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Chamanisme
Voir aussi :
Herboristerie/Santé
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Le Renouveau chamanique |

Dactylorhiza incarnata
Marigny sur Yonne (58)
PhotoRR 19/4/9
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Dans l'avenir l'esprit de l'homme rouge, qui avec amour et vénération respecte tout ce qui vit, s'emparera de vos enfants et pénêtrera en ceux qui ne savent rien de lui. Seattle, chef Dawnish. Nord-ouest des USA,1855. |
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Le renouveau du chamanisme n'est pas seulement le fruit des mouvements psychédélique, hippie ou New Age. Inspiré par le réenchantement du monde auquel invite la science de pointe, il fut amorcé par des scientifiques et porte la marque de leur cartésienne méthode, qui conduit en un premier temps à étudier séparément chaque élément d'un phénomène observé. Des biologistes s'intéressèrent aux effets des substances psychotropes. Des ethnologues décidèrent d'explorer les états de conscience auxquels le chamanisme fait appel. Des thérapeutes voulurent adjoindre à la médecine moderne une démarche inspirée des pratiques chamaniques. Tous rencontrèrent sur leur route l'onirisme. Une synthèse aujourd'hui se dessine. Elle s'en inspire directement. |
C'est au cours des promenades de
leur lune de miel que les époux Wasson mesurèrent soudain combien
les divisait la vision... de simples champignons ! Elle en trouvait partout,
il n'en voyait aucun. Pour Valentina, d'origine russe, ils étaient un
don de Dieu, dignes de figurer dans tout repas de fête. En bon anglo-saxon,
son mari les considèrait plutôt comme de petites choses sales,
vénéneuses et sentant le pourri. L'idée d'en manger ne
lui serait jamais venue. Intrigués par cette différence, ils décidèrent
d'étudier leur place dans l'histoire des civilisations, et fondèrent
peu après une nouvelle discipline, l'ethno-mycologie, qui les conduisit
à s'intéresser aux utilisations chamaniques des champignons hallucinogènes.
En 1956, ils rencontrèrent au Mexique Maria Sabina, guérisseuse
mazatèque d'une soixantaine d'années. Pour les Mazatèques,
les champignons étaient sacrés, et leur culte représentait
le seul vestige de leur culture anéantie. Ils les appellaient petits
qui poussent, petits saints, enfants sacrés, et Sages ceux qui s'en servaient
pour soigner. Pourtant, si Maria Sabina avait commencé à en manger
dès l'âge de six ans, c'était parce qu'ils coupaient sa
faim et la rendaient joyeuse. Mariée à quatorze ans, veuve à
vingt, elle devint Sage un peu par hasard, lorsque sa soeur la supplia d'essayer
de la guérir. Au cours de la séance, Maria eut sa première
vision. Des "Etres Principaux", dont parlaient ses ancêtres, lui apparurent,
semblables à des humains mais "inspirant le respect". Ils lui présentaient
un grand livre, le Livre de la Sagesse, et bien qu'analphabète elle le
lut à haute voix. "La Sagesse est le Langage. Le Langage est dans le
livre. Le Livre, ce sont les Etres Principaux qui l'accordent. Les Principaux
apparaissent grâce au grand pouvoir des enfants sacrés."
Elle rencontra ensuite le Seigneur des Montagnes, envoûteur des esprits,
guérisseur suprême et sans visage, monté sur son cheval
blanc. Puis un objet lumineux frappa le sol dans un bruit de tonnerre, se transforma
en un être végétal au corps de fleurs de couleurs variées,
aux membres comme des branches, tout couvert de rosée. Maria transpirait
une sueur froide, pleurait des larmes qui lui semblaient solides. Au matin elle
s'endormit, "bercée dans un rêve, comme si mon corps était
doucement balancé dans un hamac géant suspendu au ciel et qui
oscillait d'une montagne à l'autre". Ces visions la consacraient chamane.
Peu à peu, elle devint Sage reconnue, même le médecin lui
envoyait des patients, à qui elle demandait toujours "quel a été
ton rêve ?" avant d'établir son diagnostic et de partager avec
eux les champignons guérisseurs. Le maire l'invitait à trouver
dans ses visions les solutions aux conflits du village, et lui présenta
un jour les Wasson qu'elle initia aux champignons sacrés. Rencontre hallucinée
entre le nouveau monde et l'antique connaissance, sur le terrain du magique
onirisme !
Si les visions des Wasson ne comportaient pas d'êtres mythiques, remplacés
par des motifs géométriques ou de majestueux paysages, elles procuraient
le même effet, "lourdes de sens, (...) supérieures en tous points
à tout ce qui passe pour être la réalité du monde.
(...) Nous nous sentions en présence des "Idées" auxquelles faisait
référence Platon. (...) En équilibre dans l'espace, j'étais
un oeil séparé de son être, invisible, incorporel, qui voyait
sans être vu," écrivit Wasson dans ses articles qui, avec les enregistrements
des chants de Maria Sabina, la rendirent célèbre et suscitèrent
l'intérêt des scientifiques.
Les missions de recherche se succédèrent alors dans la sierra
mazatèque, aboutissant à l'isolation du principe actif des champignons,
la psylocibine. Sur leurs traces, les hippies affluèrent. Maria ne comprenait
pas que l'on puisse rechercher les visions du rêve hallucinogène
quand on est bien portant, mais puisqu'ils "cherchaient Dieu" elle était
prête à aider. Le succès lui tournait un peu la tête,
comment ne pas en profiter pour sortir de la misère qu'elle avait connue
toute sa vie ? Elle sentait pourtant que cet engouement achevait la déculturation
de son peuple. "Ils prennent des enfants sacrés n'importe quand et n'importe
où. Ils ne le font pas la nuit ni suivant les indications des Sages.
Les enfants sacrés ont perdu leur pureté, leur force, on les a
gâchés. Désormais ils ne feront plus d'effet. On n'y peut
rien" disait-elle peu avant sa mort. Et plus tard, c'est un autre vieux Sage
qui dressa le bilan : "Le champignon sacré ne nous appartient plus. Son
Langage sacré a été profané, il est devenu indéchiffrable
pour nous. Maintenant les champignons parlent anglais !"
Du rêve de la chamane ne restait que son chant :
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Stropharia cubensis (Earle) ou champignon de Saint Isidore.
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SA CONSOMMATION : UNE QUESTION DE RECETTE DE CUISINE ! |
Nombreuses sont les personnes qui consomment sans inconvénient l'Amanite tue-mouche, soit cuite, soit privée de sa cuticule - où le toxique [la muscarine] est surtout localisé -, notamment en Russie, dans le Piémont et ça et là en France (p. 111).
Nombreux sont ceux qui consomment l'Amanite tue-mouche après élimination
de la pellicule du chapeau, ce qui s'explique par l'accumulation de la
muscarine en cet endroit; le plus souvent, le champignon est cuit ensuite
dans un peu d'eau, rejetée avant assaisonnement de sel, poivre et beurre
(M. Badet, 1934, etc.) (p. 138).
Ce champignon pousse sous les bouleaux et les conifères, auxquels il
est lié par des relations mycorrhiziques étroites, jamais sous d'autres
essences, dans les terrains siliceux, argilo-siliceux ou silico-calcaires.
On le rencontre de fin août à fin novembre. [C'est un champignon des climats
tempérés du Nord].
Extrait de l'ouvrage de Roger Heim, Les champignons toxiques et hallucinogènes,
Ed. Boubée, Paris, 1963.
Note du webmestre : le champignon n'a pas des qualités gustatives extraordinaires, mais il est comestible ainsi préparé. L'important est donc bien d'éliminer la muscarine, source, comme le note Roger Heim, d'une intoxication gastro-intestinale rarement sérieuse, généralement banale (p. 188). Voir le traitement du syndrome muscarinien et sudorien décrit à la page 138.
*
Histoire de l'amanite tue-mouches
Un usage chamanique ancien
L'amanite est peut-être le plus anciennement utilisé des champignons hallucinogènes puisqu’il est connu depuis 3 500 ans et entrait probablement dans la composition du soma, mythique boisson divine de l’Inde antique. À l’autre bout du globe, il était connu des Mayas. Il a été aussi utilisé jusqu’à notre époque en Sibérie, au Kamtchatka, et chez certaines tribus indiennes d’Amérique du Nord lors de rites chamaniques destinés notamment à communiquer avec les « esprits ». Les rites chamaniques sont associés à des transes souvent obtenues par la consommation de plantes hallucinogènes.
Jusqu’au milieu du dix neuvième siècle, en Europe, on le croyait aussi toxique que l’amanite phalloïde dont la consommation peut être mortelle. En 1349, un des premiers livres d’Histoire naturelle publié en Allemagne affirmait que le jus d’amanite mélangé à du lait tuait les mouches et le nom de l’amanite signifie « qui tue les mouches » dans plusieurs langues. Toutefois, ses propriétés psychotropes restaient inconnues.
Le premier rapport écrit de l’usage de l’amanite dans des cérémonies chamaniques est dû à Johan von Strahlenberg, officier de l’armée suédoise qui resta prisonnier plusieurs années en Sibérie. Sous ce climat, l’amanite tue-mouches est le seul végétal possédant des propriétés psychotropes capable de pousser.
L’amanite était consommé collectivement, principalement au cours de rites chamaniques. Il était très recherché et sa valeur marchande était élevée. Les champignons étaient coupés en tranches et mis à sécher. Ils étaient ensuite mastiqués par les femmes avant d’être façonnés en petits boudins pour être donnés aux hommes. Ils pouvaient être aussi consommés en décoction dans de l’eau, du jus d’airelle ou du lait.
L’utilisation magico-religieuse du champignon donnait lieu, en raison de sa rareté, à une pratique étonnante, la consommation rituelle d’urine : l’urine des consommateurs, riche en principes actifs, était bue par d’autres participants leur permettant ainsi de ressentir les mêmes effets. En effet, après consommation les alcaloïdes du champignon passent rapidement dans l’urine. Le champignon était surtout utilisé par les chamans pour entrer en contact avec les esprits comme le font de nombreuses tribus avec diverses plantes hallucinogènes. Des tribus indiennes du Michigan l’utilisent aussi dans ce but. Interdit pendant l'époque soviétique en URSS, l'usage du champignon s'est cependant poursuivi clandestinement et continue aujourd’hui chez certains peuples de Sibérie (cf. Didier Pol, réf. ci-dessous).
La chimie de l'amanite tue-mouche
Il y a un siècle [en 1869], lorsque Schmiedeberg et Koppe
isolèrent la muscarine [supposent le présence dans l'Amanite tue-mouche d'un
poison apparenté au alcaloïdes basiques des plantes supérieures], on pensa
qu'elle était le principe actif de ce champignon. C'était une erreur : Eugster
[C. H. Eugster], en Suisse, et Takemoto, au Japon, on récemment isolé l'acide
iboténique et l'alcaloïde muscimole.
Généralement [pour ces effets enthéogènes] le champignon est consommé sec. C'est le séchage qui permet la transformation chimique de l'acide iboténique en muscimole, composant le plus actif.
Richard Evans Schultes et Albert Hofmann, Les plantes des dieux, Ed. du Lézard, 1993 (p. 85).
*
L'identification des alcaloïdes
Les premiers travaux destinés à identifier des alcaloïdes dans l’amanite furent réalisés par Schmiedeberg et Koppe, en 1869, qui montrèrent une action parasympathomimétique de l’extrait d’amanite, capable d’arrêter le cœur de grenouille en diastole.
C’est pourtant seulement en 1931 que Kögl, Duisberg et Erxleben isolèrent la muscarine pour la première fois et il fallut attendre encore plus de vingt ans pour l’obtenir pure.
C’est en effet en 1953 que Eugster réussit à purifier le chlorure de muscarine sous forme cristallisée en mettant en œuvre des méthodes chromatographiques et à établir sa formule élémentaire exacte. À partir de 124 kg de champignon il obtint 260 mg de muscarine ultrapure soit un degré de purification de 480 000 par rapport au champignon ce qui représente une concentration en muscarine de 0,0002 % du poids frais. Il traita quelque 2 600 kilos de champignon pour obtenir quelque 5 g. Une telle concentration ne pouvait rendre compte des puissants effets psychotropes de l’amanite.
On a découvert ensuite qu’il existait également dans le champignon des isomères de la muscarine (allo et épi-muscarine) mais ils sont physiologiquement encore moins actifs que la muscarine et c’est seulement dans les années 1970 que devaient être identifiés les principaux alcaloïdes psychoactifs du champignon, acide iboténique, muscimol, muscazone.
L’amanite tue-mouches contient plusieurs alcaloïdes : la muscarine a été le premier alcaloïde à en avoir été isolé il y a un siècle. Elle n'a pas d'effet psychotrope à la concentration où on la trouve dans le champignon. C'est un agoniste de certains récepteurs de l'acétylcholine appelés pour cette raison récepteurs muscariniques.
Le principal alcaloïde psychoactif du champignon est le muscimol, 3-hydroxy-5-aminométhyl isoxazol. Le muscimol est hallucinogène à des doses de 10 à 15 mg. C’est un puissant agoniste du neurotransmetteur GABA. Peu concentré dans le champignon frais, sa concentration augmente lors du séchage car il se forme par décarboxylation (perte d'une molécule de CO2) d'un autre alcaloïde de l'amanite tue-mouches, l'acide iboténique. Ce dernier, qui est un acide aminé, est présent dans l’amanite tue-mouches à une concentration de 0,03 à 0,1 %, plus élevée que celle du muscimol dans le champignon frais. L’acide iboténique est hallucinogène par voie orale à des doses d'une centaine de milligrammes. Il est donc cinq à six fois moins actif que le muscimol. La transformation de l'acide iboténique en muscimol lors du séchage rend compte du fait que l'amanite tue-mouches est consommée séchée plutôt que fraîche lors des cérémonies chamaniques. La muscazone, un autre alcaloïde du champignon qui a des propriétés sédatives et hypnotiques se forme également à partir de l'acide iboténique. Ainsi, au cours du séchage du champignon, la concentration en acide iboténique diminue tandis que la concentration en muscimol et en muscazone augmente.
Extrait du site : http://www.didier-pol.net

Au delà du
récit des visions qu'il procure, voyage halluciné ou transe
musicale, quel est donc ce rêve qui donne des pouvoirs ? Quelle en est
la nature, ? En quoi diffère-t-il de nos rêves ordinaires ?
Les sociétés chamaniques pratiquaient peu l'écriture.
L'Autodafé de Cuzco dura vingt jours, anéantissant les seuls
documents qui auraient pu nous éclairer. Grossière fraude selon
certains, livres-culte pour d'autres, les récits de l'initiation de
Carlos Castaneda par un sorcier Yaqui du Mexique constituent la plus célèbre
tentative moderne de description du mystère. Irrationnels, troublants,
confus parfois, ils résonnent comme ces rêves auxquels ils se
réfèrent sans cesse.
Comme le récit d'un rêve, qui n'engage que ceux qui le font,
ils nous demandent de "croire sans croire", de baisser la garde rationaliste
que l'on oppose aux propos déroutants, ce que Castaneda lui-même
ne cesse de faire avant d'être entraîné dans des mondes
improbables. Car là est bien le but de don Juan, le sorcier initiateur.
Il s'agit d'entrer à l'intérieur du rêve, afin de visiter
le monde-autre, d'en ressortir puissant, libéré des illusions
que les perceptions conduisent à prendre pour l'unique réalité
alors qu'elle est seulement le fruit de leur consensus. Les hallucinogènes,
en modifiant ses perceptions, aident l'apprenti à se débarrasser
de son moi dont elles forment la base.
La "marche de pouvoir" et autres exercices servent à parvenir au geste
juste de l'artiste martial, à l'attention parfaite et lucide du guerrier
impeccable, seul capable de résister au danger des mondes-autres. Parfois
plongé en eux par don Juan, qui lui prodigue alors des enseignements
dont il reste inconscient, Castaneda acquiert peu à peu le talent de
Voir le vivant sous forme d'énergie consciente, boule vibrante de fibres
lumineuses dont la fixité du "point d'assemblage" détermine
la cohésion de nos perceptions dans l'éveil. De légers
flottements de ce point explique la fluctuation et l'étrangeté
de nos rêves ordinaires. Passer dans une réalité secondaire
implique de le déplacer hors de notre boule énergétique
et s'obtient par une maîtrise des rêves que Castaneda met des
années à parfaire. Il lui faut sans cesse en cultiver l'intention,
non par un effort intellectuel de volonté mais par un "faire sans faire",
un silencieux message de détermination qui fait penser aux conseils
donnés à ceux qui ont du mal à se souvenir des rêves.
Se présentent alors à lui les Portes de Rêver, qu'il doit
franchir une à une.
La première est celle de l'attention. Don Juan invite son disciple
à devenir conscient du moment précis où il s'endort,
puis à rêver toujours du même décor en essayant
de voir ses mains dans son rêve. Afin de ne pas laisser celui-ci passer
anarchiquement d'une scène à l'autre, il lui conseille d'observer
par de brefs regards indirects chaque objet présent dans le rêve,
en revenant chaque fois au premier d'entre eux. Après de longs mois
d'échec, Castaneda parvient peu à peu à arrêter
le défilé des scènes, ses mains lui apparaissent de plus
en plus souvent. Il a atteint la "seconde attention" qui lui procure, en même
temps qu'une certaine assurance, de curieuses sensations, comme celle de rouler
sur lui-même au moment de l'endormissement, où d'entendre une
voix lui enjoignant sans cesse de "regarder les choses" et que don Juan lui
conseille de faire taire en hurlant !
Il est devant la seconde Porte, qui consiste à passer d'un rêve
à un autre sans sortir de l'état de rêveur, soit en rêvant
qu'il s'éveille du premier pour passer dans le second, soit en atteignant
celui-ci à partir d'un élément du premier. Les Rêves
qu'il fait alors sont habités par des "êtres inorganiques", éléments
énergétiques conscients, opaques, en forme de fuseaux, de boules,
de cloches ou de tigres à dents de sabre, et irrésistiblement
attirés par l'énergie humaine. Les "esprits" du chamanisme primitif
? Don Juan ne donne pas la réponse, mais admet la nécessité
de prendre comme allié le premier émissaire envoyé par
eux, à condition de rester conscient et maître du contact, qu'il
enjoint Castaneda de ne pas prolonger en raison de l'inévitable tribut
énergétique exigé en échange des pouvoirs accordés.
Fasciné et "accro" au voyage, Castaneda dédaigne ses conseils,
s'affaiblissant inexorablement jusqu'au jour où, jouant sur sa pitié
pour une fillette prisonnière, les êtres inorganiques réussissent
à l'attirer lui aussi tout entier, corps physique inclus. Don Juan
et ses partenaires sorciers parviennent à le ramener sur terre. Il
met des mois à se remettre du choc d'avoir dû vérifier
à ses dépens qu'il ne s'agit pas du monde des rêves ordinaires
mais bien d'une autre réalité, ce que don Juan lui répètait
depuis le début sans qu'il y croie vraiment.
Il apprend qu'une fois encore il suffit d'exprimer clairement une ferme intention
pour que ces êtres le laissent en paix, libre d'accéder au seuil
de la troisième Porte, qui consiste à faire fusionner monde
du rêve et monde quotidien. Intention, prudence, impeccabilité
du guerrier sont plus que jamais nécessaires, et s'acquièrent
en rêve par l'observation des détails, sans se laisser absorber
par aucun, et dans l'éveil par la récapitulation de toute sa
vie. Chaque personne rencontrée, chaque instant vécu depuis
son enfance est examiné, d'abord systématiquement puis en laissant
son esprit choisir les événements. Aidé par des méthodes
respiratoires enseignées par don Juan et par les progrès de
sa mémoire obtenus grâce au Rêve, Castaneda se libère
ainsi de toute attache affective, de toute charge émotive, et renforce
son énergie. Se voir endormi puis stabiliser le point d'assemblage
de son corps énergétique dans une nouvelle position constitue
l'étape suivante. Il peut alors se déplacer en Voyant l'énergie
de tout ce qui l'entoure et rencontrer d'autres êtres inorganiques,
encore plus prédateurs. De Rêveur le sorcier devient Traqueur,
car tout en se protégeant il doit extraire de ces mondes l'énergie
qui lui permet de Voir que la conscience est un rayonnement énergétique
universel, dont il se servira comme d'un filin pour accéder, "avec
son corps d'énergie et toute notre réalité physique",
aux "autres couches de l'oignon" constituant l'univers. Surviennent alors
des voyages fantastiques dont les récits nous laissent pantois, parfois
frustrés, volontiers incrédules.
Tout au long de sa formation, Castaneda se fait l'écho de nos doutes
sur la réalité de ces mondes. Onirique ne signifie pas irréel,
s'acharne à lui expliquer son maître. La maîtrise du rêve
ouvre les sens à un autre état de perception, l'attention que
l'on y développe permet tous les exploits, et ceux-ci ont lieu dans
des mondes aussi vrais que celui que nous offre nos perceptions normales.
Pour achever l'apprentissage du rêveur, le "défieur de
la mort", premier sorcier de la lignée de son maître, incarné
en femme, lui indique que s'endormir sur le côté droit, genoux
légèrement fléchis, lui procurera lors de l'incorporation
du corps énergétique le contrôle parfait de l'immobilisation
du point d'assemblage, permettant de passer à un monde Rêvé
mais parfaitement réel. L'entraînant dans son propre passé,
elle lui ouvre la quatrième Porte de Rêver, qui donne sur d'autres
lieux encore, concrets, présents soit dans ce monde soit en dehors,
ou dans celui de l'intention d'un autre rêveur. En échange de
l'énergie dont elle a besoin pour maintenir son immortalité,
elle lui offre la capacité de "voler sur les aile de l'intention",
dont, comme des trois Portes suivantes, Castaneda ne dit rien. Voir, Pouvoir,
Rêver, les dons sont infinis et les leçons arides. En bon sorcier,
en bon praticien du teasing marketing diront les critiques, Castaneda nous
laisse ainsi à la fin de chaque livre avec la frustration d'un enseignement
inaccessible au commun des mortels, une connaissance partielle apparemment
impraticable, et, comme il le dit lui même, le vague "pressentiment
que l'incommensurable est à portée de main". A portée
de nos rêves ?
Pour les chamanes, le rêve
et l'art de rêver sont très importants. Le rêve est une réalité
aussi déterminante que notre vie éveillée, et en contrôlant
les rêves ils agissent sur la réalité. En fait ils ne font
pas de distinction, considérant notre vie comme un rêve que l'on
peut modifier. Dans le livre de Carlos Castaneda, L'Art de rêver, Don
Juan définit "rêver" comme un passage à l'infinité.
Rêver est pour les sorciers une manière pratique de se servir des
rêves ordinaires. "Rêver ne peut être qu'une expérience.
Rêver ne signifie pas seulement avoir des rêves. Par l'acte de rêver,
nous pouvons percevoir d'autres mondes, que nous pouvons assurément décrire.
Mais nous ne pouvons pas décrire ce qui nous les rend perceptibles. Néanmoins
nous pouvons sentir comment rêver ouvre ces autres royaumes. Rêver
semble être une sensation - un processus dans nos corps, une conscience
dans nos pensées." Ainsi les chamanes, qui cumulaient plusieurs fonctions,
pouvaient utiliser l'état de rêve pour guérir une personne,
ou l'exorciser. D'après Jeremy Taylor, il s'agit de ce qu'on appelle
le rêve lucide, et le pouvoir de guérison des ces rêves est
très puissant. Voici un exemple de rêve chamanique raconté par Jeremy Taylor (cf. Where people fly and water runs uphill, Warner
Books). Il fit ce rêve alors qu'il travaillait comme thérapeute
auprès de jeunes autistes et schizophrènes :
"Je me retrouve flottant dans un espace flou et gris. Eric, un
des jeunes les plus perturbés et les plus violents, apparaît devant
moi, riant en roulant les yeux comme quelqu'un de fou. Je le regarde pendant
un long moment, puis je commence à voir son aura. Il est d'une drôle
de couleur rose et il s'étend autour de lui jusqu'à une distance
d'environ 20 pouces. L'aura ondule lentement et change de forme, comme un nuage
de gaz. Je remarque qu'il y a d'étranges piquants noirs tout autour de
lui. Ils ont à peu près un pied de long et un demi pouce d'épaisseur
à leur base, là où ils sont attachés à son
corps. Je me sens terriblement fatigué, j'ai envie de dormir. Comme je
combat ma fatigue, je me dis qu'il serait absurde de dormir puisque je dors
déjà. Je réalise alors que je suis en train de rêver.
Maintenant je regarde Eric plus attentivement. S'agit-il d'une projection de
moi-même, d'un aspect de moi ? C'est ce que je pense, mais j'ai pourtant
le sentiment qu'il y a plus que cela. Mon épuisement augmente, et mon
esprit est confus et lent. Pourquoi mon rêve m'offre-t-il cette image
d'Éric couvert de piquants ? Quel est le sens thérapeutique de
ce rêve ?
Je réalise que peu importe le sens du rêve, ces piquants ne devraient
pas être là. Alors je me dis que quoiqu'ils représentent,
je devrais les enlever. Je me déplace vers Eric et je lui dis télépathiquement
que je vais "déraciner" les piquants de son aura. Je commence donc à
arracher, déraciner les piquants avec mes mains, et déraciner
est le terme exact car si je ne fais que les casser j'ai le sentiment qu'ils
repousseront . Il faut donc les déraciner pour s'en débarasser.
Je viens à bout d'enlever tous les piquants, et je ressens un immense
soulagement. Alors je m'éloigne d'Éric et je quitte le rêve."
Le lendemain matin, alors qu'il n'avait
raconté ce rêve à personne, J.T croise Eric qui bondit vers
lui, très fâché, et lui crie : "Tu m'as volé quelque
chose la nuit dernière !" J.T lui répond que la nuit dernière
il dormait dans son lit, mais l'autre insiste : "Tu as enlevé quelque
chose de moi ! Rends-le moi !"
J.T lui demanda de quoi il s'agissait. Eric ne pouvait répondre. Alors
J.T lui demanda comment il se sentait. Surpris, Eric répondit qu'il se
sentait bien. Alors J.T lui dit : "Voilà qui est plutôt inhabituel,
n'est-ce pas ? Peut-être que tu ne veux pas vraiment ravoir ce que tu
as perdu la nuit dernière ?" Ils se regardèrent un long moment,
puis Eric acquiesca.
Voilà une expérience de rêve lucide chamanique qui montre
bien comment le chamane peut utiliser l'art de rêver pour accéder
à une autre énergie afin modifier la réalité. Ainsi
plutôt que de considérer les rêves lucides comme des expériences
amusantes, on devrait explorer leur potentiel de guérison, dans la même
optique que les chamanes guérisseurs, pour notre bien et le bien de la
communauté.
Estelle Melanson-Leblanc

Le Chamanisme
Ed. Encre, 2009 - 24,90 €
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Rêve et chamanisme - 30 exercices de développement personnel
Par Océane Allessi-Ravasini
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Le Tarot du chaman
Pour commander ces ouvrages, aller au site de :
L'ENVOL, COUTUMES ET TRADITIONS ANCESTRALES
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La Récapitulation chamanique - Soigner son passé pour libérer son esprit, par Victor Manuel Pereda Sanchez, aux éd. du Rocher (prix : 125 F). Alternative au travail de la psychothérapie, la récapitulation chamanique explique concrètement comment restaurer le "corps énergétique" en présentant des techniques visant à évacuer l'énergie étrangère (promesses enfouies, liens avec le passé, etc.) et à se réapproprier l'énergie dissipée. |
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Les Leçons de Castaneda, par Victor Manuel Pereda Sanchez, aux éd. du Rocher, mai 1996 (prix : 139 F). Emule de Carlos Castaneda, Victor Sánchez,
à l'origine d'un courant d'anthropologie respectueux des traditions
indiennes de l'Amérique centrale, nous livre les leçons
d'expériences rattachées aux rites sacrés des Nahuas,
des Huicholes et d'autres groupes indiens d'ascendance toltèque.
Son expérience personnelle, au sein de cescommunautés, éclaire
d'un jour nouveau les techniques auxquelles Carlos Castaneda a donné
les noms d'"art duguet" et d'"art de rêver". Les unes visent la
maîtrise du moi, l'abandon des pensées et des actes engendrés
par une acceptation passive des limites que peut poser l'univers culturel
occidental, et l'accès à une réalité et à
uneliberté plus grandes. Les autres permettent d'exercer une sorte
de contrôle sur nos rêves, et de transformer notre vie grâce
à l'exercice de ce contrôle. Ainsi que le souligne l'auteur,
le but de son livre est essentiellement pratique. |
![]() |
Voyage au coeur du chamanisme, par Victor Sanchez, aux éd. du Rocher, nov.1997 (prix : 129 F). Fruit de longues recherches sur le terrain, ce voyage au coeur du chamanisme mexicain nous fait découvrir les enseignements spirituels des survivants toltèques. L'auteur nous conduit dans les sierras isolées du Mexique où les chamanes tentent par tous les moyens de sauvegarder la tradition. |
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Les Chamanes, par Piers Vitebsky, éd. Albin Michel (prix : 98 F). Abondamment illustré, ce livre
nous explique le phénomène complexe et multiforme du chamanisme,
que l'on retrouve de la forêt d'Amazonie jusqu'aux neiges de Sibérie. |
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L'ENVOL, COUTUMES ET TRADITIONS ANCESTRALES Ile de la Réunion Animé par Océane, L'Envol est un centre d'étude, de pratiques techniques, d'arts et de disciplines qui ont pour but de renouer avec d'anciennes pratiques des cultures traditionnelles (amérindiennes, aborigènes, celtiques, indiennes, hawaïennes, etc.) L'Envol organise régulièrement des séminaires avec des invités de par le monde.
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Patrick Vidal, 1999 Durant le rêve, notre esprit s'envole dans les profondeurs de l'inconscient. Selon les chamanes, notre âme quitterait alors le corps pour atteindre le monde de l'esprit. Tous les rêves ne sont pas des expériences extraordinaires. Nombre d'entre eux se rapportent à notre vie quotidienne. Quelques rêves sont néanmoins très spéciaux et les visiteurs oniriques ne sont pas toujours une illusion...
Pour en voir davantage, écrire à Patrick Vidal |
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Le Capteur de rêves de Nick Huard Cette sculpture, créée par Nick Huard, Indien Micmac, né dans le clan de l'Ours, au Canada, est une oeuvre contemporaine qui s'inscrit dans la tradition de chamanisme de ses ancêtres. Pascal Dibie in «Science et Avenir», Hors-Série, Le Rêve, 1996. |