Krauss remarque avec raison que «si jamais une croyance a été et est encore commune à tous les peuples de la terre, partout et toujours, c'est la croyance à la mara».
Il y a trois cents ans, le terme de mare était couramment employé seul pour désigner le visiteur nocturne à l'œuvre duquel on attribuait les cauchemars terrifiants. Le mot teuton dont il dérive, mara, est cependant tout à fait distinct du mot mare (jument). Ce dernier vient de l'anglo-saxon mere, forme féminine de mearh, cheval. L'assimilation entre les deux termes se retrouve aussi en hollandais, car la deuxième partie du mot hollandais désignant le cauchemar, c'est-à-dire nichtmerrie, signifie également jument.
Approfondissons un peu plus l'histoire du mot mare = jument. Jähns cite douze mots apparentés et un nombre correspondant de formes féminines. Des exemples masculins sont : l'islandais et le haut-allemand ancien mar, le haut-allemand médiéval march, le haut-allemand moderne mahr.
Au féminin, nous avons le norvégien ancien merr, le finnois märä, le haut-allemand médiéval meriche et mare, le haut-allemand moderne märhe. Ce dernier terme est incorrectement orthographié aujourd'hui mähre.
On peut mentionner que Vignoli est allé jusqu'à faire dériver le mara de nightmare du haut-allemand ancien mar : cheval, faisant de l'idée de cheval l'idée primaire dans tout le groupe des légendes ayant trait au cauchemar et ce, à un degré tout à fait injustifiable. On pense que la racine dont le mot mare (= jument) dérive est d'origine celtique, Pausanias le classant ainsi; ce mot est parent de l'irlandais marc et du gallois march.
Aussi bien en allemand qu'en anglais, ces mots obtinrent très tôt un sens plutôt féminin, très vraisemblablement à cause de leur similarité, dans les deux langues, avec l'autre mot mara = sorcière de la nuit, et, plus particulièrement en anglais, la forme masculine correspondante est tombée en désuétude. En fait, ce sens féminin est si fort que ce terme a été utilisé dans divers pays pour désigner plusieurs autres créatures féminines...
Source : Le Cauchemar, Ernest Jones, Payot, 1973, pp. 211-212
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Bibliographie issue de la Base de données bibliographique (BDB) de
l'association Oniros (fonds de bibliothéque accessible aux
adhérents de l'association).
Bibliographie de la catégorie Cauchemars
Dans l'ordre : N° - Titre - Auteur - Référence - Type de Fonds - Commentaire
1411 - «Les thèmes du rêve et du cauchemar», in Histoires de cauchemars (Anthologie), Goimard (Jacques), Stragliati (Roland, éd.), Presses Pocket, Paris, 1981, préface, pp. 17-29. Fichier pdf.
1392 - Dream wisdom, Siegel, (Alan B.), Celestial Arts, Berkeley, 2002, 291 p. Livre.
1366 - «Le cauchemar», Anonyme, Encyclopédie Wikipedia, 1/3/2008, 12 p. Article. Fichier pdf.
1277 - Les cauchemars réveillent qui vous êtes..., Benoit (Christine), Ed. de Mortagne, Québec, 2004, 267 p. Livre.
1265 - Dreams and nightmares : the origin and meaning of dreams, Hartmann (Ernest), Perseus, Cambridge, USA, 2001, 315 p. Livre.
1222 - «Cauchemar, rêve lucide ou prémonitoire : les clés de nos songes»,
Pigani (Erik), Psychologies, oct. 2000. Article fichier pdf.
1204 - The Nightmare - The Psychology and Biology of Terrifying Dreams,
Hartmann (Ernest), Basic Books, New York, 1984, 294 p. Livre Broché. En
mauvais état
1059 - «Nightmares : terrors of the Night», Galvin (Franklin), Hartmann
(Ernest). In S. Krippner, "Dreamtime and dreamwork", Tarcher, pp.
232-243. Extrait de livre. Don de F. Galvin.
703 - «Vive les cauchemars !», Lacroix (Annick), Le Figaro Madame, 16/11/91, p. 38. Article.
670 - Making nightmares pay easy dreams, Dubetz (Antony), The Dream Hot-Line, Chicago, IL, USA, s.d., 2 vol, 41 + 32 p. Livre.
479 - Nightmare help - A parents' guide Wiseman, (Ann Sayre), Ansayre Press, Cambridge, Mass., 1986, 137 p. Livre.
457 - Nightmares and Human conflict, Mack (John E.), Houghton Mifflin, Sentry edition, Boston, 1974, 258 p. Livre.
443 - The Nightmare - The Psychology and Biology of Terrifying Dreams,
Hartmann (Ernest), Basic Books, New York, 1984, 294 p. Livre. Ouvrage relié.
436 - Dreams and Nightmares, Hadfield (J.A.), Penguin books, 1973 (C 1954),
244 p. Livre. Trad. en français : "Rêves et cauchemars", coll. 10/18.
410 - Dreams and Nightmares - A Book of Gestalt Therapy Sessions, Downing
(Jack), Marmorstein (Robert), Harper and Row, Perennial Library, New
York, 1973, 186 p. Livre. Format poche.
225 - Des hallucinations dans le cauchemar et les rêves, Brierre de
Boismont (Alexandre), In "Des hallucinations ou histoire raisonnée des
apparitions... Baillière, Paris, 1852 (2 ème éd. entièrement refondue),
chap. XI, pp. 222-262. Extrait de livre. Dossier. Voir bibliographie dans
"Histoire du rêve" de Yannick Ripa, éd. Olivier Orban, Paris, 1988;
voir Hervey de Saint-Denys, "Les rêves et les moyens de les diriger" ;
photocopie Bibl. Collège de France; 1ère éd. 1845; 3ème éd. 1862.
206 - Conquering bad dreams and nightmares, Krakow (Barry), Neidhart (Joseph) Berkley books, New York, 1992, 306 p.
Livre.
165 - Histoires de cauchemars, Goimard (Jacques), Stragliati (Roland, éd.),
Presses Pocket, Paris, 1981 (C1977), 425 p. Anthologie. Intéressante
préface.
151 - Les cauchemars de l'enfant, Zlotowicz (Michel), PUF, Paris, 1978, 350 p. Livre. L'analyse de 500 récits de cauchemars
94 - Le cauchemar Jones, (Ernest) Payot, Paris, 1973, 308 p. Livre. Parution originale : "On the Nightmares"; tr. de l'anglais.
88 - Rêves et cauchemars, Hadfield (J.A.), Union Générale d'Editions, coll.
"10/18", Paris, 1962, 251 p. Livre. Traduit de l'anglais.
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«Sciences et Avenir», juin 2008, n° 736
Par Eléna Sender
Les mauvais rêves auraient du bon : ils serviraient à purger le cerveau
des vieilles terreurs. Quant aux cauchemars récurrents, il serait
possible de s'en débarrasser.
Vous rêvez paisiblement quand soudain, tout bascule.
Un homme monstrueux, surgi du néant une mitraillette à la main, se met
à vous poursuivre. Puis il ouvre le feu, en longues rafales qui n'en
finissent pas. Vous allez tomber sous ses balles lorsque soudain, vous
vous réveillez en hurlant. Ouf ! ce n'était qu'un cauchemar, un de ces
rêves si particuliers, si dérangeants.
Il se produit durant
le "sommeil paradoxal" [état de rêve], avec une caractéristique
première, validée par les chercheurs : il réveille le dormeur, le
laissant angoissé.
A distinguer du «mauvais rêve» qui, quoique désagréable, se poursuit
jusqu'à son terme, mais aussi de la «terreur nocturne», phénomène
survenant surtout chez l'enfant, en phase de sommeil profond, qui
réveille en sursaut le dormeur mais ne laisse aucun souvenir ou contenu
onirique, si ce n'est celui d'une terreur absolue.
Les cauchemars peuvent figurer parmi les expériences les plus
terrifiantes qui soient car tout ce que vous pouvez imaginer de pire
est susceptible de s'y produire. Ils surviennent de manière
hebdomadaire chez 4 à 10% de la population. Davantage chez certaines
personnes, souffrant notamment de syndrome de stress post-traumatique,
mais aussi d'autres psychopathologies (schizophrénie, dépression, etc),
provoquant à terme de graves troubles du sommeil avec tous les effets
délétères associés.
Depuis dix-sept ans, un laboratoire canadien, le Centre d'étude du sommeil et des rythmes biologiques de l'hôpital du Sacré-Coeur à Montréal,
s'est lancé dans l'étude des cauchemars, avec deux objectifs : les
comprendre et les faire disparaître, rien de moins. Pour tenter de
percer le mystère de ces rêves angoissants, les chercheurs examinent au
plus près le sommeil de volontaires qui déclarent faire trois ou quatre
cauchemars par semaine en moyenne. Avec, au passage, une difficulté
inattendue : «Dès que les sujets sont pris en charge par les
chercheurs, «cocoonés», ils dorment très bien», affirme avec humour Antonio Zadra, professeur de psychologie spécialisé dans les cauchemars, le sommeil lucide et le somnambulisme.
Seuil de tolérance cérébral
Son recueil des récits cauchemardesques est néanmoins assez fourni pour
déduire qu'«outre son utilité pour la mémoire, une des fonctions du
rêve est peut-être de contenir les émotions. Mais le cerveau a un seuil
de tolérance. Lorsque l'émotion est supérieure à ce que l'individu peut
encaisser, il se réveille».
Quatre-vingt-dix participants ont enregistré leurs rêves au réveil
pendant quatre semaines. Pour chaque songe, ils ont décrit le type
d'émotions ressenties et en ont évalué l'intensité. «Le degré
d'intensité de l'émotion générée lors du cauchemar se révèle être bien
plus élevé que lors du mauvais rêve, rapporte Antonio Zadra.. C'est donc bien l'intensité de l'émotion qui déclenche le réveil.»
Les bienfaits des mauvais rêves
Une émotion qui, contrairement aux idées reçues, n'est pas forcément de
la peur. «30% des cauchemars et 51% des mauvais rêves contiennent
d'autres émotions, notamment de l'anxiété», souligne Antonio Zadra. Une
émotion trop positive peut également secouer le cerveau ! «Comme dans
les rêves où l'on vole : la sensation de liberté est si magnifique que
parfois le cerveau ne peut le supporter et stoppe l'activité onirique.»
D'après Antonio Zadra toujours, nous ne sommes pas égaux face aux
cauchemars : «Nous n'avons pas tous le même sommeil, et pas tous le
même seuil d'éveil. Les femmes sont plus sujettes aux cauchemars ainsi
que les gens au profil hypersensible.»
Quant à leur interprétation, aucun intérêt selon le spécialiste : «Je ne pense pas que comprendre un cauchemar aide la personne à ne plus le faire
[sic]. Empiriquement, cela fonctionne peu, d'autant plus que si vous
prenez dix thérapeutes, vous obtiendrez dix interprétations
différentes. Je ne veux pas dire par là qu'il n'existe pas de
signification, au contraire, mais je ne pense pas qu'essayer
d'interpréter soit le meilleur outil pour traiter le cauchemar.»
A quoi cela sert-il de jouer ainsi à se faire peur ?
Dans un article récent du Psychological Bulletin,
le directeur du laboratoire de Montréal, Tore Nielsen, et Ross Levin,
de la Yeshiva University de New York, ont proposé une nouvelle
hypothèse. Les mauvais rêves seraient un moyen pour le cerveau de se
débarrasser de ses vieilles terreurs pour mieux appréhender une
nouvelle menace éventuelle. «Le cerveau apprend vite la peur, affirme
Tore Nielsen. Si ce système n'existait pas, nous serions encore
effrayés par les démons de notre enfance.» Un mauvais rêve remplirait
donc un rôle d'extincteur de peur. Quant au cauchemar qui réveille,
nous soustrayant aux griffes du monstre, il échouerait lamentablement
dans sa mission. Il serait rien de moins qu'un rêve raté. «Les mauvais
rêves sont fonctionnels, les cauchemars, dysfonctionnels», résument les
auteurs.
Antonio Zadra insiste, lui, sur notre rôle dans tout ce
cinéma nocturne. Si un rêve tourne au cauchemar, c'est aussi parce que
nous l'influençons avec nos angoisses et nos doutes. «Imaginez que l'on
commence le même rêve tous les deux, reprend le psychologue, nous
sommes dans un parc, un personnage est assis sur un banc. Vous
continuez votre rêve tranquillement mais moi, probablement par un
feedback négatif, parce que j'ai des craintes, je vais modifier le
déroulement du rêve et l'homme sur le banc va devenir menaçant.»
Selon une étude menée auprès de 28 volontaires,
Antonio Zadra a montré que plus le niveau de bien-être est bas, plus
les rêves contiennent des interactions agressives et des émotions
négatives : «Contrairement à ce que la plupart de nos patients
croient, nous ne faisons pas que subir nos rêves et nos cauchemars.
Nous intervenons largement dans leur déroulement.»
L'idée nouvelle
du laboratoire canadien est donc d'inculquer aux patients qu'ils
peuvent agir sur leurs cauchemars pour les transformer en rêves
acceptables. «Nous appliquons une méthode mise au point par Barry Krakow qui consiste à modifier consciemment le cours du cauchemar», explique Antonio Zadra.
Durant l'éveil, on tente de changer tout ou partie du rêve angoissant par la technique de l'imagerie mentale. Antonio Zadra, qui utilise aussi la méthode, cherche à présent à en comprendre le fonctionnement.
Il vient de lancer une étude sur plusieurs patients ayant des
cauchemars sans cause connue, afin d'observer comment le traitement
influence le contenu onirique, comment le ton négatif du rêve ne prend
pas le dessus. Et le rêve de contrôler ses rêves devient ainsi réalité.
Le film en version "happy end"
Il est possible de se débarrasser de ses cauchemars récurrents.
Le docteur Barry Krakow, professeur à la faculté d'Albuquerque au Nouveau-Mexique,
en a fait sa spécialité. Il a fondé le Centre de médecine du sommeil et
de traitement des cauchemars pour venir en aide aux victimes de stress
post-traumatique, souffrant de cauchemars chroniques. Sa méthode ? La
thérapie par répétition en rêve éveillé (Imagery Rehearsal Therapy),
qui consiste à transformer le scénario du cauchemar en rêve acceptable.
La technique nécessite entre deux et quatre séances d'entraînement avec
le thérapeute et des exercices à faire chez soi. Le patient doit écrire
le récit du cauchemar et décider à quel moment du scénario il aimerait
en influencer le cours. Il choisit ensuite d'en modifier un élément. Le
rêveur est coincé dans une pièce fermée ? Il peut décider de trouver
une clé dans sa poche. Cette nouvelle version écrite, le patient doit
s'en jouer et rejouer le film avec le détail modifié. L'exercice suffit
parfois à faire cesser la récurrence du rêve. Mais s'il réapparaît, le
patient doit recommencer l'exercice.
Barry
Krakow a testé la méthode sur un total de 114 femmes victimes
d'agressions sexuelles. Résultat, les femmes «traitées» ont vu le
nombre de cauchemars par semaine diminuer et la qualité du sommeil
augmenter.
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Par Craig Webb *
Traduit par Fabienn Fleury
La Fondation R.E.P.O.S./The DREAMS Foundation
Ce titre peut sembler étrange, voire une contradiction absolue. Pourquoi quelqu’un voudrait-il faire des cauchemars ou des rêves d’anxiété ? N’est-ce pas au contraire ce dont on souhait se débarrasser ? Ou peut-être avez-vous, comme certaines personnes, réussi très tôt à complètement bloquer vos cauchemars et vos rêves récurrents de façon à ce qu’ils ne vous incommodent plus. C’est précisément pour contrer cette façon regrettable de percevoir les cauchemars comme de «mauvaises» choses à éviter que cet article a été écrit et qu’il porte ce titre.
Même si cela ne semble pas évident, le fait est que la majorité des cauchemars et presque tous les rêves récurrents rendent un service incommensurable au rêveur. Si nous les bloquons, nous nous privons problablement de leur effet bénéfique immédiat ou encore, si nous nous en souvenons, mais les ignorons, nous pouvons rater le message vital qu’ils tentent de nous transmettre sur notre vie.
Presque tout le monde a déjà eu un ou plusieurs rêves contenant de l’anxiété ou une peur très nette. Pour certains, les rêves déplaisants ou les cauchemars surviennent à répétition. Pour d’autres, le contenu du rêve peut changer, mais le thème reste le même. Parmi les thèmes les plus communs, il peut y avoir des scènes où le rêveur est en train de tomber, où il est poursuivi ou attaqué, où il est en retard ou n’est pas prêt pour une présentation ou un examen, où il se voit pris à fonctionner au ralenti, où il est incapable de bouger ou de crier, où il est nu dans un endroit public, parmi d’autres thèmes universels … Ce genre d’expérience déplaisante est généralement associé au fait que le rêveur n’avance pas dans la reconnaissance et la résolution de certains conflits dans sa vie.
Bien qu'il ait été scientifiquement prouvé que nous
rêvons toutes les nuits, la peur des cauchemars ou toute autre anxiété
ou fausse croyance par rapport aux rêves et à l'inconscient peut
empêcher le rappel de rêve. On peut remédier à cela en acquerrant des
connaissances sur la nature des rêves et en reconnaissant que les
cauchemars, comme un médicament amer mais nécessaire,
permettent la guérison personnelle à travers une décharge émotionnelle
très nécessaire. Souvent, ils nous préviennent des patternes de
comportement ou des déséquilibres psychologiques actuels auxquels nous
devons prêter attention si nous voulons que de tels rêves déplaisants
ne se répètent ou ne s'aggravent pas. Quelques fois, ces déséquilibres
ou patterns problématiques se résolvent alors que le rêve s’infiltre
dans la pensée éveillée, sans nous en rendre compte, nous y répondons
et faisons des changements dans notre vie.
Par contre, si nous bloquons, nions ou ignorons trop longtemps ces
messages provenant du subconscient, ce dernier parle "plus fort" en
introduisant des événements y étant reliés lors de nos heures d'éveil
afin de capter notre attention. Ces «cauchemars de jour»
apparaissent sous forme de maladies, d’accidents, de difficultés
relationnelles ou d’autres circonstances personnelles fâcheuses,
lesquelles nous forcent d’emblée à composer avec le problème en
question. Il est intéressant de noter que ces événements présentent
souvent des thèmes qui se répètent, comme, par exemple, des patternes
relationnels récurrents.
Le psychologue Ernest Rossi a avancé qu’une des fonctions importantes du processus onirique (i. e. rêver) est l’intégration, c’est-à-dire combiner des structures psychologiques distinctes en une personnalité plus équilibrée et plus complète.
Le célèbre psychologue Carl Jung a observé que les facettes de notre personnalité que nous jugeons, sciemment ou non, s’en détachent et sont fréquemment projetées vers l’extérieur en rêve, prenant la forme d’agresseurs, de diables, de monstres, d’animaux intimidants ou d’événements naturels (ex : raz-de-marée), etc. Jung fait référence à ces figures symboliques en les désignant comme «l’ombre». Que nous devenions conscients des éléments de notre ombre grâce à nos cauchemars ou à nos «cauchemars de jour», le fait d’accepter à nouveau ces facettes jugées et rejetées constitue le message et la récompense attendue par le rêve.
Ainsi, nous sommes vraiment chanceux de faire ces
cauchemars puisqu’ils font figure, pour la psyché, de thérapie
naturelle de «baisse de pression» interne. Ils sont ce qu’on pourrait
considérer comme un premier remède si nous écoutons le précieux message
qu’ils nous transmettent, nous essayons de le comprendre, et agissons
en conséquence. L’objectif final de stopper les cauchemars et les rêves
récurrents demeure, mais il s’agit de les faire évoluer vers des
scénarios plus bénéfiques et non de les bloquer, les ignorer ou de nier
leur existence.
Résoudre les cauchemars
Heureusement, il existe des traitements pour les cauchemars qui n’impliquent pas de prise de médicaments et dont l’efficacité est remarquable. Parmi les techniques les plus utiles, on retrouve la répétition de rêve, la lucidité onirique, l’imagerie guidée et des thérapies comme la gestalt, la psychosynthèse, le focusing et d’autres méthodes similaires.
La recherche actuelle portant sur l’approche des rêves lucides (dans lesquels l’individu se rend compte, durant son rêve, qu’il est en train de rêver et acquiert donc un certain niveau de contrôle) est menée par des médecins au Laboratoire des rêves et des cauchemars de l’hôpital Sacré-Cœur de Montréal. Cette approche est exposée dans le rêve de cette femme :
«Après avoir fait plusieurs cauchemars récurrents
dans lesquels j’étais poursuivie par un personnage terrifiant, j’ai
appris la technique des rêves lucides et j’ai ensuite eu le rêve
suivant : «Je suis dans une poursuite automobile absolument frénétique
et le poursuivant est juste derrière moi. Tournant brusquement dans un
stationnement, je me précipite hors de la voiture et me mets à courir
alors qu’il me suit d’encore plus près. La scène m’apparaît
soudainement très familière et je me rends compte que je suis en train
de rêver, même si tout cela semblait plus vrai que jamais. Faisant
appel à tout mon courage, je me retourne pour faire face à celui qui me
poursuit, me répétant qu’il ne s’agit que d’un rêve. Toujours
terrifiée, je lui crie «Tu ne peux pas me faire de mal !». Il s’arrête,
surpris. Pour la première fois, je vois ses beaux yeux tendres. «Te
faire du mal ?», dit-il. «Je ne veux pas te faire de mal. Je te
poursuis depuis tout ce temps pour te dire que je t’aime !» En disant
cela, il me tend les mains et, alors que je les prends, il se dissout
en moi. Je me réveille pleine d’énergie et me sentant bien pendant
plusieurs jours.» Ce qui est important, c’est non seulement que le
cauchemar ne revient plus, mais que je me trouve beaucoup plus apte à
faire face à des situations déplaisantes au travail et dans ma vie
personnelle. Dans la même ligne d’idées que ce que j’ai appris dans mon
rêve, je suis plus en mesure de tenir bon et d’exprimer ce que je
ressens quand c’est approprié et nécessaire, alors qu’avant j’évitais
ou m’enfuyais généralement de situations déplaisantes.» (M.R., San
José, CA).
Suggestions pour les cauchemars ou les rêves récurrents communs
Il a souvent été démontré que divers thèmes de cauchemars et de rêves récurrents sont relativement universels, même entre les cultures, et que de telles situations peuvent être transformées en expériences positives, voire plaisantes. Le secret d’une telle évolution réside dans un changement de perspective, souvent accompagné d’une nouvelle réponse émotionnelle face à la situation, comme, par exemple, avoir une attitude réceptive, curieuse et exploratrice qui remplace la réaction de peur ou de jugement présente au départ (comme dans l’exemple de rêve présenté plus haut). Lorsque ce type de rêves est relié à des événements profondément traumatisants de la vie éveillée, comme des abus, la guerre, la mort, etc., l’évolution du rêve vers une forme plus positive peut clairement prendre plus de temps et demander plus d’attention et de concentration à l’éveil.
Bien qu’il n’y ait aucune règle infaillible qui dicte ce sur quoi un rêve doit porter, une bonne règle empirique pourrait être de revivre le sentiment ressenti dans le rêve et essayer de trouver où cette même sensation se manifeste dans notre vie éveillée (le contexte du rêve y fait souvent allusion, mais plutôt de façon métaphorique). C’est la règle de la logique associative : le rêve est relié à notre vie, et quelquefois à notre passé, par le sentiment spécifique retrouvé dans le rêve.
Je n’ai pas l’intention de fournir un dictionnaire onirique absolu (puisque les rêveurs et leurs expériences en lien avec des symboles spécifiques sont si uniques). Non plus, je n’ai pas l’illusion d’être en mesure de prescrire des solutions ou des remèdes instantanés, bien qu’un nombre important d’individus aient été grandement aidés et éclairés en apprenant des choses sur les thèmes universels de cauchemars et de rêves d’anxiété auxquels ils faisaient également face. Voici certains des thèmes les plus communs (avec des exemples ayant un résultat positif pour chacun des scénarios) et des suggestions quant à ce que à quoi le rêveur pourrait prêter attention dans sa vie de veille :
- poursuite ou attaque : le poursuivant représente généralement un aspect jugé de notre ombre donc, une version exagérée d’une partie reniée ou inhibée de notre propre personnalité, partie qu’il nous serait bénéfique d’intégrer et d’exprimer de façon appropriée. (résultat idéal : tenir bon, faire face et dialoguer avec notre poursuivant et, finalement, acceptation et inclusion).
- tomber : est-ce que je me sens lourd, non soutenu ou préoccupé par quelque chose ? Comment puis-je me sentir plus libre, plus léger ? Aussi, dois-je me trouver plus de racines ? (résultat idéal : flotter ou voler, se sentir en sécurité, atterrir).
- voiture hors contrôle : la vie est-elle trop intense, hors de mon contrôle ? Comment pourrais-je ralentir, agir plus paisiblement et «apprécier la promenade» ? (résultat idéal : bien conduire dans les limites de vitesse, marcher paisiblement).
- ne pas être prêt(e) pour, être en retard, ou rater un examen : est-il possible que je ne me sente pas prêt(e) pour un événement imminent ? Est-ce que je manque de confiance en mes performances ? Est-ce que je m’inquiète sans raison ou ai-je besoin de plus de préparation pour me sentir confiant(e) et faire un bon travail ? (résultat idéal : se sentir sûr(e) de soi, bien remplir ses fonctions, completer ses projets avec confiance).
- être pris(e) à fonctionner au ralenti, être incapable de bouger ou de faire quelque bruit que ce soit : dans quelle sphère de ma vie ai-je l’impression d’être prise, comme si j’étais incapable d’arriver où que ce soit ou que j’étais incapable d’exprimer ce que je ressens véritablement? Que puis-je faire pour changer cela ? (résultat idéal : relaxation et acceptation et, finalement, passage à l’action et expression calme de soi).
- avoir honte d’être nu en public, même si personne ne semble avoir remarqué ou n’en semble offusqué : dans quelle sphère de ma vie est-ce que je manque de confiance en moi, ai-je honte ou ai-je l’impression d’être incompétent ? Ce genre de rêve ressort habituellement parce que les autres personnages du rêve semblent ne pas remarquer ce qui se passe, parce que nous sommes les seuls à nous percevoir de cette façon dans notre vie, perception généralement erronée. (résultat idéal : être confortable avec notre façon d’être, être confiant en nous-mêmes).
- blessure personnelle, démembrement : quelle sphère de ma vie ai-je négligée (habituellement, il ne s’agit pas du corps physique), maltraitée ou oubliée, i.e., rejetée au lieu de m’en rappeler ? (résultat idéal : guérison, santé excellent).
- être prisonnier, enfermé : dans quelle sphère de ma vie est-ce que je me sens prisonnier? Comment pourrais-je m’ouvrir à de nouvelles perspectives et explorer de nouvelles façons d’agir ? (résultat idéal : s’échapper, explorer).
- se noyer, être menacé par des raz-de-marée ou des inondations : suis-je en train de bloquer, de nier ou d’être envahi par mes émotions ? Comment pourrais-je mieux comprendre, accepter et ressentir ces émotions, lesquelles comprennent souvent un sentiment de vulnérabilité ? (résultat idéal : nager, faire du surf, respirer sous l'eau).
- voir un bébé, un singe, un lapin ou un petit animal sans ressource, abandonné ou en train de pleurer : est-ce que j'ai pris soin de "l'enfant en moi'"? Peut-être ai-je besoin de rire plus, de jouer à l'extérieur, d'exprimer ma créativité, d'être plus spontané ou de profiter de plus de chaleur ou d'intimité personnelle ? (résultat idéal: prendre soin du bébé ou de l'animal, jouer, s'amuser tout simplement).
* Craig Webb est gradué de l'Université McGill de
Montréal. Directeur exécutif de la Fondation REPOS (Recherche
Expérimentale sur les Processus Oniriques et le Sommeil), il a
participé à la recherche sur le rêve et la conscience à l’Université de
Stanford et à l’Hôpital Sacré-Coeur de Montréal.
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11/8/2007
Article publié sur le site : http://www.selfgrowth.com
http://www.selfgrowth.com/articles/Wilkerson2.html
Dream : "I started to run, just like I have done before in other dreams
with this thing. The dark monster loomed in front of me and chased me,
it even seemed to know where I would hide. But this time I stood up to
it and demanded that it back off. To my surprise, the creature stopped
and sat up like a puppy, as if it were begging for a bone. I was
flooded with tears as I thought how lonely this creature must be."
Unpleasant dreams are not uncommon and may at times wake us up and be called Nightmares. Nightmares are extreme reactions of negative feelings, often with great amounts of fear, that occur during dreams and are recalled upon awakening. Though more common in children, they can happen to anyone. Children are often chased by animals and fantasy figures. Adults are often chased by male adults. Generally they occur in the last part of the night or sleep cycle. Contributing factors in the cause of nightmares include illness, stress, troubled relationships and traumatic event. Ernest Hartmann, a leading researcher in America on Nightmares has noted that some personality types can be prone to nightmares. There seem to be natural or early learned personality styles that produce dream people and thought people. The thought people maintain thick boundaries between contexts, are very focused and can shut dreaming memory out altogether. Dream people have thin boundaries, are more sensitive, have a wider, softer focus and tend to recall dreams very easily, sometime frightening dreams.
Traumatic events can trigger a long lasting series of recurrent nightmares often diagnosed as part of PTSD (Post Traumatic Stress Disorder). These nightmares are different in that they repeat the same scene over and over for years. They are usually found in veterans, but other traumas may also bring this about. These nightmare sufferers usually require professional assistance. However, most of our nightmares (and other unpleasant dreams) can be easily turned into positive experiences by new techniques in dreamwork.
Night terrors are different from nightmares. First, they usually occur during the first hour or two of sleep. It is not uncommon to hear the person screaming or thrashing around. It is often hard to wake the sleeper and they rarely remember anything. Children who have night terrors may also sleepwalk or urinate in bed. Night terrors are not well understood, and seem to come from a part of sleep that is rarely associated with dreams and dreaming. By puberty, children usually stop having night terrors. Adults having night terrors often are also leading very stressful lives. A consultation with a physician may be useful if the night terrors are frequent or especially disturbing, though often just talking about it or making small changes in sleep routine is enough. One long term researcher notes that "I have found that night terrors are often more disturbing and stressful for the parents than the child."
Sleep paralysis is the experience of not being able to move. Often there is a feeling of great weight on the chest making it hard to breath. Fantasy and reality can mix, hallucinations may appear and loud buzzing noises, vibrations and feelings of being touched or electrified. Sometimes the person realizes they are dreaming and still can't wake up. Researchers feel that sleep paralysis is really a partial awakening during REM or Rapid Eye Movement Sleep, when the body is naturally parked off line. Messages from the brain are stopped from entering the body and it is a natural condition that occurs about ever 90 minutes of sleep. Since anxiety about the situation occurs, adrenaline speeds up the body and people can even feel that they are leaving their body. The recommendation by researcher Stephen Laberge is simply to realize it is a dream that can't harm you and to relax. Dreams that proceed from paralysis experiences are often quite intense and wonderful.
This is just what both ancient and modern dreamworkers encourage. With the application of a few simple techniques, we can nurture a dream garden of delights and turn the worst monsters into friends and allies.
Jeremy Taylor uses a variation of the "If this were my dream..." technique originally developed by the famous dreamworker Montague Ullman. With the "If this were my dream..." approach, the listener at first does just that, listens without interruption.
Then a few clarifying questions are asked, such as the color of a coat, or the contents a box or the feeling in the dream at the time. Any question that might call for an interpretation is avoided, such as "What do you think the blue coat meant?"
Finally, the listener takes the dream as his or her own. John Herbert has used this technique online and suggests that before every sentence the thought "In my dream..." is kept in mind. Thus as a listener I might say "In my dream, the blue coat reminds me of something to cover myself with, as if I were cold." The dreamer may or may not see this meaning in their own dream. By taking the dream as one's own, the dreamer needn't worry so much about someone imposing meaning on the dream. Taylor feels that we should keep in mind that all dreams, even nightmares, come in the service of healing and health. Any interpretation that does not serve this view is simply wrong and inappropriate.
Like Taylor, she recommends that the first step is careful listening, showing empathy without interruption and allowing the dreamer to feel comfortable.
The listener can summaries and repeat or condense these and feed them back to the dreamer so the dreamer feels sure the listener has accurately heard the dream.
The listener can then encourage the dreamer to make bridges to waking life. How are each of these elements like something in the dreamer's life?
"I believe the best place to deal with unpleasant dreams is in their own context, in the dream world. We create our nightmares out of the raw material of our own fears. Fears are expectations--why would we fear something we thought would never happen?" Stephen Laberge
In part II we discussed techniques you can practice before going to sleep or after waking up. But note one item here, while dream monsters may frighten you emotionally, they are after all just dreams. If you realized it was a dream, while you were dreaming, then what could harm you?
In some ways, when we wake up, a similar reaction occurs. We realize it is a dream. But researchers have found that this is not the best or most satisfying approach:
"'Escaping' from a nightmare by awakening only suppresses your conscious awareness of the anxiety-provoking imagery. You may feel a certain relief, but like the prisoner who digs through his prison wall and finds himself in the cell next door, you haven't really escaped." Laberge & Rheingold
Finding a creative resolution is even easier when we realize that it is a dream and we continue dreaming. This is what is called "lucid dreaming".
Lucid dreaming occurs spontaneously in many dreamers, but it is also a technique that can be learned. Though not as easy as the previous techniques, it is often more fulfilling and worth the effort to many dreamers. Though lucid dreaming became an object of investigation in the 19th Century, its popular scientific status was not obtained until the late 1970's, when Stephen Laberge was able to demonstrate lucid dreaming in laboratory conditions. This rise into mainstream science allowed others to bring their research on lucidity and nightmares to the public.
Lucid dreaming researchers now have a variety of programs and techniques for learning to have lucid dreams and it has become one of the most popular topics on the Internet in the venues that discuss dreams. Lucid dreaming is now even taught to children.
Arrange
your dream space with inspirational items. Keep your journaling
materials, writing or taping, bedding, and blinds in good working
order. In the hour before sleep, have only relaxing thoughts and
activities. Write the date and your goal dream in your journal. Just
before sleep, with your eyes closed, review your goal dream and affirm
to wake up after each dream.
As you
awaken from a dream, memorize it in detail before you open your eyes or
change your body position. Record it in your journal. If you are not
ready to fall back asleep, get up and do something for a while.
When you
recognize you are dreaming, calmly enjoy the unfolding of the dream.
Optionally perform a reality test by levitating and calmly begin
guiding the outcome. When your lucidity begins to fade away, spin your
dream body and affirm to start your goal dream when lucidity returns.
Here are some ideas for goal dreams. You supply the important specific details to suit yourself :
The techniques of becoming lucid require some attention and practice for most people. A whole array of technology has now sprung up to assist with this process. Most of them work on the same principle. A mask of some kind is worn during sleep. The mask will detect when the sleeper enters REM or Rapid Eye Movement Sleep and send a signal. This signal is usually light or light and sound that is adjusted to be strong enough to enter into the dream but not so strong as to wake the dreamer. As you can imagine, the adjustment period may take some time. Next the dreamer must practice learning to recognize the light and sounds as a signal and not just incorporate the noise as a dream traffic light or alarm clock. All these technologies are for assistance only, and need to be combined with other instructional programs.
Once you
are lucid in a threatening dream situation, there are a wide variety of
paths to choice from.
Laberge and Rheingold suggest the following :
Theme :
Being pursued
Response : Stop running. Turn to face the pursuer. This is
in itself may cause the pursuer to disappear or become harmless. If
not, try starting a conciliatory dialog with the character or animal.
Theme :
Being attacked
Response : Don't give in meekly to the attack or flee.
Show your readiness to defend yourself and then try to engage the
attacker in a conciliatory dialog. Alternatively, find acceptance and
love in yourself and extend this towards the threatening figure (see
Chapter 11).
Theme :
Falling
Response : Relax and allow yourself to land. The "old wives'
tale" is false--you will not really die if you hit the ground.
Alternatively, you can transform falling into flying.
Theme :
Paralysis
Response : When you feel trapped, stuck or paralyzed, relax.
Don't allow anxiety to overcome your rationality. Tell yourself you are
dreaming and the dream will soon end. Let yourself go along with any
images that appear or things that happen to your body. None of it will
hurt you. Adopt an attitude of interest and curiosity about what
happens.
Theme :
Being unprepared for an examination or speech
Response : First of all,
you don't need to continue with this theme at all. You can leave the
exam or lecture room. However, you might enhance your self-confidence
in such situations by creatively answering the test questions or giving
a spontaneous talk on whatever topic suits you. Be sure to enjoy
yourself. When you wake up, you may want to ask yourself whether you
should actually prepare for a similar situation.
Theme :
Being naked in public
Response: Who cares in a dream ? Have fun with the
idea. Some find being naked in a lucid dream erotically exciting. If
you wish, have everyone else in the dream remove their clothes.
Remember, modesty is a public convention, and dreams are private
experiences.
While lucid dreaming allows us to control our dreams, it is difficult for some to learn and may not deal with the underlying causes. Dream exploration, keeping a dream journal or sharing dreams with others are often enough and a good practice whether one is having nightmares or not. Learning confrontation techniques and lucid dream techniques will further help nightmare sufferers and empower ourselves and our children in waking life as well. If the nightmare persists or reoccurs, it may be time to discuss this with a physician, especially since some drugs, medication and illnesses can be a contributing cause of nightmares.
Ernest Hartmann has noted how the dream state is like therapy in two special ways, they both are a safe place to make connections. Dreams will play with everything we do and feel and it makes connections with a wide variety thoughts, feeling and memories. Some of these connections are bound be uncomfortable for us. But to the degree we can see and make our dreams the safe place that they are, is the degree to which these dream worlds will unfold their treasures and the dream monsters will reveal their gifts.
The Association for the Study of Dreams. A educational and research organization providing professional journals, accessible magazines, international & regional conferences and many online resources, discussion forums and mail lists. http://www.asdreams.org
The Lucidity Institute. The original Lucid Dream group founded by Stephen Laberge now offers a wide variety of resources and discussion forums, conferences and workshops, articles and dream technology. http://www.lucidity.com
The Electric Dreams Community. The oldest & largest online Dream Sharing community. A grassroots group devoted to dreamwork and creative use of dreams, with a focus on the Interent and cyber-dreamwork. Free monthly e-zine, free dreamgroups online, articles and annotated links. http://www.dreamgate.com/electric-dreams
DreamGate
Education Online. Richard Wilkerson offers monthly online classes on
dreamwork and dream research, which include online dream groups.
articipants gain not only a full historic overview of all aspects of
dreams and dreaming, but also gain access to all the new forms of dream
sharing both online and offline.
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Author's Biography
Richard Wilkerson is an author and computer specialists with and interest in dreams and the Internet.
Some of his publications include "A Brief History of Dream Sharing: Theory, Techniques and Cyberspace.",
"Dream Sharing in Cyberspace" and "Postmodern Dreaming".
He is the owner of Dreamgate.com, a site which publishes the famous
Interent Dream Sharing E-zine Electric Dreams, and provides support to
the Association for the Study of Dreams.
http://www.dreamgate.com