Trouble du sommeil survenant surtout chez les jeunes enfants, la terreur nocturne peut être définie comme une crise aiguë d'angoisse causée par un éveil partiel du sommeil profond. Inconscient, spectaculaire et quasiment vide de contenu, cet éveil partiel de courte durée s'accompagne souvent d'un état confusionnel marqué par des cris perçants ou des hurlements, une agitation corporelle et divers troubles neurovégétatifs associés à l'angoisse (accélération des rythmes cardiaque et respiratoire, sudation, etc.).
Suivie en général d'un rendormissement, la terreur nocturne peut déboucher sur un épisode de somnambulisme. L'enfant n'en garde aucun souvenir au réveil matinal.
Répertoriés en fonction de l'état de vigilance de leur survenue, les terreurs nocturnes ("night terrors", en anglais; "pavor nocturnus", en latin) se différencient des cauchemars vrais/ordinaires puisqu'ils surviennent généralement en état de sommeil profond (stade III ou IV du sommeil) et non en état de rêve (stade V). Voir le tracé du sommeil ci-dessous.

in Nightmare, p. 19
Plus précisément, c'est lors d'une sortie/émergence inopinée du sommeil profond, en début de nuit, qu'apparaissent les terreurs nocturnes, tout comme d'autres troubles du sommeil (voir ci-dessous). Comme l'écrit Ernest Hartmann dans La Biologie du rêve (pp. 204-206) :
«Il y a une certaine ambiguïté dans le terme «cauchemar». Dans certains cas, il fait référence à un rêve producteur d'anxiété. Des récits de rêves de ce type ont été obtenus pendant des périodes-R dans divers laboratoires étudiant le sommeil. D'après notre expérience, un récit de cauchemar pris dans ce sens semble apparaître presque toujours lorsque le sujet s'éveille après une longue période-R, après avoir probablement rêvé pendant plusieurs minutes.
«Le cauchemar a aussi une autre signification, le classique incubus : une sensation de terreur et une impression d'être écrasé, d'être incapable de respirer, d'avoir quelque chose de lourd sur la poitrine, etc. — sensation ne durant habituellement que quelques secondes avant l'éveil complet. On a généralement trouvé que l'incubus apparaît pendant l'éveil d'un sommeil-S profond.
«Les terreurs nocturnes, ou «pavor nocturnus», qui apparaissent chez les enfants, durent plus longtemps, parfois plusieurs minutes. Ces épisodes, en dépit de leur similitude avec les hallucinations ou «rêves éveillés», commencent aussi pendant l'éveil d'un sommeil-S profond.«De ce qui précède, il ressort que la grande majorité des événements épisodiques discutés dans cette section semble débuter au cours du sommeil-S et non dans l'état-R. Toutefois, il semble maintenant très probable que les événements épisodiques ne commencent pas vraiment au cours du sommeil-S mais plutôt au moment où l'individu émerge du sommeil-S. Le processus d'éveil du sommeil-S (stade 4) n'est pas ordinaire et implique souvent une période de confusion qui peut même ressembler à un délirium bref. Ceci a été dénommé "îvresse du sommeil", "Schlaftrunkenheit", termes exactement synonymes.
«Une importante série de travaux de Gastaut, Broughton et d'autres a établi que l'énurésie, la somniloquie, le somnambulisme, le balancement de la tête, l'incubus, et les terreurs nocturnes apparaissent pendant le processus d'éveil du sommeil-S profond, en d'autres termes, après qu'un mouvement corporel ou un stimulus quelconque eurent commencé à éveiller le dormeur.«En accord avec ce point de vue, les mêmes investigateurs ont trouvé qu'il était parfois possible d'induire des épisodes de confusion, de cauchemars, et même de somnambulisme en éveillant de force des sujets prédisposés, au cours du sommeil-S profond.»
Similarité entre la paralysie du sommeil et la terreur nocturne
D'une manière générale, les troubles du sommeil semblent causés par une mauvaise transition entre les différents états de vigilance ou les différents stades du sommeil.
Comme le note Marie-Josèphe Challamel, la terreur nocturne peut être considérée comme un passage raté du sommeil profond à l'état de rêve (cf. Le Sommeil, le rêve et l'enfant, p. 255). De même, la paralysie du sommeil apparaît comme une transition manquée de l'état de rêve à l'état de veille.
Tout comme la paralysie du sommeil survenant en fin de nuit, la terreur nocturne est un phénomène de dissociation corps-esprit lors de l'éveil, d'où leur source commune d'angoisse.
Dans le cas de la paralysie du sommeil (dénommée aussi "rêve de faux-éveil"), il s'agit d'un éveil partiel du cortex cérébral alors que le corps demeure endormi. Au contraire, dans le cas de la terreur nocturne, c'est le corps qui s'éveille partiellement alors que le cerveau demeure profondément endormi.
Le traitement des terreurs nocturnes
Pour une prise en charge ad hoc, comme le souligne Marie-Josèphe Challamel, pédiatre et chercheur à l'INSERM, les parents doivent apprendre au départ à bien distinguer les terreurs nocturnes des cauchemars ordinaires, tant au plan neurophysiologique que symptomatologique (Voir son ouvrage, Le Sommeil, le rêve et l'enfant, chap. 8, «Cauchemars et hurlements nocturnes», pp. 243-272). Un ensemble de caractéristiques différentes condensées en sept points par le le psychiatre Harry Fiss dans Handbook of dreams (Manuel des rêves), ouvrage scientifique publié en anglais sous la direction de Benjamin B. Wolman (pp. 48-49).
Selon la pédiatre, en cas de terreur nocturne avérée chez le jeune enfant, il ne faut pas intervenir et accepter de ne rien faire (p. 261) :
«C'est la seule et unique solution pour que l'enfant ne souffre pas de réveils inutiles et brutaux qui casseraient ses rythmes. C'est la meilleure réponse que des parents attentifs peuvent apporter à leur petit. Cela peut paraître dur à entendre car il semble impossible, quand les signes sont importants, de laisser l'enfant, seul, dans un tourbillon d'une telle violence. L'immobilité. la non-intervention paraissent épouvantables. Pourtant, c'est la seule chose à faire, la seule chose dont l'enfant ait besoin. Prendre le recul nécessaire pour ne pas s'alarmer là où ce n'est pas utile est le plus grand service à rendre à l'équilibre-sommeil de nos petits. Confondre systématiquement une terreur avec des cauchemars est une erreur lourde de conséquences, car réveiller l'enfant et le consoler sont les pires choses à faire : elles risquent d'aggraver les signes et de faire durer le trouble» (p. 261)
Néanmoins, si la terreur nocturne est celle d'un plus grand enfant ou d'un adolescent, il importe de contrôler le risque d'accidents liés à un épisode de somnambulisme pouvant succéder à la terreur nocturne :
«Si l'enfant quitte son lit, il faudra enlever de la chambre les meubles aux angles dangereux et tous les objets avec lesquels il pourrait se blesser en tombant dessus, ou en se cognant. Si les troubles sont majeurs et que l'enfant quitte sa chambre, il faudra peut-être vérifier les portes et les fenêtres, pour parer à une sortie dangereuse, et surveiller de près, en n'intervenant qiue si l'enfant court un risque imminent. En raison du risque de défenestration, la surveillance des fenêtres au cours des nuits d'été sera particulièrement vigilante.» (p. 263)
Comme le préconise Ernest Hartmann, pour éviter les causes aggravantes des terreurs nocturnes, il est important de veiller à ce que l'enfant ne manque pas de sommeil et ne souffre pas de fatigue extrême.
Même si les terreurs nocturnes se résolvent normalement d'elles-mêmes, une approche psychologique du trouble est conseillée en cas de crises répétées. Par un dialogue avec l'enfant, elle visera à déceler et verbaliser l'événement traumatique familial (nouvelle naissance, séparation des parents, décès d'un proche, etc.), scolaire ou de toute autre nature, à l'origine inconsciente de ces crises aiguës d'angoisse (The Nightmare, p. 232).
Ernest Hartmann, La Biologie du rêve, Charles Dessart, 1967.
Ernest HartmannThe Nightmare, Basic books, 1984.
Marie Thirion et Marie-Josèphe Challamel, Le Sommeil, le rêve et l'enfant, Albin Michel, 1995.
Benjamin B. Wolman (ed.), Handbook of dreams, Van Nostrand Reinhold, 1979.
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