MAGAZINES

 

ARTICLES ET DOSSIERS SUR LE SOMMEIL & LE RÊVE

PARUS DANS LA PRESSE

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2018

 

Le sommeil et le rêve, comment le cerveau se régénère

dossiers N°25 daté mars-avril 2018 

6,90 €

Partez à la découverte des mystères du sommeil et des rêves, dans ce nouveau hors-série de La?Recherche.

http://www.larecherche.fr/parution/dossiers-25

Les fonctions du sommeil. Nous passons environ un tiers de notre vie à dormir. Mais à quoi cela sert-il ? Si nous savons depuis la fin du XXe siècle que le sommeil favorise à la fois la mémoire et l'oubli, les mécanismes cérébraux de ces processus commencent seulement à être compris. Ainsi, chez la souris endormie, les apprentissages de la veille sont réactivés dans l'hippocampe et l'on réussit même à leur implanter de faux souvenirs. Tout aussi étonnant, c'est grâce au sommeil que le cerveau régénère ses synapses et évacue ses déchets.

Les troubles du sommeil. Insomnie, hypersomnie, apnée du sommeil, narcolepsie... La liste des troubles du sommeil et de leurs traitements a tendance à s'allonger. Et nos nuits à raccourcir. Sans aller jusqu'au cas exceptionnel - un jeune de 27 ans qui a passé quatre mois sans dormir - cité dans l'un des ouvrages du "père" du sommeil paradoxal, Michel Jouvet, nous dormons tout de même en moyenne une heure de moins qu'il y a trente ans. Et les conséquences de cette dette de sommeil pour notre santé sont loin d'être négligeables : aggravation des risques d'obésité, de diabète, de troubles cardio-vasculaires, d'inflammations.

Le mystère des rêves. La seule preuve de l'existence des rêves, c'est le récit qu'en fait le rêveur, souligne le psychologue Tobie Nathan. Voilà qui rend délicates leur interprétation et la compréhension de leurs mécanismes. Mais qui ne suffit pas à décourager les scientifiques de s'y intéresser. D'abord en recueillant des récits de rêves au moment du réveil, ensuite en enregistrant l'activité cérébrale juste avant l'éveil, enfin en filmant des patients qui vivent leurs rêves en dormant. Conclusion, loin d'être absurdes, nos rêves simuleraient des menaces pour nous entraîner à y répondre dans la vie éveillée.

 

 

 

 

GEO Hors série n°15 (bimestriel)

Paru le 14 févr. 2018

Dans ce numéro : Le sommeil et les rêves

Prix en librairie : 9,90 €

GEO SCIENCES - MARDI 13 FÉVRIER 2018


Pourquoi dort-on ? Comment guérir de ses nuits blanches ? Quel est le rôle des rêves ? Dans ce numéro de GEO Sciences, on découvrira le monde fabuleux des "onironautes", celui plus troublé des somnambules ou les dangers du ronflement... Un numéro complet, accessible, riche de nombreux témoignages. Avec un choix des meilleures applis... pour fermer les yeux. À découvrir chez votre marchand de journaux dès ce mercredi !

 

L'édito - Le sommeil soigne

Par Eric Meyer, rédacteur en chef

Au moment d’ouvrir cette édition de GEO Sciences sur le sommeil, je me dis – pardonnez-moi l’expression facile – voilà un numéro qui réveille ! Quel étonnant territoire en effet que celui qui se dévoile alors que la nuit tombe, que nos yeux se ferment et que nous perdons le contrôle sur notre corps et notre esprit. Une perte apparente seulement, car vous allez être surpris d’apprendre tout au long de ces pages consacrées aux dernières connaissances sur notre vie dans la nuit, combien notre cerveau, a priori au repos, travaille, envoie des impulsions, trie des informations, agit. Dormir ! Un comportement que l’on pourrait considérer comme invalidant dans le monde animal, car s’assoupir, c’est se mettre en état d’infériorité ou de danger. En réalité, voilà une force qui permet à l’homme de reconstituer ses facultés mentales. Peu à peu, la science décrypte la carte de nos nuits : leurs bienfaits (pourquoi on se réveille le matin avec les idées plus claires que la veille) et leurs troubles les plus inattendus et effrayants (dans un cas extrême, un somnambule peut assassiner son conjoint sans s’en rendre compte…). Dans les 148 pages que nous consacrons à éclairer pour vous la grande boîte noire du sommeil, nous avons réservé un chapitre aux rêves. Depuis Freud, le savoir a progressé. La science connaît mieux le rôle des songes dans le processus d’assimilation des événements douloureux. Elle entrevoit le bénéfice des rêveries éveillées ou des rêves dits «lucides».

L’exploration des neurologues, somnologues et chronobiologistes dans les méandres de nos cerveaux assoupis réserve encore bien des découvertes. Peut-être ces chercheurs sont-ils aujourd’hui comme ces médecins qui, au XIIIe siècle en Italie du Nord, se mirent à disséquer les corps et révolutionnèrent ainsi la pratique de la chirurgie… Mais, à travers les époques et les civilisations, chez les Sans du Kalahari, les Hadzas de Tanzanie, comme chez les «tribus» contemporaines de Paris ou de New York, une chose est sûre : le sommeil reste notre guérisseur silencieux, et son absence un assassin vicieux. Et voilà bien notre problème aujourd’hui, dans nos vies soumises à la lumière électrique, la lumière bleue des écrans, la caféine, les décalages horaires, les couchers tardifs ou les matins passés dans les transports et donc privés de lumière naturelle… Nous introduisons un conflit entre notre horloge interne et notre horloge externe. Nous entamons notre lien précieux et millénaire avec le grand alchimiste nocturne. Les Français, pour ne citer qu’eux, ont perdu 90 minutes de sommeil depuis les années 1960. Un conseil, donc : dès que vous aurez refermé ce numéro, aussi stimulant soit-il, allez dormir un peu.

 

Au sommaire de ce numéro de GEO Sciences

PANORAMA
Nos nuits nous rendent plus forts - Durant notre sommeil, notre cerveau s’active : il élimine ses toxines, trie nos souvenirs et ses cellules se régénèrent.

ENTRETIEN
«Moins de somnifères et plus de siestes !» François Duforez reçoit, depuis dix-huit ans, à l’Hôtel-Dieu à Paris, des patients souffrant de troubles du sommeil. Pour lui, le phénomène s’aggrave, mais il existe des solutions.


Pourquoi nous dormons


Dormir, un repos vital - Le processus complexe du sommeil décrypté par la recherche scientifique.

De l’avantage de ne rien faire - Les animaux se reposent aussi, toutes espèces confondues, mais chacune à sa manière.

Chaque matin, plus malins ! Nos neurones créent de nouvelles connexions pendant que nous sommes assoupis.

Les bénéfices de la sieste - Un petit somme de vingt minutes l’après-midi nous rend plus aptes à retenir de nouvelles informations.

 

Quand tout se dérègle


Les promeneurs de la nuit Ils marchent, conduisent, nagent… Que se passe-t-il dans le cerveau des somnambules ? Voici le point sur les connaissances actuelles.

Terreurs sur l’oreiller - Les cas de troubles extrêmes, heureusement très rares, révèlent aux chercheurs et aux scientifiques à quel point le sommeil… n’est pas de tout repos.

«La société nous impose un état de jet lag permanent» Pourquoi dormons-nous si peu ? Les explications de Till Roenneberg, chef du projet Human Sleep qui étudie les habitudes de sommeil.

Quand ronfler met la santé en danger - Le vrombissement émis par le pharynx peut être le signe de pathologies, comme l’apnée du sommeil.


Quelles solutions adopter ?


Guérir de nos nuits blanches
- Il est parfois simple de remédier à ces troubles qui touchent un tiers d’entre nous.

Infusions ou somnifères ? La tentation est grande, mais risquée à long terme, de prendre des cachets pour lutter contre l’insomnie.

Mieux dormir à l’ère 2.0 - Sept applis pour smartphones permettent d’étudier et d’optimiser les moments de repos.

 

Le rôle des rêves


Dans le labyrinthe de nos songes
- Lorsque nous rêvons, notre imagination prend le pouvoir. Qu’en disent les chercheurs ?

Ces rêves que nous partageons tous - Certains éléments des visions oniriques sont récurrents chez des millions de personnes. Que signifient-ils ?

Le monde fantastique des «onironautes» - Tout en dormant, certains sont bien conscients d’évoluer dans un univers imaginaire (voir un extrait de l'article ci-dessous).

 

 

Le rôle des rêves


Le monde fantastique des «onironautes»

Tout en dormant, certains sont bien conscients d’évoluer dans un univers imaginaire.

Par Christian Schwägerl et Rainer Harf (texte)

Extrait de l'article : pp. 134-143


Par Christian Schwägerl * et Rainer Harf (texte)

Ces dormeurs conscients sont capables de penser de façon logique durant leur sommeil

Chaque nuit, les "rêveurs lucides", ou onironautes (du grec oneiros, rêve; naûtês, navigateur), sont de sortie. Par milliers, ils planent au-dessus des villes, plongent dans d'étroits précipices, traversent des paysages fantastiques. Ils franchissent les montagnes, partent même dans l’espace, explorent le cosmos. Ils font l'amour avec des inconnus, parviennent à résoudre des problèmes complexes de mathématique, composent de la musique, combattent des monstres...

Ils réalisent tous ces exploits au sein d'un univers qu'ils ont eux-mêmes créé et dans lequel ils décident avec exactitude de tout ce qui va se produire. Un rocher doit tomber des nuages ? Un train surgir de nulle part ? Un vieil ami d'enfance réapparaître ? Aucun problème ! Certains savent même métamorphoser des paysages entiers par la seule force de la pensée, transformer, par exemple, un désert en une jungle luxuriante...

Ces pouvoirs de démiurge ,les onironautes les exercent pendant leurs heures de repos, c'est-à-dire pendant leur sommeil. Contrairement à la plupart des gens, ils ne sombrent pas, la nuit, dans une sorte de vide inconscient, dont ils émergeraient le lendemain matin. Et ils ne vivent pas leurs rêves, fruits de leur imagination nocturne débridée, comme des films surréalistes dont ils seraient les spectateurs passifs. Ils les abordent autrement : les onironautes, surtout les plus expérimentés, agissent comme des metteurs en scène de leurs propres rêves. Leur monde onirique leur paraît clair et limpide, coloré et net, bref, absolument vrai. Bien qu'endormis, ils sont presque entièrement conscients, savent exactement qui ils sont, et surtout, ils n ont aucun doute sur le fait qu'ils sont en train de rêver et qu'ils sont maîtres de leur monde fantastique. Cet état mental leur permet ainsi d'accomplir des actions étonnantes, affranchies des contraintes de la réalité. Les spécialistes appellent ce phénomène le "rêve lucide". Cette capacité est vécue de façon très positive par la plupart des onironautes - d'autant plus qu'elle leur permet en général aussi de reconnaître les cauchemars, qui perdent du coup leur pouvoir effrayant. pour certains, ces aventures virtuelles sont même équivalentes à un trip sous drogue, sans les effets négatifs.

Sur Internet, des milliers d'adeptes se retrouvent sur des forums spécialisés. Ils échangent, entre autres, sur les meilleures façons d'accéder à ce fameux état de "rêve lucide". Car il existe des méthodes pour augmenter ses chances de vivre une telle expérience. Des commerçants se sont depuis longtemps engouffrés dans la brèche : ils proposent des mélanges savants de plantes, des guides pratiques et divers appareils censés favoriser ces visions nocturnes.

Que cache ce phénomène ? Comment est-il possible de dormir tout en sachant que l'on rêve, et en ayant conscience de soi ? Peut-on apprendre à faire des rêves lucides ? Ceux-ci ont-ils aussi des effets thérapeutiques ? Pour qui ne connaît que les rêves normaux, «passifs», les pérégrinations des onironautes peuvent paraître exotiques. Pourtant, l'aptitude au "rêve lucide" ne serait pas si rare, en particulier chez les enfants.

Une récente étude de I'université de Bonn (Allemagne) **, portant sur des filles et des garçons de 5 à 18 ans, a montré que plus de 50 % d'entre eux ont déjà vécu au moins un rêve de ce type.Certains ont même indiqué en faire toutes les nuits ou presque. Chez les adultes, le phénomène devient moins fréquent : les scientifiques font l'hypothèse que les cerveaux des plus jeunes, encore en développement, y seraient propices...


* Christian Schwägerl is a Berlin-based journalist who writes for GEO magazine, the German newspaper Frankfurter Allgemeine, and other media outlets. He is co-founder of RiffReporter, a freelance cooperative, and author of The Anthropocene : The Human Era and How it Shapes Our Planet. Follow him on Twitter.

** Il est regrettable que la source en allemand de cette étude ne soit pas indiquée. A noter que, d'une manière générale, les sources d'information des auteurs sont allemandes.

Roger Ripert

 

 

 

2016

 

Pour la Science, n°459, janvier 2016

Pourquoi rêvons-nous ?

Par Isabelle Arnulf


Les neurosciences ont ouvert de multiples fenêtres sur le rêve, qui occupe plus du quart de notre vie. En dévoilant ce qu'il contient, elles révèlent peu à peu à quoi il sert.

L'auteur
Isabelle ARNULF est professeur de neurologie à l'université Pierre-et-Marie-Curie, chef du Service des pathologies du sommeil à l'Hôpital de la Pitié-Salpêtrière et chercheuse à l'Institut du cerveau et de la moelle épinière (Inserm U1127 ; CNRS UMR 7225), à Paris.


L'essentiel

- Les chercheurs recueillent les rêves au réveil, les observent « en direct » chez ceux qui parlent ou bougent en dormant et analysent l'activité cérébrale des rêveurs. Dans certains cas, ils parviennent même à interagir avec eux.

- Ils percent ainsi les lois du rêve, mesurant notamment comment le temps s'y écoule, et montrent qu'il remplit de multiples fonctions.

- Les rêves entraîneraient par exemple à affronter les menaces, à gérer les émotions négatives ou à comprendre les autres.


À première vue, les rêves ressemblent à un foisonnement hétéroclite d'événements aux lois insolites, à la construction désordonnée, aux sujets inattendus. Ils sont emplis d'images, de sons, d'odeurs, de goûts, de sensations tactiles et d'émotions. Souvent, un ou plusieurs scénarios successifs s'y déroulent.

Depuis plus d'un siècle, psychologues et neuroscientifiques cherchent à percer le sens de cette « pensée propre au sommeil ». Les difficultés sont de taille. Outre qu'ils défient souvent toute logique, les rêves semblent enfermés dans le cerveau du dormeur, incapable de communiquer pendant leur déroulement – sauf si c'est un « rêveur lucide », comme nous le verrons plus loin.

Les chercheurs ont donc déployé toute une batterie d'instruments de mesure pour, dans un premier temps, comprendre le fonctionnement du cerveau endormi. La polysomnographie combine ainsi l'électroencéphalographie (la mesure des courants à la surface du crâne avec des électrodes) et des mesures physiologiques à l'aide de capteurs : mouvements des yeux, tonus musculaire, rythme cardiaque, volume respiratoire… Grâce à ces techniques, on sait depuis plus de cinquante ans que le sommeil comporte deux phases, qualifiées de sommeil lent et de sommeil paradoxal ; et contrairement à une idée répandue, nous ne rêvons pas seulement pendant ce dernier, mais aussi pendant une bonne moitié du sommeil lent .

Sur la piste des rêves

Toutefois, malgré leur richesse, ces mesures ne donnent aucun accès au vécu subjectif du dormeur. Autrement dit, que se passe-t-il dans ses rêves ?

C'est en combinant plusieurs approches que les chercheurs ont commencé à y voir plus clair... et à percevoir que les rêves ont de multiples fonctions.

La méthode la plus simple, et la plus ancienne, consiste à attendre que le dormeur se réveille et à lui demander de raconter son rêve. Le défi est alors de recueillir ses souvenirs avant qu'ils ne s'effacent. On utilise des « carnets de rêves », où le dormeur transcrit ou dessine ce dont il se rappelle, et, plus souvent aujourd'hui, des smartphones auxquels il dicte son récit.

Nombre de ces récits sont consignés dans des «banques de rêves», telle la DreamBank (www.dreambank.net), créée par William Domhoff, de l'université de Californie à Santa Cruz. Cette banque contient plus de 20 000 rêves, classés par source : un dossier contient par exemple les rêves de 120 enfants de classes primaires, recueillis un jour donné dans une école de San Francisco ; un autre, plus de 4 000 rêves d'une femme nommée Barbara, collectés pendant trente années de sa vie…

L'étude systématique de ces immenses collections a révélé un certain nombre de points communs . Ainsi, les rêves contiennent en moyenne deux fois plus d'émotions négatives (peur, colère, honte) que positives (joie, bonheur, plaisir). Autre exemple, le sexe y est rare : il n'est présent que dans 2 % des rêves des hommes adultes et 0,5 % de ceux des femmes.

Cette méthode permet aussi de comparer les rêves de groupes différents : enfants et adultes, hommes et femmes, voyants et aveugles, valides et paraplégiques… En 2008, William Domhoff a par exemple montré que les Indiens Navajos ont le même taux d'agressivité en rêve que les Suisses, mais que cette agressivité est plus physique chez les premiers et plus verbale chez les seconds ! D'autres résultats sont plus attendus, tel celui obtenu par la neurobiologiste danoise Amani Meaidi en 2014 : les rêves des aveugles contiennent davantage de sons et de sensations tactiles que ceux des voyants.

Le recueil de rêves est une méthode puissante, mais plus ou moins efficace selon la capacité de chacun à se remémorer ses songes nocturnes. Cette capacité est plus élevée chez les femmes et les personnes créatives, et s'améliore avec l'entraînement. En outre, la récolte est plus fructueuse quand on réveille brutalement le dormeur et qu'on recueille ses souvenirs sans délai.

Malgré tout, la méthode reste limitée par l'oubli et le manque de précision. Au réveil, le dormeur ne se rappelle souvent pas avoir rêvé ou en a juste le sentiment vague, sans réussir à préciser le contenu de ses songes (on parle de rêve blanc). L'écrivain Jorge Luis Borges (1899-1986) soulignait déjà la difficulté à «attraper cette corde de sable». L'idéal serait donc d'observer directement le rêve en cours. Mais comment faire ?

Deux tiers des gens parlent en dormant

Par chance, le dormeur n'est pas totalement immobile et inexpressif pendant la nuit. Il manifeste toute une série de comportements nocturnes, sur lesquels se sont penchés les chercheurs afin de déterminer s'ils traduisent le contenu du rêve. Le plus fréquent est la parole endormie, ou somniloquie. Plus de 70 % des personnes parlent en dormant, même si ce n'est pas systématique (moins de 1 % le font chaque nuit).

Les humains ne sont pas les seuls somniloques, beaucoup d'animaux «parlent» pendant leur sommeil : brefs jappements chez les chiens, hennissements chez les chevaux, chantonnement de certaines perruches… En 2011, Dorothee Kremers, de l'université de Rennes, et ses collègues ont même montré que des dauphins captifs endormis émettent des sons identiques aux chants de baleines qu'ils ont entendus dans l'aquarium. Le naturaliste français Georges Louis Leclerc, comte de Buffon (1707-1788), évoquait déjà le cas des oiseaux dans son Histoire naturelle : « Non seulement [les rossignols] dorment, mais ils rêvent, et d'un rêve de rossignol, car on les entend gazouiller à demi-voix et chanter tout bas. »

Chez les humains, le récit du dormeur à son réveil concorde bien avec les paroles qu'il prononce pendant son sommeil, ce qui montre que ces dernières expriment sa pensée lors du rêve. Voici un exemple de ce que nous recueillons sur les bandes-son enregistrées dans notre laboratoire : « Avec tes problèmes c'est mon problème, c'est ton problème, tu te démerdes. [silence] Si tu n'es pas content tu t'en vas ! [silence] Tu m'as presque menacé... [silence] Faut pas refaire ça, parce que je suis le maître chez moi. » Le dormeur prononce uniquement les mots qui sont les siens dans le rêve : lors d'un dialogue, il ne « joue » que son propre rôle et ne dit donc pas à haute voix la réponse de son interlocuteur.

Par moments, il effectue aussi toute une série de petits mouvements : les yeux bougent sous les paupières, les tympans subissent des secousses spontanées (comme si le sujet entendait), le pénis entre en érection, les doigts connaissent de brèves contractions, le visage affiche diverses expressions... Ces mouvements ne...

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2015

 

 

Sciences & Vie Questions-Réponses N° 17 du 16 Septembre 2015, pp. 18-66

En version papier : 4,50 €

http://www.journaux.fr/sciences-vie-questions-reponses_sciences_sciences-et-techniques_174113.html

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Editorial

Par Matthieu Villiers

Directeur de la rédaction



L'automne. Quelle drôle de saison ! Voici que tout se met à tomber ! Les feuillês, après être passées par toutes les couleurs; la nuit, qui tombe de plus en plus tôt, la pluie, qui oblige à sortir son parapluie; et même les cheveux : ils tombent deux fois plus en cette saison ! Merci l'automne, même si la faute en revient à l'été...

C'est aussi en cette saison qu’on tombe plus volontiers de sommeil, changement de rythme oblige. Le sommeil ? Pour les uns il est un délice, une merveilleuse plongée au pays des rêves; pour d'autres, il est agité, peuplé de cauchemars, on les voit grogner parfois parler ou même se promener; mais le pire c'est lorsqu'il se refuse : c'est alors l'insomnie, affreuse, interminable qui pousse à prendre des somnifères. Dormir devient alors une punition.

Quels secrets cache le sommeil pour avoir autant de visages ? Pour ce numéro, nous avons décidé d'explorer en 100 QR, les arcanes d’une activité qui prend tout de même un tiers de nos vies, Un dossier complet, depuis les plus récentes découvertes de la science en passant par les troubles du sommeil, nos conseils et les mystères qui demeurent. De quoi mieux tomber dans les bras de Morphée, peut-être…

Et aussi faire tomber certaines idées reçues… Profitez-en ! Car d'ici à 2050, l'automne pourrait lui-même tomber... dans l’oubli !

Ce sont les météorologues qui le disent avec le réchauffement climatique, l’automne ne sera plus l'automne, mais un pur prolongement de l’été. Encore une illusion qui tombe...

 

Extrait du magazine : question/réponse n° 37

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Pourquoi fait-on des cauchemars ?

[Le modèle neurologique de Tore Nielsen]

 

«Les scientifiques l'ont enfin découvert : si nous faisons des cauchemars, c'est pour réguler [conjurer] nos peurs véritables.

Et il ne s'agit pas de rêves qui tournent mal, mais d'un processus cérébral à part entière. Tout commence dans l'hippocampe, une zone du cerveau connue pour son rôle central dans la mémoire. C'est là que s'élaborent les histoires effrayantes qui peuplent nos nuits. Concrètement, l'hippocampe amalgame des éléments anxiogènes issus de peurs réellement vécues (l'angoisse que vous avez ressentie quand vous avez traversé ce parking la nuit) avec des souvenirs anodins (cette voiture rose qui est toujours garée à côté de la vôtre), piochés dans le tout-venant de la mémoire. Une fois le scénario en place, ces souvenirs activent I'amygdale, qui abrite la mémoire de la peur. Et pour cause : elle croit revivre un souvenir dangereux ! Du coup, elle déclenche chez le dormeur les émotions de peur typiques des cauchemars. Mais la plupart du temps, le cortex préfrontal intervient : au vu des éléments anodins voire loufoques introduits dans le scénario, il inhibe la réaction de peur au niveau de l'amygdale. Résultat : les souvenirs des peurs s'atténuent. Et tel est précisément le secret des cauchemars !

Selon Tore Nielsen, neuroscientifique canadien qui a mis au point ce "modèle neurologique des cauchemars", ceux-ci remplissent une fonction capitale : celle de réécrire les souvenirs de nos peurs les plus perfurbantes pour, in fine, les neutraliser.

 

SE RÉVEILLER SIGNE UN ÉCHEC

Mais parfois, la machine s'emballe. Trop de stress emmagasiné ? Des souvenirs trop intenses ? Les éléments fantaisistes introduits dans le scénario (la voiture rose) ne suffisent pas à juguler la peur. Dès lors, la mémoire de peur continue sur sa lancée. Jusqu'à ce que le dormeur se réveille dans un état de panique.

Tout le travail d'extinction des peurs est anéanti. Et voilà peut-être le plus surprenant dans le circuit cérébral de nos cauchemars : quand ils nous réveillent, c'est qu'ils ont failli à leur tâche, celle de transformer nos grandes terreurs diurnes en petites frayeurs nocturnes.»

E.M. ET A.C.

 

 

 

Commentaires de Roger Ripert (RR)

Apparemment rédigé par des pigistes qui ne signent que de leurs initiales, cet article ne répond pas vraiment à la question : pourquoi fait-on des vrais cauchemars (en état de rêve) et/ou des rêves cauchemardesques ?

Les explications données, inspirées des travaux de Tore Nielsen (voir ci-dessous), dont les sources ne sont pas clairement indiquées, nous renvoient à des processus cérébraux obscurs impliquant l'hippocampe et les agmydales ainsi qu'aux sentiments éprouvés lors des cauchemars.

Rien n'est dit, par contre, au plan comportemental, sur les problèmes et conflits diurnes à résoudre, qui sont à l'origine de nos "vrais cauchemars" (accompagnés d'un réveil) lorsque notre tentative pour ce faire aboutit à une situation en impasse. Voir mon ouvrage, La Résolution des cauchemars.

 

 

A propos de Tore Nielsen

Voir le site internet : Centre d'études avancées en médecine du sommeil

 

 

Professeur titulaire, Département de psychiatrie, Université de Montréal
Psychologue
Directeur du laboratoire des rêves et cauchemars
514-338-2222 poste 3350
tore.nielsen(at)umontreal.ca

Formation :
Post-doctorat en psychiatrie (Université de Montréal)
Ph.D. en psychologie expérimentale (Université de l’Alberta)
M.Sc. en psychologie expérimentale (Université de Calgary)

Intérêts de recherche :
Dépendance de l’apprentissage et la mémoire sur le sommeil paradoxal et le processus du rêve. Pathophysiologie, dysfonction cognitive, EEG quantifiée et changement des processus de la mémoire dépendant du sommeil chez les sujets avec cauchemars récurrents. Psychophysiologie et traitement de patients atteints de cauchemars et de syndrome de stress post-traumatique. Désordre onirique et parasomnies pendant la grossesse et chez les femmes post-partum. Changement dans les rêves lors de Trouble de comportement en sommeil paradoxal. Rêves, empathie et le système de neurones miroir. Cauchemars, cumul d’événements stressant tôt dans la vie et suicide.

Méthodologies :
polysomnographie, réalité virtuelle, collectes nocturnes des rêves et journaux de rêves.

Quelques publications

Nielsen TA, Paquette T, Solomonova E, Lara-Carrasco J, Colombo R, Lanfranchi P. Changes in cardiac variability after REM sleep deprivation in recurrent nightmares. Sleep 2010, 33(1), 113-22.

Nielsen TA. Nightmares associated with the eveningness chronotype. J Biol Rhythms 2010, 25(1), 53-62.

Nielsen TA, Paquette T, Solomonova E, Lara-Carrasco J, Popova A, Levrier K. REM sleep characteristics of nightmare sufferers before and after REM sleep deprivation. Sleep Med 2010, 11(2), 172-9.

Lara-Carrasco J, Nielsen TA, Solomonova E, Levrier K, Popova A. Overnight emotional adaptation to negative stimuli is altered by REM sleep deprivation and is correlated with intervening dream emotions. J Sleep Res 2009, 18, 178-87.

Levin R, Nielsen T. Nightmares, bad dreams and emotion dysregulation: A review and new neurocognitive model of dreaming. Current Directions in Psychological Science 2009, 18, 84-8.

Simard V, Nielsen TA, Tremblay R, Boivin M, Montplaisir JY. Longitudinal study of preschool sleep disturbance: the predictive role of maladaptive parental behaviours, early sleep problems and child/mother psychological factors. Archives of Pediatrics and Adolescent Medicine 2008, 162(4), 360-7.

Solomonova E, Nielsen TA, Stenstrom P, Simard V, Frantova E, Donderi D. Sensed presence as a correlate of sleep paralysis distress, social anxiety and waking state social imagery. Conscious Cogn 2008, 17, 49-63.

Simard V, Nielsen TA, Tremblay R, Boivin M, Montplaisir JY. Longitudinal study of bad dreams in preschool children: prevalence, demographic correlates, risk and protective factors. Sleep 2008, 31, 62-70.

Nielsen TA, Paquette T. Dream-associated behaviors affecting pregnant and postpartum women. Sleep 2007, 30(9), 1162-9.

Nielsen TA, Levin R. Nightmares: a new neurocognitive model. Sleep Med Rev 2007, 11(4), 295-310.

 

2011

 

La Recherche

Juillet-août 2011, n° 454, pp. 34-84

 

 

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