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2011


La Nouvelle Interprétation des rêves

par Tobie Nathan

Broché: 246 pages
Editeur : Odile Jacob (13 janvier 2011)
Collection : PSYCHOLOGIE
Langue : Français
ISBN-10: 2738119050
ISBN-13: 978-2738119056

Prix conseillé 21,90 €

 

Présentation de l'éditeur
"Chacun d'entre nous rêve, et probablement de quatre à cinq fois par nuit. Mais un rêve qui s'évanouit est comme un fruit qu'on n'a pas cueilli. Un rêve qui n'est pas interprété est comme une lettre qui n'a pas été lue.
Toi qui rêves, mon frère, ne raconte pas ton rêve à un inconnu; ne laisse pas quelqu'un dont tu ignores les intentions énoncer des vérités sur toi à partir de ton rêve. Car le rêve se réalisera à partir de la parole de l'interprète.
J'ai voulu écrire ce livre comme un guide d'interprétation des rêves, pour aider chacun d'entre nous dans les moments difficiles qu'il nous arrive de traverser.
Ce livre est constitué de ma propre expérience de thérapeute, au cours de laquelle il m'est souvent arrivé, comme à la plupart de mes collègues, d'interpréter des rêves. Formé à la psychanalyse, j'ai toujours été convaincu que le rêve appelait par nature une interprétation. Rêver, c'est toujours et partout recevoir une interprétation!
J'ai également cherché, dans ce livre, à croiser les données les plus récentes des disciplines les plus variées comme la neurophysiologie du rêve, la psychophysiologie, l'anthropologie sur le traitement traditionnel du rêve dans différentes cultures, la psychanalyse, mais aussi la mythologie" T.N.
Une toute nouvelle interprétation des rêves.

Biographie de l'auteur
Tobie Nathan est professeur de psychologie à l'Université Paris-VIII. Il est le représentant le plus connu de l'ethnopsychiatrie en France. Il a notamment publié "L'Influence qui guérit", "Psychanalyse païenne" et "Psychothérapies", qui ont été de très grands succès.

Ses ouvrages («La Folie des autres», «Le Divan et le grigri», «Le Sperme du diable»…) ont fait de lui un habitué des colloques et des Universités Françaises et étrangères où il a souvent enseigné. Il est, par ailleurs, l’auteur de plusieurs romans policiers (parus aux Editions Rivages) et mène, depuis six ans, une carrière diplomatique de Conseiller Culturel (d’abord à Jérusalem et, aujourd’hui, à Conakry).

Source : Amazon .fr

 

Fiche-critique de Marius pour l'association Oniros

• EN GUISE D'INTRO...

Je m'étais initialement lancé dans une longue et sans doute fastidieuse fiche de lecture au sujet decet essai paru en janvier 2011...
Et puis, peu à peu, je me suis dit que vous receviez déjà comme moi un grand nombre de messagespar e-mail, que vous n'aviez certainement, comme moi, pas le temps ni l'envie d'en lire la moitié.
En bref, je ne voulais pas me retrouver dans la partie laissée pour compte, alors que j'avaisl'intention de fournir un gros travail d'étude et d'analyse de l'ouvrage.
Voilà pourquoi j'ai revu mes prétentions à la baisse. Je préfère ainsi vous faire part de mon avis avecle recul de quelques mois et vous indiquez ce qui reste de mon immersion dans cette «nouvelle»interprétation. Et cela, si possible, de façon claire et rythmée...

• L'ETHNOPSYCHIATRIE

Ce qui me reste en premier lieu de ma lecture est la découverte de cette spécialité dont j'ignoraisl'existence. J'ai lu Freud (comme dirait Coluche), Jung, Jouvet et toutes sortes de théories sur le rêve. Mais je n'avais jamais entendu parler d'ethnopsychiatrie avant la sortie de l'essai de Nathan.
Pour faire court, l'ethnopsychiatre tente de résoudre les difficultés et souffrances psychiques d'un individu, et même souvent de sa famille proche avec lui, en l'abordant – du point de vue thérapeutique – à partir de la vision du monde dont il est issu : religion, croyances, mythes et autres systèmes de représentation symbolique. Les séances durent généralement plusieurs heures; plusieurs spécialistes sont mobilisés (ethnologues, traducteurs, médecins, assistantes sociales...). La thérapie se poursuit rarement au-delà de quelques mois. Elle aboutit souvent à une transmission de la problématique explicitée au «guérisseur» compétent dans la croyance du patient.
L'idée-clef est qu'imposer à quelqu'un un système de pensée prétendu universaliste (comme le freudisme, le jungisme...) c'est faire violence à sa psyché, dans la mesure où celle-ci s'est formée et développée dans un système de références et de sens dont on ne peut dire absolument qu'il est moins valable qu'un autre.
J'insiste car c'est un élément important de cette Nouvelle Interprétation des Rêves : se faire l'interprète des rêves d'une personne, c'est le faire dans la connaissance des logiques, valeurs, symboles et croyances de cette personne. Il faut les connaître et donc chercher à les connaître.
On est donc bien à la croisée de l'ethnologie et de la psychiatrie. Ce qui prime, c'est l'empathie.

• LE RECOURS AUX ANCIENS

Ce qui est marquant dans la «nouvelle» interprétation proposée par Nathan c'est le recours aux anciens : oniromanciens issus de l'antiquité grecque (Artémidore), du Talmud (judaïsme)*, du christianisme ou de l'islam.
Quoi de nouveau sous le soleil, me direz-vous ? Eh bien justement, Tobie Nathan laisse entendre que cette science du rêve traditionnelle est mieux à même de comprendre les logiques de formation de contenus oniriques quel que soit le système de représentation symbolique du dormeur.
Les pensées contemporaines du rêve ont sans doute le défaut de tout aplanir dans un universalisme qui oublie la dimension proprement individuelle du songe, sa plasticité, sa tension spécifique.

• FREUD, ALAN HOBSON ET JOUVET

Trois «modernes» trouvent néanmoins un peu de crédit aux yeux de Nathan.
D'abord Freud : mais on sent que la référence est un peu obligatoire et contrainte. Dans une émission promo sur France Inter, Nathan mettant notamment en doute le concept d'«inconscient».
Il en va un peu de même pour Alan Hobson, qui a formulé l'hypothèse dite de «l'activation-synthèse» : durant le sommeil, des données sensorielles sont produites de façon aléatoire dans le cerveau et le rêve n'est qu'une tentative pour organiser ce hasard absurde en un tout à peu près sensé. Nathan ne conserve dans cette théorie que l'aspect qui présente le songe comme construction issue de la recombinaison de signaux fondamentaux qui ont été dissociés les uns des autres.
La référence à Michel Jouvet est enfin émaillée d'une estime plus sincère, eu égard sans doute à la démarche scientifico-humaniste de l'auteur et à son hypothèse concernant la «programmation itérative» : le rêve est un processus par lequel l'individu poursuit son effort pour se réaliser dans son authentique singularité. J'y reviendrai...

• A LA CROISÉE DES MONDES

La Nouvelle Interprétation des Rêves ainsi proposée oscille entre science et magie, entre raison et intuition, et ne choisit pas, ce qui induit une tonalité atypique dans le champ intellectuel français d'une part et par rapport aux approches dominantes du rêve des cent dernières années d'autre part.
Deux thèses s'expriment ainsi de façon emblématique au fil de l'essai dans cette croisée des mondes.
D'une part, selon Nathan, le rêve est un espace dans lequel on se met en contact avec des êtres non-humains (créatures fantastiques ou mythologiques, monstres etc.). L'ethnopsychiatre ne dit pas s'ils sont symboliques ou réels : cette question ne l'intéresse pas. Pour mieux dire, il nous invite à revenir à une appréhension «au pied de la lettre» du rêve, au caractère que certains appelleront «naïf», d'autres «premier» et d'autres encore «surnaturel», de l'activité onirique.
D'autre part, Nathan développe un exemple qu'on pourra appeler le «cauchemar du babouin» : un babouin dort sur un arbre et son rêve, qui intègre les perceptions extérieures étouffées, se transforme en cauchemar pour l'alerter qu'un prédateur s'approche ; il est ainsi réveillé et sauvé. Cet exemple ne s'appuie sur aucune expérience avérée et sur aucune étude scientifique. Mais Nathan l'utilise en modèle pour convaincre son lecteur que le rêve humain fonctionne ainsi : dans la recherche, à partir de savoirs et d'intuitions, d'une prédiction sur un avenir plus ou moins proche.
Dans les deux cas, on le voit, Nathan développe sa pensée du rêve par une sorte de logique intuitive.

• LE «CULTE DU QUICONQUE»

Cette démarche peut désarçonner, surtout les français sans doute, habitués à un certain cartésianisme. Mais elle fait sens en regard de ce qui constitue certainement la clef de voûte philosophique de l'essai : la dénonciation du «culte du quiconque». Nathan désigne ainsi la tendance contemporaine à sous-entendre que, finalement, nous serions tous interchangeables.
Les statistiques prospèrent sur cette thèse silencieuse mais prégnante : nous fonctionnerions tous de la même façon, nous sommes «n'importe qui» (et non «quelqu'un»)... On retrouve ici un propos similaire à celui développé par Carl Gustav Jung dans Présent et avenir.
C'est ici que Nathan soutient avec force la thèse de Jouvet d'un rêve qui assure l'individuation : dans le songe, l'individu cherche à se réaliser dans ce qu'il a de spécifique, de singulier, de poursuivre sa destinée comme Franck Sinatra l'a chanté : «I did it MY way...».
On arrive ainsi à la thèse déjà évoquée : LE RÊVE EST AVANT TOUT UNE PRÉDICTION, c'est-à-dire une tentative de l'individu en sommeil de prévoir les scénarii possibles pour la suite de son existence, une forme de test rendu possible par le hasard signifiant d'Alan Hobson (voir plus haut).

• LE RÔLE DE L'INTERPRÈTE

Et c'est là que l'interprète intervient. Car le rêveur n'est pas capable seul de tirer au clair les prédictions envisagées en rêve. L'interprète extérieur peut seul donner la clef du songe au rêveur. Un peu comme si le rêveur était trop plongé dans son rêve pour en apprécier avec suffisamment de recul la dimension prédictive.
Nathan précise que l'interprète a ainsi un rôle très important vis-à-vis du rêveur et qu'il convient donc de choisir son interprète avec circonspection avant de l'écouter... Car, en somme, c'est l'interprétation qui va faire prédiction et conduire le rêveur à certaines décisions et actions.

• MÉTHODE INTERPRÉTATIVE

Nous voici au coeur de l'ouvrage, qui dans l'ensemble se veut être un vade-mecum pratique à l'usage des interprètes du rêve. De ce fait, là encore, l'essai s'inscrit dans la tradition des oniromanciens antiques et médiévaux, avec leurs préconisations dignes des augures...

Si je dois remettre la méthode proposée à plat, je dirais qu'il faut :

1. D'abord acquérir certaines connaissances sur le rêveur (son prénom, son nom, qui il est, ce qui lui arrive alors, etc.);
2. Repérer de quel type de rêve il s'agit : s'agit-il d'un rêve «effervescenc» (en somme une «impatience» de l'endormissement ou une vision hypnagogique), d'un rêve «vecteur» (porteur d'un message) ou d'un rêve «signal» (avertissant d'un danger);
3. En écoutant attentivement le récit du rêve, repérer son «accent», c'est-à-dire tous les éléments qui font sa bizarrerie spécifique, son caractère insolite et typiquement onirique;
4. Formuler une prédiction grâce à ce que Nathan appelle l'«éclaircissement rétroactif» : les éléments qui font l'accent du rêve s'expliquent parce qu'ils sont sous-tendus conjointement par un principe implicite, issue de la vision du monde à laquelle l'individu se rattache.

Tobie Nathan donne ici un exemple étonnant : une patiente d'origine colombienne lui fait le récit d'un rêve sombre dans lequel un personnage fumant lui apparaît ; elle le tue et le mange. Nathan finit par établir qu'il est question du tabac ou du dieu du tabac, et du culte qui lui est rendu traditionnellement. Sa prédiction consiste à dire qu'elle doit se rendre en Colombie et accomplir le rite vu en rêve pour résoudre ce qui fait problème dans sa vie (mieux vaut ici se rapporter à l'essai pour mieux saisir toute la logique, explicitée en détails).
L'interprétation fait ainsi advenir le rêve, d'où l'importance de bien se former et de bien la formuler. La vie du rêveur peut en effet s'en trouver bouleversée.
Proposition originale, héritée encore une fois des oniromanciens : Tobie Nathan envisage même qu'un rêve puisse être «réparé». Un rêve peut en effet se montrer dévastateur ou nocif pour son rêveur, et l'interprète aura ici pour rôle de le réparer, c'est-à-dire d'infléchir sa dimension prédictive néfaste pour que la destinée de l'individu en soit affectée pour le mieux.
L'ouvrage se conclut sur une liste de recommandations à l'usage de l'interprète, conseils pratiques, indications etc. On retrouve l'hybridation entre ton scientifique et genre oniromancien classique...

• POUR CONCLURE – MON AVIS

Au final, qu'ai-je pensé de cette prétendue «Nouvelle» Interprétation ?
Je crois qu'il faut commencer par dire ceci : nous ne sommes pas en présence d'un essai révolutionnaire. La lecture en est plaisante, intéressante... Mais l'essai laisse finalement assez peu de souvenirs marquants, de thèses frappantes. Je ne suis pas sûr qu'il déclenche chez le lecteur une vocation à interpréter les rêves et donc que le côté vade-mecum porte véritablement ses fruits.
Mais il faut lui reconnaître plusieurs mérites.
D'abord, il est intelligent et cohérent.
Son principal objectif je pense est de tenter une synthèse parmi tous les oniromanciens, et Freud ne serait que l'un d'entre eux, d'une certaine façon. Comme si Nathan voulait dire : toutes les visions et tous les systèmes d'interprétations du rêve se valent ; trouvons ce qui fait démarche commune dans cette diversité et là se trouve à coup sûr la bonne démarche.
C'est relativiser sans doute à l'excès le savoir objectif qui peut être produit sur les phénomènes oniriques. Mais l'ensemble proposé se tient, fait sens : c'est déjà pas mal.
Ensuite, on peut objecter que s'appuyer sur Artémidore, Freud, le Talmud et Ibn-Sîrîn n'est pas propice à la définition d'une Interprétation qui soit nouvelle ! Mais on fait souvent du neuf avec du vieux, surtout quand il est sorti des esprits. Et ici l'adage se vérifie : on redécouvre avec plaisir et intérêt la démarche pragmatique et intuitive qui se nourrit de longues expériences civilisationnelles.
Enfin, Nathan n'est certainement pas un jungien qui s'ignore, dans la mesure où il n'envisage nullement l'existence de symboles universels : il est plutôt dans un certain relativisme des cultures et, pour lui, ce qui est universel ce n'est pas les briques ou les contenus constitutifs du songe mais le processus d'élaboration et l'intention du rêve, et donc les techniques d'interprétation.
L'essai produit sur cette base des thèses pertinentes, à méditer : par exemple, «le cauchemar n'est pas une erreur née de la frayeur, il est perception du fragment caché de l'agression» (p. 44).
L'erreur de Nathan est sans doute de trop fonder sa théorie sur la démarche intuitive, sur des hypothèses formulées sous la forme de thèses, y compris celles des oniromanciens. Certes tout cela est nourri d'une longue expérience de pratique en ethnopsychiatrie. On voudrait donc bien faire confiance à son jugement mais, au final, pour tout dire, on est obligé, raisonnablement, de lui accorder un crédit tout à fait modéré... La Nouvelle Interprétation a la qualité de son originalité.
Sans doute lui faut-il approfondir encore un peu pour devenir le Nietzsche de la science des rêves...

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* Note Roger Ripert

Talmud (Wikipedia) : le Talmud («étude») est l’un des textes fondamentaux du judaïsme rabbinique, ne cédant en importance qu’à la Bible hébraïque dont il représente le versant oral. Il est rédigé dans un mélange d'hébreu et d'araméen. Le Talmud est le fondement de la loi juive ou Halakha.
Composé de la Mishna et de la Guemara, il compile les discussions rabbiniques sur l’ensemble des sujets de la Loi juive, classés en six ordres (shisha sedarim, abrégé Sha"s). Abordant les problèmes selon sa façon propre, il traite comme en passant d’éthique, de mythes, de médecine et d’autres questions, et restitue l'interprétation traditionnelle telle qu'elle s'est développée dans les académies de Palestine et de Babylonie1, d'où les deux versions du Talmud, dites Talmud de Jérusalem et Talmud de Babylone.

 

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