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LE RÊVE LUCIDE
accéder au rêve conscient

 

Définition
L'induction du rêve lucide
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Applications du rêve lucide
Pour en savoir plus
Recherche sur le rêve lucide
EHC/OBE
Paralysie du sommeil

Stéréovision et rêve lucide



Voir aussi le Cours n° 15 de la Formation à l'onirologie

Fascicule 6 : Rêves psi et psychosociologie du rêve - Le rêve lucide

Voir aussi la rubrique Vidéothèque

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DÉFINITION

 

Qu'est-ce que le «rêve lucide» ? Comme son nom l'indique, un rêve lucide est d'abord un rêve, c'est-à-dire un vécu en état de rêve, tel que cet état de vigilance spécifique se voit à présent scientifiquement défini, signé par trois critères : l'atonie musculaire, les mouvements oculaires rapides et une intense activité cérébrale comparable à celle de l'état de veille (d'où l'appellation de «sommeil paradoxal» forgée par le chercheur Michel Jouvet).

Outre le fait qu'il s'agisse d'un rêve, le rêve lucide se caractérise par son niveau de "lucidité", terme synonyme de conscience, impliquant pour le moins une conscience de soi : celle de l'état de vigilance dans lequel on se trouve. Autrement dit, être lucide en rêve c'est simplement reconnaître en tout état de cause son état de vigilance du moment : savoir en l'occurrence que l'on est en état de rêve (dans le monde intérieur) et non en état de veille (dans le monde extérieur) !



L'INDUCTION DU RÊVE LUCIDE

Comme l'inconscience prévaut d'ordinaire dans les rêves, l'accès à la lucidité requiert le plus souvent un apprentissage qui, rassurez-vous, est à la portée de tous. Nul besoin d'acquérir un appareil électronique sophistiqué et coûteux comme ceux vendus aux USA.

Ainsi que l'a conseillé en son temps Léon d'Hervey (de Saint-Denys), le mieux est de commencer par tenir un journal de rêves, lieu intime du rapprochement et du dialogue entre les vies onirique et vigile.

L'étape suivante consistera à induire le contenu de ses rêves (pensées) au moment de l'endormissement en vue de l'obtention de la pleine lucidité. Il est également conseillé de pratiquer des exercices de prise de conscience de soi à l'état de veille.

Pour atteindre la concience de soi en rêve, vous pouvez faire appel à la technique éprouvée décrite ci-dessous, basée à la fois sur la méthode MILD décrite par l'Americain Stephen LaBerge dans son livre Le Rêve lucide - Le Pouvoir de l'éveil et de la conscience dans vos rêves et la technique réflexive élaborée par l'Allemand Paul Tholey.
La méthode regroupe trois types d'exercices pratiqués durant la journée, avant l'endormissement, et après un réveil nocturne (l'exercice le plus efficace).


Exercice à l'état de veille : tester son état de vigilance


Plusieurs fois par jour, posez-vous la question «Suis-je en train de rêver ?» pour tester votre état de vigilance.

En fonction des circonstances, vous pouvez, par exemple :

Vérifier la stabilité de vos perceptions courantes
- Observez un objet en notant ses caractéristiques, puis regardez ailleurs; un instant plus tard, observez-le de nouveau. Est-il identique ? Par exemple, la pièce conserve-t-elle la même forme et la même dimension ?

Vérifier le bon fonctionnement de votre mémoire

- Remontez mentalement le cours des événements que vous venez de vivre.
Etes-vous sujet à un trou de mémoire ?

Vérifier votre état gravitionnel
- Faites des petits sauts.
Arrivez-vous ou non à décoller du sol ?

Il est bon de choisir à l'avance certaines occasions pour pratiquer l'exercice à l'état de veille. Par exemple, vous pourriez vous posez la question «Suis-je en train de rêver ?» lorsque vous utilisez la clé de votre maison ou celle de votre voiture.
La visualisation aide à se souvenir de la circonstance associée à la question. Si vous avez l'intention de tester votre état de vigilance lorsque vous utilisez une clé, imaginez-vous à ce moment-là en train de vous rappeler votre intention et de procéder effectivement à cette vérification.

Exercice avant l'endormissement


1. Au coucher, prenez quelques minutes pour vous détendre complètement, en faisant appel à l'une ou l'autre des méthodes suivantes :
- Le yoga ou d'autres exercices de détente, dont la gymnastique suédoise.
- La relaxation progressive. Pendant dix secondes ou plus, tendre puis relâcher successivement les épaules, les mains et les bras, les pieds et les jambes, le pelvis, l'abdomen, le cou, les joues, la mâchoire et les muscles du front.
2. Essayez de laisser s'évanouir vos préoccupations de la journée. Respirez profondément et développez en vous l'apaisement et la quiétude à chaque expiration.
3. Remémorez-vous un rêve récent.
- Imaginez-vous dans ce rêve, et notez toute chose inhabituelle ou anormale qui l'identifie comme un rêve.
- Pensez à porter attention à de telles anomalies lors de la nuit prochaine, considérées comme des indices de votre état de rêve. Par exemple, s'il vous arrive de parler à un animal, pensez à noter l'étrangeté de cette conversation, et dites-vous : «C'est étrange, les animaux ne parlent pas. Je dois être en train de rêver.»
Avec résolution, dites-vous : «Lors de mon prochain rêve, je vais prendre conscience que je rêve.» Cette intention gagne à être formulée à plusieurs reprises.

Exercice nocturne (lors d'un réveil à la suite d'un rêve)


Il est important de pratiquer cet exercice après chaque réveil, sinon cela diminue la valeur des autres exercices.
1. Ne pas bouger durant une minute ou deux afin de faciliter la remémoration onirique.
2. Se réveiller complètement. Le fait de se passer sur les yeux un gant de toilette humide peut suffire à vous éveiller suffisamment pour pratiquer cet exercice nocturne.
3. Mémoriser soigneusement tout ce dont vous pouvez vous souvenir du rêve. Examinez-le en détail et rappelez-vous aussi clairement que possible des sentiments que vous avez éprouvés.
4. Allumez la lumière et consacrez-vous à la lecture pendant une dizaine de minutes, de manière à vous éveiller complètement et à faire fonctionner à plein vos facultés mentales logiques.
5. Au moment où vous allez vous rendormir, dites-vous : «Lors de mon prochain rêve, je vais penser à prendre conscience que je rêve.»
6. Puis, aussi intensément que possible, visualisez votre corps endormi, couché sur le lit. Observez le mouvement rapide des yeux sous vos paupières closes, indiquant que vous êtes en train de rêver.
Imaginez-vous dans le rêve remémoré prenant conscience que vous rêvez.
Plus vous répéterez cette visualisation et mieux cela vaudra.
7. Dites-vous à nouveau : «Lors de mon prochain rêve, je vais penser à prendre conscience que je rêve.»

N-B : Cet exercice nocturne de synchronisation des hémisphères cérébraux semble celui qui donne les meilleurs résultats (voir le site en anglais de Bird et la présentation ci-dessous de la méthode par Marc VanDeKeere). Son principe est d'associer par un fonctionnement simultané notre cerveau droit (associé aux processus mentaux analogiques du rêve au cours desquels nous "résonnons") et notre cerveau gauche (associé aux processus mentaux logiques de l'état de veille au cours desquels nous "raisonnons"). C'est pourquoi la lecture ou tout autre exercice faisant appel à notre raison est conseillé après la sortie du rêve.


Best Lucid Dream Method

WAKE BACK TO BED METHOD (WBTB)

Par Marc VanDeKeere *


I developed this technique back in the 1990's and I coined the phrase WAKE BACK TO BED METHOD in my LD manual and shared it on the original Bird's Lucid Dreaming Website.

Back then, there were only a handful of quality lucid dreaming websites on the internet. Little did I know, this method would catch on and spread until it became its own acronym (WBTB). It may be the most well-known method in the lucid dreaming community and definitely a staple in any lucid dreamer's bag of tricks. I am very proud to continue sharing it in its original format below, and I am even happier to hear that so many aspiring dreamers are using this method to maximize their odds of successful lucid dream induction. It worked back then and it still works to this day!

Hello Everyone,

First, I want to say that I have been using the following method, and it has been showing some AMAZING results. I usually have quite a lot of lucid dreams (one to three lucid dreams per week,sometimes more, sometime less, but usually one to three). Using this method outlined below, I had twenty-five lucid dreams in one week. Yes, you did read that correctly, twenty-five lucid dreams in one week!!!

That was a while ago, but the ongoing results are still very promisng. Although I have not had anywhere near twenty-five LDs in one week again, I have been having much more than I usually would. More importantly, by using this method I have around a fifty percent chance of successfully inducing a lucid dream whenever I make the time to use it.

So needless to say, I am still awestruck with the dramatic increase and attribute it to this technique that I am going to pass along to anyone and everyone who will listen. Shedding light on the magnitude of increase that we are talking about here should help others realize HOW EFFECTIVE it really is, so be sure to try it out !

Here it is :

The WAKE BACK TO BED method

1) Go to bed for 6 hours or so

2) Then Wake up

3) Stay awake for an hour or so (or at least until you are "awake"& not sleepy-headed or foggy-minded,
Get out of bed and do something. You HAVE TO get out of bed ! Preferably read something about LDs (books, newsgroups, etc.)

4) THEN go back to bed using whatever technique you normally use : MILD technique, affirmations, trance induction, visualization, grounding your awareness, or whatever :)

THEN it is lucid dreamzzz, my friendzzz

The timing can be adjusted to suit your purpose but it is adviseable to get a considerable of sleep (six hours is perfect ) and then stay up until you are no longer groggy minded and sleepy-headed. Once awake, sometimes twenty minutes of being awake will be enough for me, I will then go back to bed with amazing results.

One key thing I have learned is to set the pattern by establishing a routine of doing this regularly. I have been doing it off and on with great results, but when I buckled down and made it a priority. The first week I did it on three mornings and I was fifty-percent successful at inducing a lucid dream. I had about five LDs the first week, above average.

The second week again I did it three mornings and had even better results with more LDs and a slightly higher lucidity ratio (about ten LDs for the second week, well above average. The third week was like lucid dreaming magic. It just seemed to kick in and it was LD records for me. Again, I did it about three mornings and had LDs totaling twenty-five or more for that week !

So I think the KEY is to be consistent and get the routine engrained and absorbed into your subconscious. With time it seems to be getting easier and easier, and as a bonus effect of all this induced lucidity, you can expect to have extra spontaneous LDs during the night. It is like an added bonus plan. On this past Saturday, I had a spontaneous LD during my first REM cycle and managed to ride it out for a long looooooooong time. I think the total number of LDs in the series was nearly ten. One LD after another with small intervals in between them in which I was still conscious but did not have any visuals so I would just wait it out in "Limbo-Land" until new visuals would appear and the whole cycle would begin again.

Total time of maintained lucidity was at least an hour, possibly an hour and a half. It was by far the longest LD I have ever had and I have had many long ones of forty-five minutes or more with seven or eight reentries, but this one takes the prize !

I think it is the easiest approach and continues to show the best results. I have been trying them ALL for many years. This one works like magic, literally. The only thing you have to do is arrange your sleeping pattern so that you can use this Wake/Back to Bed Method.

stay lucid,

bird ^v^

* Marc VanDeKeere developed this method and coined the phrase Wake Back to Bed Method back in the 1990s. For more info, check out his lucid dreaming manual.

 


DIRIGER SES RÊVES DE L’EXTÉRIEUR ET/OU DE L'INTÉRIEUR


Par Roger Ripert

DIRIGER SES RÊVES DE L’EXTÉRIEUR

L’imprégnation

Du principe selon lequel «penser à une chose, c’est y rêver» découle pour d’Hervey un moyen d’influer sur nos rêves qui correspond au processus d’imprégnation décrit par l’Américaine Patricia Garfield (43) :

... pour quiconque attachera quelque charme à peupler son sommeil de songes agréables, l’hygiène ou régime consistera dans une attention suivie à meubler sa mémoire d’impressions heureuses, entremêlées (et par conséquent associées) aux diverses occupations de la vie (Les Rêves *, p. 204).

Parmi les exemples que nous livre d’Hervey, celui du «charmant tableau de Boulanger, le Tepidarium» (voir la fig. 30 et les Rêves, pp. 203-204), est particulièrement significatif, même si le lien qui s’établira dans le rêve, au moment du «montage» filmique, entre cette idée-image volontairement induite des ravissantes baigneuses associée à la préoccupation du moment (une recherche supposée sur l’origine des armes à feu) ne correspond pas seulement à un «lien d’association procédant de l’ordre chronologique» (lien d’association par contiguïté) comme le pense d’Hervey, mais aussi à une analogie symbolique à résonnance sexuelle (la baigneuse et l’arquebuse), comme l’a fait remarqué à juste titre R. Desoille dans sa préface de les Rêves publié par Tchou, surtout s’il s’agit d’une femme canon !
Ainsi, les contenus oniriques volontairement induits à l’état de veille auront d’autant plus de chances d’influer directement sur nos rêves qu’ils seront pertinents, c’est-à-dire fortement significatifs (de l’ordre de la préoccupation), et que leur trace mnésique aura été suffisamment profonde (de l’ordre de l’imprégnation). Il s’agit bien, comme le montre l’exemple donné par d’Hervey, d’un mécanisme qui demande une véritable mobilisation de la pensée, c’est-à-dire une attention répétée accordée à une idée matérialisée par un support évocateur, telle la photographie du tableau de Boulanger. Car, comme le répète le marquis :
J’ai signalé déjà comme très erronée, selon moi, cette opinion assez répandue qu’il suffise souvent pour rêver à quelqu’un ou à quelque chose d’y penser fortement avant de s’endormir» (Les Rêves, p. 249).

Le conditionnement sensoriel

Son principe, comme le formule d’Hervey, consiste à «associer certains souvenirs au rappel de certaines perceptions sensoriales, de manière que le retour de ces sensations, ménagé pendant le sommeil, introduise au milieu de nos songes les idées-images que nous en avons rendues solidaires» (Les Rêves, p. 259). Ou, comme il le précise, «en liant artificiellement certaines idées à certaines sensations bien déterminées, on pourra profiter de cette solidarité factice pour introduire dans les rêves des éléments qu’on aura soi-même préparés. On devra seulement ne pas perdre de vue qu’il est deux conditions essentielles pour que ces moyens de rappel soient efficaces : la première, de trouver une sensation bien nouvelle chez celui qui la provoque; la seconde, ne jamais la provoquer en dehors des circonstances voulues, sous peine d’en neutraliser la vertu» (Les Rêves, pp. 218-219).
Cette découverte avant l’heure du conditionnement pavlovien souligne toute l’ingéniosité de d’Hervey dont les expériences — notamment celles utilisant le parfum comme stimulus déclencheur — n’ont malheureusement pas encore retenu suffisamment l’attention des chercheurs pour que ceux-ci tentent de les reproduire de manière scientifique. À noter cependant que les appareils d’induction de la lucidité onirique élaborés récemment font appel au conditionnement sensoriel et utilisent un stimulus sonore et/ou lumineux comme déclencheur du rappel de la prise de conscience de soi (44).

DIRIGER SES RÊVES DE L’INTÉRIEUR

L’induction de la lucidité onirique


Comment accéder à la lucidité onirique et rendre cette expérience habituelle ? Si d’Hervey ne nous fournit point de recette toute faite qui permette à tout un chacun d’accéder sans effort et du jour au lendemain à la lucidité onirique (une recette pas encore concoctée à ce jour !), il nous prodigue néanmoins quelques conseils fort utiles tirés de sa propre expérience.
Si l’on se rapporte aux indications temporelles données par d’Hervey sur son journal de rêves, c’est sans doute au cours de sa treizième année qu’il fit son premier rêve lucide, situé précisément à la deux cent septième nuit de son journal. En effet, la date de son anniversaire tombe le 6 mai et les deux premières citations de son journal correspondant à des nuits «sans rêve», probablement incluses dans les six premières semaines de transcription [«une annotation succinte indique simplement que tel ou tel jour je ne me souviens absolument de rien», Les Rêves, p. 9], sont datées des 14 et 28 juin, ce qui laisse supposer que d’Hervey commença à tenir son journal au cours du mois de mai ou du mois de juin 1835.
Le fait même que d’Hervey accéda à la lucidité onirique à l’époque de son adolescence, conjugué à une pratique intensive, constitue peut-être l’une des causes principales de la capacité exceptionnelle de l’auteur à reproduire cette lucidité tout au long de son existence. Comme il l’écrit :

«... si je suis porté à croire qu’il y aurait des organisations rebelles aux habitudes psychiques que j’ai contractées, comme il en est aussi d’incompatibles avec les exercices du trapèze et du tremplin, je n’en demeure pas moins aussi très persuadé qu’en s’y prenant, ainsi que je l’ai fait, dès l’âge où la nature se prête si complaisamment à tout ce qu’on exige d’elle, bon nombre de personnes arriveraient à maîtriser comme moi les illusions de leurs songes, résultat inattendu sans doute, mais non point morbide ni anormal;» (Les Rêves, p. 4)

Outre la précocité de sa vocation d’onirologue, la «vie de château» menée par d’Hervey (facteur de disponibilité) et les facultés particulières de l’auteur, qui alliait apparemment l’esprit d’analyse requis par son activité de sinologue (associé au cerveau gauche) à l’esprit de synthèse impliqué par son œuvre d’onirologue (associé au cerveau droit), ont peut-être été des conditions particulièrement favorables expliquant ses capacités encore inégalées de rêveur lucide.
En effet, si les techniques élaborées récemment permettent effectivement d’induire sans trop de difficulté chez l’homme adulte une première expérience de lucidité onirique (notamment la technique réflexive de P. Tholey et la technique MILD de S. LaBerge, exposées plus loin), elles ne suffisent pas la plupart du temps (hormis les techniques du maintien de la conscience de soi à l’endormissement, beaucoup plus ardues à mettre en œuvre) à la renouveler fréquemment, à moyen ou long terme, et encore moins à la rendre reproductible à volonté. La lucidité onirique n’est pas acquise une fois pour toutes. Comme le souligne d’Hervey, un entraînement continu est nécessaire :

«Cette disposition de l’esprit augmente ou diminue suivant qu’on la met plus ou moins en pratique. Pendant la période de mes recherches quotidiennes sur le mouvement de mes rêves, c’était presque chaque nuit que j’en pouvais profiter. Aujourd’hui que je ne l’exerce plus que de loin en loin, la conscience de ma situation me revient en rêve à peu près une nuit sur deux. Si je m’y attache, pour analyser ou diriger les illusions du songe, je puis la retenir assez longtemps. Si je la laisse passer au contraire comme une idée fugitive, je puis la perdre, sauf à la retrouver et à la reperdre encore peut-être par éclairs. Mais une fois le principe même de cette disposition acquis, je crois pouvoir affirmer, par mon expérience et par celle de plusieurs autres personnes, qu’on ne le perd jamais tout à fait, et qu’on lui redonne une grande extension dès qu’on veut l’exercer.» (Les Rêves, p. 21)

Par ailleurs, si d’Hervey admet que «la conscience du rêve, pendant le rêve» demeure chez la plupart des personnes «un accident tout exceptionnel», il n’en pose pas moins en principe qu’il est possible à chacun d’acquérir cette faculté à condition de «prendre la peine d’écrire seulement pendant trois mois, tous les matins, [nos] songes de la nuit (en faisant quelque effort de mémoire pour les retrouver, quand il [nous] semblera de prime abord [n’avoir] rien rêvé, suivant la locution reçue)» (Les Rêves, p. 114). De même il affirme, dans son résumé des conditions requises pour «arriver à se rendre maître des illusions de son sommeil», que la conscience de son sommeil (la lucidité onirique) «s’acquiert assez promptement par le seul fait de tenir son journal de rêves» (Les Rêves, p. 259). Condition nécessaire, mais non suffisante. Le fait d’accorder de l’importance aux rêves, de s’en préoccuper à l’état de veille, de se les remémorer au réveil et de les transcrire de manière régulière dans un journal constitue, certes, le terrain propice à l’émergence de la lucidité onirique. Mais le changement radical de point de vue qu’implique cette faculté demande davantage qu’une attention soutenue portée à notre vie onirique; elle requiert aussi le développement d’une conscience réflexive et, de ce fait, un travail sur soi en profondeur. Une fois expérimentée, la lucidité onirique — qui s’inscrit dans le continuum de la conscience de soi en rêve (voir plus haut) — connaîtra en outre des fluctuations, et la pleine conscience de soi sera en général l’exception plutôt que la règle.
Comme S. LaBerge l’a noté, il n’existe que deux façons d’accéder à la conscience (de soi) en rêve : «soit à partir de l’état de rêve, par un ajout de conscience lorsque la personne est en train de rêver; soit par un ajout de rêve, lorsque la personne est consciente (45).» Partant de là, les techniques actuelles d’induction se voient regroupées en deux catégories : celles qui mènent au rêve lucide à partir de l’état de rêve et celles qui l’induisent à partir de l’état de veille.

L’induction de la lucidité à partir de l’état de rêve

Durant les années 80, l’accent a surtout porté sur cette forme d’induction, la plus facile à mettre en œuvre, et différentes méthodes pratiques ont été vulgarisées, telles que la technique MILD 46 (fondée sur l’autosuggestion et l’entraînement mnémonique pour le transfert en rêve d’une conscience réflexive) et la technique de l’allemand Paul Tholey (consistant à développer cette conscience réflexive à l’état de veille (47)) ou encore les méthodes combinant ces deux techniques de base (48). Le conditionnement sensoriel par le biais d’appareils envoyant des stimuli lumineux et sonores est un autre moyen, développé depuis peu, d’induire la lucidité à partir de l’état de rêve. Malgré leur sophistication croissante, ces appareils bourrés d’électronique ne semblent pas encore donner, à eux seuls, les résultats espérés. Mis à part leur exploitation mercantile, ils peuvent servir de technique d’appoint pour les personnes à tendance matérialiste qui croient davantage aux béquilles technologiques qu’à leurs propres facultés mentales et psychiques (49).

L’induction de la lucidité à l’endormissement


La nécessité de former un nombre croissant d’onironautes, capables d’induire à volonté la lucidité onirique dans des conditions expérimentales, a relancé l’intérêt pour cette forme d’induction visant à maintenir la conscience au cours de la rêverie hynagogique qui marque le franchissement de la porte du sommeil. Utilisée notamment par Allan Worsley, le premier des onironautes, cette induction de la lucidité onirique requiert au départ un long apprentissage. Dans un article paru en 1983, Paul Tholey en a décrit plusieurs variantes apparentées aux techniques yogiques tibétaines. Elles se pratiquent en état de relaxation profonde, font appel à la visualisation et, difficulté majeure, requièrent, comme la lucidité en général, la conciliation d’attitudes opposées : une concentration intense pour maintenir la conscience et un détachement pour favoriser l’endormissement.
Dans la mesure où il tient «l’attention suivie comme à peu près impossible durant cette période transitoire de la veille au sommeil, qui est le règne par excellence de l’anarchie des idées et de la confusion des images» (Les Rêves, p. 159), il ne semble pas que d’Hervey soit parvenu à induire la lucidité onirique par cette technique du maintien de la conscience lors de l’endormissement, ainsi que le montre d’ailleurs le récit de la Tapisserie — le seul rêve explicitement lucide rapporté par d’Hervey survenu à l’endormissement, durant ce qu’il dénomme «le premier sommeil» — dont la lucidité résulte d’une perception immédiate de la nature de l’état de rêve au cours même du déroulement du rêve : «... quand l’idée que je rêvais et que je venais de m’endormir à l’instant me venant tout à coup à l’esprit, j’ai secoué le sommeil par un effort de volonté...» (Les Rêves, p. 140).
Néanmoins, avançant le principe d’interaction réciproque entre la matière et l’esprit, d’Hervey nous montre comment il est possible d’induire le sommeil en se concentrant sur les hallucinations hypnagogiques pour les «personnes à qui ces visions ne font point défaut». Concentration qui a pour effet d’isoler l’esprit en augmentant progressivement la netteté des images naissantes et d’engendrer, par réaction, l’engourdissement progressif du corps (Les Rêves, p. 144).
Une autre façon d’induire la lucidité qui procède de l’endormissement, ou du rendormissement conscient en l’occurrence, est celle qui utilise volontairement les micro-réveils qui surviennent spontanément à la fin de chaque période REM pour induire la lucidité tout en prolongeant le sommeil REM 50. Un autre procédé consiste à provoquer délibérément ces micro-réveils, comme l’a fait avec succès Florence Ghibellini lors de la recherche d’objectivation du rêve lucide menée par l’association Oniros (51).



Les causes de la lucidité onirique


Les causes du déclenchement de la lucidité dans les vingt-deux rêves explicitement lucides rapportés par d’Hervey (voir le répertoire des rêves) peuvent être réparties ainsi : cauchemar répétitif (2), cauchemar simple (3), faux réveil suivi d’une réflexion critique (3), réflexion critique (2), sensation d’être endormi au réveil matinal (2), rêve de vol et de sortie du corps (1), sans cause apparente (9).
Le développement d’une attitude réflexive — omniprésente dans les rêves de d’Hervey et retrouvée aussi dans les neuf rêves lucides classés dans la catégorie «sans cause apparente» (mais associés à un travail de réflexion ou à une intention de mener une expérience ) — ainsi que la volonté de se débarrasser de cauchemars répétitifs apparaissent comme les deux causes principales de la lucidité onirique chez d’Hervey. Elles recouvrent en grande partie celles de l’échantillon étudié par l’Anglais K. Hearne, en 1980, où l’analyse statistique des réponses à un questionnaire rempli par cent rêveurs lucides habituels (52) a montré la répartition suivante des causes de la lucidité : une réflexion critique et la reconnaissance d’incohérences (53 %), un cauchemar (13 %), un rêve répétitif (9%) sans cause apparente ou cause mal définie (25 %). À noter que si dans cet échantillon les rêves de vol ou de sortie du corps ne figurent pas comme une cause de lucidité, ils y sont pourtant souvent associés, comme le rapportent de nombreux auteurs, qu’il s’agisse de leur déclenchement ou de leur utilisation.
Parmi les causes secondaires de la lucidité dans les rêves de d’Hervey, «la sensation d’être endormi» (voir le Pensionnat de jeunes filles et les Vieux tilleuls déracinés) semble correspondre à un mode d’induction particulier qui témoigne des capacités personnelles de l’auteur.

Le maintien de la lucidité onirique



Prolonger le sommeil et la lucidité au réveil


Si la lucidité est inséparable d’une mobilisation de l’attention, il est bien rare de pouvoir la maintenir au-delà d’une minute ou deux, surtout pour les rêveurs lucides débutants. Un moyen astucieux d’éviter le réveil qui peut suivre cette perte de lucidité nous est fourni par d’Hervey : «Affectez de garder (en rêve) une immobilité complète, et concentrez fortement votre attention sur l’un des menus objets dont l’image n’a point disparu, une feuille d’arbre par exemple (Les Rêves, p. 145). Et d’Hervey ajoute plus loin : «Une contemplation attentive et prolongée des illusions de nos rêves [est] bien plus difficile à exercer quand elle porte sur une forme animée, et surtout un visage (Les Rêves, p. 160).»

L’occlusion imaginaire des yeux

Partant de la réflexion qu’«un rêve [est] comme un reflet de la vie réelle» (Les Rêves, p. 156) et du raisonnement que «les événements imaginaires de nos songes, tout incohérents qu’ils puissent être dans leur ensemble, n’en suivent pas moins, quant aux lois de leur enchaînement, une certaine logique empruntée aux réminiscences de la vie réelle» (Les Rêves, pp. 157-158), d’Hervey a imaginé et maintes fois mis à profit ce procédé astucieux qui consiste à fermer les yeux en rêvant, soit pour changer brusquement le cours d’un rêve lucide [«changer un rêve désagréable en un rêve gracieux ou appeler simplement quelque image à son gré» (Les Rêves, pp. 156-157)], soit pour tester l’état de vigilance (Les Rêves, p. 251). Si d’autres techniques ont été proposées depuis, telle que le tournoiement sur soi (en rêve), il est curieux de noter que la littérature anglo-saxonne spécialisée ne fasse pas mention de ce procédé utilisé par d’Hervey.


Les applications de la lucidité onirique


Sans négliger la dimension hédonique, ludique et créative qu’implique au plan individuel «le seul résultat de pouvoir rêver à ce que bon [nous] semble» (Les Rêves, p. 260), d’Hervey nous propose deux grands axes d’applications potentielles du rêve lucide : la recherche en hypno-onirologie et la thérapie.

 

La recherche en hypno-onirologie


De manière notoire, d’Hervey a souvent mis à profit l’exercice de «la conscience de [sa] situation vraie pour étudier tout en dormant les phénomènes de [son] propre sommeil (Les Rêves, p. 163), soit pour mener des «expériences pour voir», soit pour étudier les processus de fonctionnement du sommeil et du rêve.
Les premières recherches en onironautique ont confirmé toute la valeur du rêve lucide pour mener à bien des expérimentations volontaires et contrôlées. Elles ont montré en particulier, comme le rapporte S. LaBerge, «que l’impact de certains comportements oniriques sur le corps et le cerveau peut être en tous points comparable à l’impact des comportements réels correspondants ( 53)». Par exemple, «le temps estimé en rêve semble à peu près identique au temps réel (54)». Entendez par là que la notion subjective et imaginaire du temps écoulé apparaît à peu près identique en rêve lucide et à l’état de veille (supposé également lucide). Pour reprendre une comparaison pertinente entre les projections onirique et cinématographique, cette notion subjective du temps écoulé correspondra approximativement au temps objectif de l’horloge, celui de la durée de la projection des images, à condition toutefois d’avoir été à la fois suffisamment attentif au film et au temps qui passe. Dans le cas contraire, les distorsions temporelles induites par le montage filmique conjuguées à l’inattention risquent fort de perturber notre notion du temps. Un temps qui pourra nous paraître plus court ou même condensé en une fraction de seconde si, comme Alfred Maury dans son fameux «rêve de la guillotine», nous avons manqué le début du film et que la précipitation dramatique des derniers événements nous réveille brusquement en fin de séance ! Comme l’écrit d’Hervey à propos de la modification en rêve des rapports de temps et de l’espace :
À l’état de veille, nous nous faisons une idée du temps d’après la quantité de choses que nous pouvons exécuter dans un temps donné. En songe, nous croyons voir et exécuter réellement tout ce que notre mémoire a extrait successivement de ses casiers par l’association des idées, et nous jugeons du temps écoulé d’après celui qu’il nous aurait fallu pour exécuter réellement tout ce que nous n’avons fait que penser (Les Rêves, p. 66).

La thérapie


Comme le note d’Hervey dans sa conclusion : «J’ai insisté plus d’une fois, en m’adressant aux médecins et aux psychologues, sur la part d’intérêt que cette méthode [le fait de pouvoir rêver à ce que bon nous semble] doit leur offrir» (Les Rêves, p. 260).
Nombre d’onirologues contemporains ont souligné la valeur de l’exploration onirique pour la résolution de problèmes et de situations conflictuelles, à travers la technique gestaltiste notamment (55). Expression d’un conflit aigu, l’expérience commune des cauchemars ou des rêves cauchemardesques répétitifs se prête tout particulièrement à ce travail thérapeutique qui constitue l’une des applications majeures du rêve lucide. En effet, la reconnaissance du caractère illusoire du vécu onirique, inhérente au rêve lucide, permet au rêveur d’assumer son expérience négative — au lieu de la réprimer (au moyen de somnifères ou d’autres drogues) ou de la fuir (par un réveil intempestif) —, de la percevoir comme une projection de soi, d’y faire face et de la transformer de manière curative par une intégration de son contenu (56).
La façon dont d’Hervey est parvenu, grâce à la lucidité, à se débarrasser des horribles monstres qui le poursuivaient sans cesse dans ses rêves est exemplaire à cet égard, et les résultats des recherches poursuivies notamment par l’Allemand Paul Tholey confirment pleinement cette valeur thérapeutique du rêve lucide (57).

À noter que si le pouvoir curatif des rêves apparaît manifeste au plan psychique, il n’en va pas de même au plan somatique. Pour l’heure, les témoignages rassemblés et les premières recherches effectuées se rapportant au traitement de maladies ou de blessures corporelles par le rêve lucide ne sont pas encore concluants tant il est délicat de mettre en évidence les liens subtils unissant le corps et l’esprit (58). Les rêves de vol souvent induits par les rêveurs lucides montrent bien, toutefois, l’impact somatique des contenus oniriques et l’effet souvent relaxant et bénéfique de ce type de rêves.
La médecine psychosomatique a sans doute encore un long chemin à parcourir pour intégrer le rêve dans sa pratique et retrouver ainsi le chemin qui menait dans l’Antiquité grecque aux temples d’Esculape, ces centres de soins qui faisaient appel non seulement aux traitements somatiques mais aussi au pouvoir curatif des rêves à travers les techniques d’incubation.


Extrait de l'article, «Léon d'Hervey : pionnier de l'onironautique», in Collectif, D'Hervey de Saint-Denys - Biographie, Correspondance familiale. L'oeuvre de l'onirologue et du sinologue, éd. Oniros, Chitry Mont Sabot, 1995, pp. 246-253.

* «Les Rêves», est un renvoi à l'édition par l'association Oniros de l'ouvrage de Léon d'Hervey de Saint-Denys, Les Rêves et les moyens de les diriger - Observations pratiques, Chitry Mont Sabot, 1995.

Notes

43. Patricia Garfield, La Créativité onirique, La Table Ronde, 1983, chap. III.
44. Voir Oniros n° 41, 1er sem. 1994, pp. 4-6.
45. Stephen LaBerge, Le Rêve lucide, op. cit., 1991, p. 139.
46. Ibid., pp. 172-176.
47. Voir à ce sujet «Le Rêve lucide : points de vue et développements», dossier publié dans le n° 34/35 de la revue Oniros, 3e et 4e tr. 1991, pp. 4-10.
48. Par exemple, la technique utilisée par Daryl Hewitt, l’un des onironautes américains les plus chevronnés qui, avec Lynne Levitan, furent les deux principaux sujets d’expérimentation du DreamLight au Lucidity Institute. Voir à ce sujet Stephen LaBerge & Howard Rheingold, Exploring the World of Lucid Dreaming, Ballantine Books, New York, 1990, p. 77.
49. Voir Stephen LaBerge, Le Rêve lucide, op. cit., p. 183.
50. Voir J. Gackenbach et S. LaBerge, Conscious mind, sleeping brain, op. cit, p. 141.
51. Roger Ripert, «Objectivation du rêve lucide», Oniros, n° 42, 2e sem. 1994, pp. 2-4.
52. Keith Hearne, The Dream Machine, The Aquarian Press, 1990, pp. 73-74.
53. Stephen LaBerge, Le Rêve lucide, op. cit., p. 115.
54. Ibid., p. 102.
55. Voir Ann Faraday, The Dream Game, Harper & Row, Londres, 1974.
56. Ainsi que l’exprime le précepte extrait du Livre des morts tibétain (Librairie d’Amérique et d’Orient, Paris, 1981, p. 125) : «Ô fils noble, quelles que soient les visions effrayantes ou terribles qui te viendront, reconnais-les pour tes propres formes-pensées.»
57. Paul Tholey, «A Model for Lucidity Training as a Means of Self-Healing and Psychological Growth», in Conscious Mind, Sleeping Brain, Jayne Gackenbach et Stephen LaBerge (eds), Plenum Press, New York et Londres, 1988, pp. 263-287.
58. Voir à ce sujet P. Garfield, Guérir par les rêves — les interpréter pour se soigner, Albin Michel, Paris, 1994, pp. 255-262.



LES APPLICATIONS DU RÊVE LUCIDE

La lucidité est une sorte de «clef magique» qui nous ouvre la porte du rêve «en toute liberté». La possibilité offerte au rêveur lucide de diriger ses rêves à volonté, reconnus alors pour ce qu'il sont : des pensées intérieures («la représentation aux yeux de notre esprit des objets qui occupent notre pensée», selon Léon d'Hervey) et non la réalité extérieure.

Une application notoire bien connue, liée souvent à l'irruption même de la lucidité, est celle du traitement des cauchemars et des phobies : au lieu de fuir en rêve ses ennemis, le rêveur lucide les affronte, les démasque et les métamorphose en alliés.

Outre les applications aux plans de la recherche et de la thérapie (voir ci-dessus),
bien d'autres possibilités s'offrent au rêveur lucide, telles que :

- Vivre les aventures agréables et positives de son choix, telles que se libérer de la pesanteur (voler en rêve) et se relaxer.
- Trouver des solutions aux problèmes personnels et une aide à la prise de décisions.
- Utiliser l'état de rêve comme un espace de développement personnel et d'expériences transcendantales.
- Exploiter et développer sa créativité générale et artistique.

Lors des premiers rêves lucides, le mieux est de s'en tenir au maintien de la lucidité (par exemple, en se répétant de temps à autre : "Je suis en train de rêver"). L'état d'apesanteur et le vol aérien, quasiment spécifiques à l'état de rêve (même si les cosmonautes l'expérimentent à l'état de veille), favorisent également le maintien de la lucidité.
D'une manière générale, il est conseillé de pratiquer l'incubation onirique. Bien penser à une application du rêve lucide au moment de l'endormissement.

A priori, on pourrait penser que le surcroît de conscience impliqué par la lucidité onirique ne saurait présenter que des avantages. Ce n'est pas tout à fait le cas dans la mesure où le développement de la conscience individuelle va de pair avec celui de la conscience sociale. Sur ce plan, en effet, le rêveur lucide risque fort de se voir confronté aux normes de la "société industrielle et de consommation" vu le décalage entre ses propres rêves auto-dirigés et ceux que cette société tente par ailleurs de lui imposer !

 


 

 

Dompter le rêve lucide ?

par Kevin Finel

19/9/2014


Vers le rêve lucide..

Dans les mails que je reçois, la demande de conseils en lien avec la pratique du rêve lucide est sans doute l’une de celle qui revient le plus régulièrement… Rêver de façon lucide est sans doute l’une des expériences les plus riches et puissantes qui soit : l’espace de liberté infinie que permet le rêve ouvre la porte à une exploration sans limite de l’inconscient.

Comme il n’est pas toujours évident de donner des indications sur une pratique aussi particulière et déroutante, je me suis dit que le plus simple était encore de vous faire partager mes premières expériences dans ce domaine et les différentes étapes qui m’ont permis de parvenir à « rêver » … en espérant que ceux qui s’intéressent à cette pratique puissent y trouver de la matière et des idées pour les aider dans leur cheminement et leurs explorations !

Ma découverte du rêve lucide remonte à mes 14 ans : j’étais en seconde et ma pratique de l’auto-hypnose en était à ses balbutiements. A cette époque, je lisais Patrick Drouot et C.G. Jung : étrange mélange et surtout étranges lectures, mais ces auteurs me fascinaient. Le premier pour ses expériences troublantes qui remettaient en cause ma vision du monde, et le second pour son intelligence et sa poésie. Avec le recul, je me dis que par ces lectures, l’idée du rêve était déjà présente dans mes réflexions, pourtant je ne me souviens pas y avoir accordé à ce moment une réelle importance.

Les choses ont changé quand j’ai entendu parler pour la première fois de Carlos Castaneda. J’étais tombé – je ne sais plus de quelle façon- sur le livre de B. Dubant et M. Marguerie « le saut dans l’inconnu », une sorte d’analyse de l’œuvre de Castaneda – livre que j’ai relu il y a peu et que je conseille fortement à tous ceux qui s’intéressent à ce personnage – et, immédiatement, ça a été le coup de foudre ! C’était limpide, les mots raisonnaient en moi avec force et évidence : j’étais envahi par le sentiment d’être face à ce que je cherchais depuis longtemps… Quelques jours après, j’avais devant moi tous les livres de Castaneda et je les dévorais avec avidité.

En filagramme de ces lectures, un thème revenait : la pratique du rêve. Je sentais qu’il y avait ici une clef, quelque chose qui allait me faire avancer plus vite et m’aider à mieux comprendre ce qui, en moi, m’échappait.

Je n’en étais pas encore à imaginer à cette époque que j’allais vraiment devenir hypnotiseur et que je consacrerai ma vie à explorer mon inconscient et celui des autres, mais je ressentais déjà, sans doute, un appel très fort, une poussée qui m’entrainait dans cette direction.

Tentant de rassembler les bribes d’indices laissés par Castaneda, je décidais de tenter, chaque soir, de me réveiller dans un rêve : première étape logique sur le chemin du rêve lucide.

De mes lectures, je déduisais principalement deux idées :

Pendant la journée, penser le plus souvent possible au rêve, et vérifier que je n’étais pas en train de dormir. Etant donné qu’au milieu d’un rêve tout semble normal, il est difficile d’être certain que nous sommes bien dans la réalité ! Mais surtout, nous savons que dans le rêve certaines de nos pensées et habitudes ordinaires sont encore présentes : on se pose des questions, on réfléchit… l’idée me semblait donc logique : je cherchais à être tellement habité par le besoin de vérifier si je rêvais ou non, que j’allais bien, à un moment ou à un autre, me poser cette question au milieu d’un rêve… et donc prendre conscience que je rêvais !
Le 2e élément que l’on retrouve chez Castaneda consiste à se donner une tâche en rêve. C’est un point de connexion entre la conscience et le monde du rêve que l’on tente de créer ainsi. Il s’agit de s’imprégner de l’idée que l’on a quelque chose à faire afin d’accéder à cette pensée au cœur d’un rêve. La tâche que Castaneda s’était vu fixée, était de penser à regarder ses mains. L’idée me parut bonne et je me concentrais régulièrement dans la journée sur le fait que la nuit je devais absolument me souvenir de regarder mes mains….

Après quelques jours, je connus un premier succès, très relatif : au milieu de la nuit, au cœur d’un rêve, un élément incohérent m’a surpris et m’a fait douter… j’ai pris conscience que j’étais dans un rêve !

Alors, la conscience a pris un peu plus de place, suffisamment pour que je me souvienne que je devais regarder mes mains… et là, une question, toute bête, toute simple, m’est venue : comment bouge-t-on dans un rêve ? Drôle de question ! Bien trop consciente malheureusement : je me suis retrouvé éjecté du rêve, assez violemment.

Immédiatement, mon corps m’a semblé être totalement paralysé, et je m’aperçus très vite que cette sensation existait au-delà du rêve : je suis à nouveau allongé sur mon lit, mais incapable de bouger et de respirer. Accélération cardiaque, moment de panique : je vivais ma première paralysie du sommeil ! Ça n’a sans doute duré qu’une poignée de secondes, mais avec une belle angoisse. Quand on n’a jamais entendu parler du processus, qu’on ne sait pas que c’est « normal », la sensation est plutôt effrayante !

J’ouvre ici une petite parenthèse : ayant rencontré depuis de nombreuses personnes intéressées par le rêve lucide qui sont passées par cette même étape, je conseille à ceux qui abordent cette pratique de se renseigner quelque peu à ce sujet, pour éviter l’effet de surprise : une fois celle-ci passée, la paralysie du sommeil est même un état intéressant à créer, à explorer… quelques informations donc, à creuser : http://fr.wikipedia.org/wiki/Paralysie_du_sommeil

Après cette première expérience mitigée, ce fut une longue période de stagnation… Je ne sais pas si la peur de la paralysie a joué ou non, ou si mon attente était si forte que j’ai fini par me bloquer – un peu comme ces personnes qui désirent tellement se détendre qu’elles augmentent leur niveau de stress – toujours est-il que la frustration était le seul résultat obtenu : jour après jour, ou plutôt nuit après nuit, je m’éveillais après un long tunnel d’inconscience, avec au mieux le souvenir de certains rêves – maigre consolation ! -, mais sans aucune trace de prise de conscience au milieu de la nuit.

J’ai testé un tas de choses : m’endormir assis, pensant que cette position allait me réveiller au moment où, entrant dans le sommeil, ma tête allait chuter ; boire énormément avant de dormir ; m’endormir avec une musique pour l’entendre dans mes rêves et me souvenir qu’elle était présente dans ma chambre… bref, tout ce qui me semblait favoriser un lien entre le monde intérieur et le monde extérieur y passait, mais sans succès : je me réveillais, chaque matin, déçu d’avoir encore perdu une nuit à « simplement dormir ».

Mes souvenirs sont sans doute inexacts, mais je crois qu’il m’a fallu au moins 2 ou 3 mois avant d’avoir une nouvelle idée pertinente… C’est venu le jour où je me suis dit que tenter de rêver une seul fois par nuit était une perte de temps énorme.

J’avais depuis peu sur ma table de nuit un réveil avec une fonction « snooze », vous savez cette fonction qui permet de repousser à chaque pression la sonnerie de 8 minutes : une sorte de grâce matinale. Je décidais alors de mettre cette fonction en marche dès le soir, et de fractionner ma nuit en autant de périodes de 8 minutes qu’il en faudrait pour que je finisse par me réveiller dans mon rêve.

Si mon moral était plutôt bon pendant les premières heures, rapidement l’exercice a tourné à la torture : au milieu de la nuit, les sonneries me semblaient de plus en plus rapprochées, jusqu’à avoir la sensation d’avoir à peine eu le temps de cligner des yeux entre deux réveils désagréables …

Tentative après tentative, je plongeais dans un sommeil tout ce qu’il y a de plus ordinaire, avec des rêves parfois, et d’autres fois un black-out total. Pourtant, au petit matin, un peu déphasé, je commençais à avoir la sensation que la frontière entre la conscience et l’inconscient était plus mince, que je restais conscient un peu plus longtemps au moment où je m’endormais, jusqu’à maintenir ma lucidité pendant quelques précieuses secondes supplémentaires après que mon corps se soit endormi. 3 ou 4 expériences similaires m’ont fait sentir que j’étais sur le bon chemin… mais il était déjà l’heure de se lever, et de repasser à d’ennuyeuses activités de jeune lycéen.

J’ai un drôle de souvenir de la journée qui a suivi. Je crois que la fatigue – liée à l’obsession du rêve lucide – m’a donné l’impression d’un léger décalage, une sorte d’état modifié de conscience permanent. Je me sentais comme dans ces films où pour montrer que le personnage rêve, ou fait un « flash-back », le réalisateur ajoute un léger flou à l’image… et surtout je sentais que la frontière de mon inconscient pouvait être traversée, que je commençais à sentir comment y parvenir. A vrai dire, je luttais à chaque instant pour ne pas m’endormir pendant mes cours, mais le soir même, je décidais de continuer mon expérience.

Cette fois par contre, j’ajoutais un élément : dans les thèmes évoqués par Castaneda, revient l’idée du chasseur. Sans rentrer ici dans les détails – ce qui nous écarterait du sujet – se cache derrière ce thème l’idée de l’imprévisibilité : pour faire simple, il s’agit de chasser ses propres habitudes pour ne pas en être prisonnier. Selon Castaneda, un chasseur pose des pièges sur le chemin de ses routines, afin de les déceler et de les combattre… je décidais d’appliquer la méthode à cette fâcheuse habitude qu’avait le sommeil de m’entrainer dans l’inconscience !

Le soir donc, je réglais à nouveau mon réveil, et patiemment, j’attendais le sommeil…

Je ne sais pas si vous avez déjà essayé de vous construire une représentation mentale, métaphorique, de l’endormissement : pour moi, l’image qui me vient est celle d’un voile qui me recouvre et me coupe de la réalité. Je me figurais donc le sommeil comme une entité – ce voile – attirée au moment où mon corps et mon mental étaient dans les bonnes dispositions pour être entrainé dans l’inconscience.

Je faisais semblant de dormir, attendant le sommeil, patiemment, comme un chasseur attend que sa proie tombe dans son piège… et au moment où je le sentais tout proche, à l’instant où je sentais que j’étais à deux doigts de me faire emporter, je décidais d’entrer volontairement en contact avec lui : mentalement, je plongeais littéralement dedans.

Cela produisit une différence : j’étais acteur et non plus spectateur du passage dans le sommeil. Dès la première fois, l’effet fut concluant : je conservais un peu de conscience de l’autre côté ! C’était fluctuant, ça tanguait comme un bateau pris dans une tempête, je sentais que ma conscience peinait à s’accrocher et à s’installer dans un endroit où elle n’avait pas habituellement sa place…

L’idée de regarder mes mains revient alors, et cette fois j’y parvenais : cet acte simple, que j’avais recherché tant de fois produisit un instant de calme, comme une ancre qui venait me stabiliser.

Je regardais autour de moi : j’étais dans un lieu étrange, illogique, mouvant, typique d’un rêve … et j’entendais mon réveil sonner à l’extérieur de ce lieu. Je savais que la réalité était de l’autre côté. Et je décidais de ne pas y aller.

Cela a du durer quelques secondes, tout au plus : une petite peur de ne pas rester dans le rêve suffit à m’en faire sortir. Ah ! Les réflexes de la conscience … C’est allé très vite, accélération cardiaque, légère paralysie du sommeil et la sensation d’être éjecté avec force… mais j’avais réussi !

Je crois que j’ai mis une bonne heure avant de pouvoir m’endormir à nouveau, trop excité par cette première victoire. Et la suite de la nuit fut tout aussi positive : les périodes de 8 minutes alternaient des échecs mais aussi des réussites de plus en plus intéressantes… jusqu’à ce que je n’entende plus mon réveil sonner, ou que je finisse par l’éteindre de façon presque somnambulique comme si mon cerveau n’avait plus du tout envie que je me réveille : j’étais épuisé. Mais l’essentiel était là : j’avais appris à rêver !

Par la suite, les choses sont devenues plus simples : l’endormissement conscient et le réveil dans le rêve ont commencé à être plus réguliers. J’ai parfois repris mon réveil automatique pour des périodes de quelques heures afin de gagner en maîtrise, mais je ne me suis plus infligé de nuits entières à ce rythme : une fois ce premier cap passé, l’apprentissage s’est accéléré naturellement et l’exploration a pu vraiment commencer…

Ce serait long de raconter dans cet article tout ce que j’ai pu tester et apprendre avec le rêve lucide, je pense juste qu’il s’agit d’une des explorations mentales parmi les plus riches qui soit, et je ne pense pas que j’aurais pu vivre et réaliser autant de choses dans ma vie sans l’aide de cette pratique.

Peut-être qu’une prochaine fois sur ce blog, si cela vous tente, je parlerai de certaines expériences qui me semblent particulièrement intéressantes avec le rêve, comme la création du double ou le conseil de génies… En attendant, je vous souhaite de belles explorations oniriques !


- Voir aussi l'article avec les commentaires au format pdf.

 

 

POUR EN SAVOIR PLUS

 

- Stephen LaBerge, Le Rêve lucide - le pouvoir de l’éveil de la conscience dans vos rêves (éd. revue et corrigée), éd. Oniros, Chitry Mont Sabot, 1997. Ouvrage disponible en numérique.
- D'Hervey de Saint-Denys (Léon), Les Rêves et les moyens de les diriger - Observations pratiques, éd. Oniros, Chitry Mont Sabot, 1995. Ouvrage disponible.
- Collectif, D'Hervey de Saint-Denys - Biographie, Correspondance familiale. L'oeuvre de l'onirologue et du sinologue, ed. Oniros, Chitry Mont Sabot, 1995. Disponible.
Pour commander ces ouvrages, aller aux :

Editions Oniros

 

 


 

RECHERCHE SUR LE RÊVE LUCIDE

ET LES ÉTATS ASSOCIÉS A LA LUCIDITÉ

 

L'association Oniros a mené dans le passé plusieurs recherches sur le rêve lucide (en laboratoire et sous la forme de tests et/ou de questionnaires) dont il sera fait état dès que possible.
Pour diverses raisons (institutionnelle, financière et le transfert de son siège social, notamment), ces recherches ont été interrompues.

Raison pour laquelle figure sur le site Oniros une rubrique particulière (en français et/ou en anglais) consacrée à cette recherche fondamentale pour l'exploration du monde onirique.

Voir : Recherche sur le rêve lucide

Voir aussi : Rêve lucide 2 :

Témoignages et discussion sur le rêve lucide via la mailing liste «onirama»

 


 

EXPÉRIENCES PARTICULIÈRES
DU SOMMEIL ET DU RÊVE

 

LES E.H.C (O.B.E)

EXPÉRIENCES HORS-CORPS (OUT-OF-BODY EXPERIENCES)

 

Aller à la page RÊVE HORS DU CORPS

 



LA PARALYSIE DU SOMMEIL

Cette parasomnie consiste en épisodes de faux-éveil durant lesquels la personne est incapable de faire des mouvements volontaires. Ces épisodes qui débutent habituellement de manière soudaine se produisent soit au moment de l’endormissement soit au moment du réveil et dure typiquement quelques minutes.
Durant l’épisode, la personne peut se sentir éveillée ou à moitié éveillée. L’incapacité à bouger s’accompagne d’une peur intense. La paralysie du sommeil peut également s’accompagner d’hallucinations...

Voir : Cauchemars liés à la paralysie du sommeil




STÉRÉOVISION & RÊVE LUCIDE

 

Un forme intéressante d'induction de la lucidité onirique qui mériterait de plus amples recherches...
Pour la découvrir, aller à la page stéréovision du site Oniros où vous trouverez des extraits du livre de Juergen Stock, traduits avec l'aimable autorisation de l'auteur.
Pour en savoir plus, vous pouvez aussi consulter le site de Juergen Stock (en allemand).

 



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