LE REVE AU PLAN SOCIAL

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FORUM SOCIAL PLANETAIRE

LE SOCIAL AVANT L'ECONOMIQUE

Ouverture au Venezuela du Forum social mondial

CARACAS (AP) - 25/1/6 - Le Forum social mondial (FSM) s'est ouvert mardi pour six jours au Venezuela par une manifestation contre la guerre et la mondialisation néo-libérale qui a rassemblé plusieurs dizaines de milliers de personnes dans les rues de la capitale Caracas.

Rassemblés sur une place de Caracas, les manifestants ont déployé une bannière géante demandant la "Fin de l'occupation de l'Irak" et ont ensuite défilé dans les grandes avenues de la ville en scandant des slogans tels que "Socialisme Oui, Impérialisme Non !".

Environ 80.000 personnes, selon les organisateurs, se sont inscrites pour participer à ce sommet annuel, réponse altermondialiste au Forum économique de Davos, en Suisse.

Soutenu par le président vénézuélien Hugo Chavez - critique de toujours de l'"impérialisme" américain - le FSM proposera jusqu'à dimanche quelque 2.000 manifestations (séminaires, discours et concerts) traitant de la lutte contre la mondialisation, les conflits et l'impéralisme dans le monde. Danielle Mitterrand, l'épouse de l'ancien président français, viendra notamment s'exprimer.

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Le Forum social mondial de Caracas fête la gauche latino-américaine

CARACAS (AFP) - 26/1/6 - A Caracas, les participants au Forum social mondial (FSM) célèbrent la poussée historique de la gauche en Amérique latine, l'un des thèmes majeurs du sommet, tout en s'interrogeant sur son manque d'unité qui rend improbable une réalisation rapide du vieux rêve d'intégration du sous-continent.
Le grand rendez-vous altermondialiste a donné une tournure très politique à ses débats, suivis par un public vénézuélien à 80%, acquis à la révolution socialiste du président Hugo Chavez comme à la révolution cubaine de Fidel Castro, dont le pays a envoyé une délégation de 800 personnes au Forum.

Le triomphe du premier dirigeant indigène de Bolivie Evo Morales, adversaire déclaré du néolibéralisme, suivi de l'élection de la socialiste pragmatique Michelle Bachelet au Chili, a confirmé une tendance amorcée avec l'arrivée au pouvoir de gouvernements progressistes au Brésil, en Argentine ou en Uruguay, teintés d'une modération qui a suscité maintes critiques au Forum.

"Nous subissons les contradictions de ces pays qui se disent de gauche mais qui préfèrent rembourser le FMI plutôt que sortir le peuple de la misère", affirme l'Uruguayenne Maria Delgado, de l'association Julieo Sur, membre du réseau contre la dette extérieure, dénonçant le choix de Brasilia et Buenos Aires de s'acquitter à la fin de l'an dernier de ses créances auprès de l'organisme financier international.

Pour de nombreux altermondialistes présents au forum, à l'image de Rafael Alegria, membre équatorien de l'organisation paysanne internationale Via Campesina, l'unique chemin menant à l'intégration latino-américaine passe par la voie "dure" d'une gauche issue des guerillas, inspirés par la Guerre Froide à Cuba, de la cause indigène à La Paz ou des grands libérateurs de la couronne espagnole à Caracas.

"Avant nous écoutions seulement une voix, celle de Fidel. Aujourd'hui il n'est plus seul. Avec un Castro, un Chavez et un Morales, nous avons des gouvernements qui nous renforcent et montrent clairement le chemin pour une transformation de notre Amérique latine", estime M. Alegria.

Les chances de victoire accordée au nationaliste péruvien Ollanta Humala, soutenu par le Venezuela et la Bolivie, ou à la gauche mexicaine lors de cette année riche en scrutin présidentiels (Colombie, Equateur ou Nicaragua) retient aussi l'attention du Forum qui ne s'estime d'ailleurs pas totalement étranger à ces bouleversements.

"Il ne faut pas réfléchir en terme de gauche ou de gouvernements. Ce sont les mouvements populaires qui connaissent aujourd'hui une période historique, qui jouent un rôle dans la construction des pouvoirs", indique à l'AFP Jacobo Torres, l'un des organisateurs vénézuéliens du FSM, membre de l'Alliance sociale continentale.

"Laissons les autres pays évoluer à leur rythme, suivant leur culture", ajoute-t-il, à l'adresse du Brésil, à l'anti-américanisme moins prononcé, et de l'Argentine, deux pays respectueux de l'économie de marché qui ont pourtant repoussé le projet libéral de Zone de libre échange des Amériques (ZLEA) prôné par Washington, approuvé en Amérique centrale et auquel même le Chili ne s'oppose pas, rompant l'unité de la gauche dans le cône sud.

Pour Candido Grzybowski, l'un des fondateurs brésiliens du Forum, il ne faut toutefois pas s'alarmer de cette "mosaïque" des gauches, même s'il admet "difficile" qu'elles puissent s'accorder autour du projet concurrent de l'Alternative bolivarienne pour l'Amérique latine (ALBA), défendu par Chavez et Castro.

"Plus qu'un point en commun, les gauches latino-américaines sont en train d'établir une discussion, de vivre un nouvel agenda. C'est bon pour nous, cela va faire progresser le combat contre la globalisation", estime-t-il, heureux que "les pays ne suivent pas de modèles".

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Le Forum social mondial s'interroge sur son avenir après six ans d'existence

CARACAS (AFP) - 25/1/6 - Le Forum social mondial s'est interrogé mercredi dès le premier jour de débats sur son avenir, certains comme Bernard Cassen, le président de l'organisation altermondialiste Attac, pointant son incapacité en six ans d'existence à formuler des alternatives crédibles au modèle néolibéral.
Le premier débat en séance plénière était: "Développement et perspectives des résistances mondiales au néolibéralisme", question cruciale pour un évènement que certains, à l'intérieur de la mouvance altermondialiste, accusent de "tourner en rond".

Depuis son origine, le mouvement, qui réunit militants d'associations, d'ONG, de syndicats dans une même dénonciation des conséquences sociales de la mondialisation néolibérale, est divisé sur le contenu à donner à la formule "un autre monde est possible".
Pour certains, comme les fondateurs brésiliens Chico Whitaker et Candido Grzybowski, l'"alternative" prônée par les forums réside dans la création même d'un espace ouvert de dialogue, d'échange et de débat, dans le respect de la diversité de ses parties prenantes.

"C'est une idée qui a beaucoup de vie et qui peut encore croître", a déclaré M. Grzybowski mercredi à la tribune.

La "tâche stratégique" est aujourd'hui pour les mouvements qui composent le FSM "de nous changer nous-mêmes, changer (pour) une nouvelle culture citoyenne qui nous permette de changer le pouvoir économique", a-t-il estimé.

Selon lui, la principale difficulté est de créer un réel dialogue dans des assemblées réunissant féministes, défenseurs des droits de l'homme, syndicalistes, paysans... quelquefois peu portés à sortir de leurs certitudes.

"Ceci n'est pas un problème de la gauche, c'est un problème propre au forum. Nous devons respecter la diversité, qui est notre force, mais nous devons aussi avancer", a-t-il asséné.

Les forums doivent aussi s'ouvrir davantage aux catégories populaires, touchées de plein fouet par la mondialisation, mais peu représentées dans ces manifestations.

"Où sont les paysans, où sont les indigènes?", s'est interrogé M. Grzybowski, très applaudi, après s'être aussi alarmé de la difficulté rencontrée pour organiser à l'avenir un forum dans le "monde musulman", relativement discret dans le concert altermondialiste.

"Ceci n'est pas un problème de la gauche, c'est un problème propre au forum. Nous devons respecter la diversité, qui est notre force, mais nous devons aussi avancer", a-t-il asséné.

Inquiet par cet appel à une synthèse des propositions du FSM, un intervenant kenyan, dont le pays accueillera la prochaine édition en 2007, a interpellé les intervenants sur les nombreux cas de partis politiques qui ont "dégénéré en devenant institutionnels".

Une allusion qui a résonné avec l'absence surprise du président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva, empêtré dans les scandales de son Parti des travailleurs (PT) que M. Whitaker a quitté avec fracas au début de l'année.

L'Equatorienne Irene Leon, du Forum des Amériques, a de son côté, proposé que le FSM définisse des "points de rencontre partout dans le monde" pour "améliorer la lutte", au lieu de se limiter à des débats annuels.

La veille, Bernard Cassen, d'Attac, avait estimé que les FSM, organisés depuis 2001 à Porto Alegre, au Brésil (sauf en 2004, à Bombay, en Inde) étaient "arrivés à une étape, qui est une fin de cycle".

"Le risque est grand que les forums continuent à tourner en rond, sombrent dans la routine", a déclaré M. Cassen, l'un des signataires de l'Appel de Porto Alegre qui appelait à faire un socle de propositions alternatives faisant l'objet d'un consensus.

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Le Forum social mondial s'attaque à la bataille de l'information

CARACAS (AFP) - 27/1/6 - La bataille pour une "autre information possible" s'affirme comme l'un des enjeux centraux du Forum social mondial (FSM) à Caracas, où les altermondialistes appellent à résister, à l'image de Telesur, première chaîne régionale d'Amérique latine, à la communication de masse dominante.
De nombreux débats sur l'"hégémonie médiatique" des grands groupes privés ont ponctué le Forum, présenté comme un point de rencontre entre les "médias alternatifs" qui ont installé leurs rédactions au milieu des participants.

Président pour l'Amérique latine d'Inter Press (IPS), une agence basée à Rome et présente dans 150 pays, Joaquin Costanzo déplore que le sous-continent ne soit "présenté qu'à travers tremblements de terre ou coups d'Etat", plaidant pour une "contextualisation" de l'information et une "meilleure écoute des groupes ethniques".

"De multiples thèmes sont absents des grands médias comme le développement et même le Forum social mondial qui attire pourtant plus de cent mille personnes", affirme-t-il à l'AFP, en présentant un journal hors-série de IPS, réalisé chaque jour du FSM à 40.000 exemplaires.

Plusieurs organismes de presse, dont l'Agence latino-américaine de l'information ou l'Association mondiale des radios communautaires d'Amériques latine et des Caraïbes, ont réaffirmé l'appel pour une "campagne pour les droits à la communication", lancé lors du 1er Forum social des Amériques en juillet 2004 à Quito.

Cette motion s'oppose à la marchandisation de l'information, attribuée à la chaîne américaine CNN, dont la version en espagnol inonde depuis le siège d'Atlanta tout le sous-continent. Une version "paternaliste" et "légère", affirme à l'AFP Ignacio Ramonet, directeur du mensuel français le Monde diplomatique et membre du conseil consultatif de Telesur.

"La parole a été volée par ceux qui contrôlent l'économie pour imposer un discours unique", selon l'Argentin Nestor Busso, vice-président de l'Association latino-américaine de l'éducation radiophonique.

Alternative à cet "impérialisme culturel" et à l'invasion de 3.500 chaînes câblées américaines, Telesur, tente de rendre aux spectateurs d'Amérique latine "leurs mémoire et leurs racines" et en faire "des citoyens critiques, pas des consommateurs", souligne son directeur, le journaliste uruguayen Aram Aharonian, invité à plusieurs débats durant le Forum.

Lancé poussivement en juillet 2005 à l'initiative du président vénézuélien Hugo Chavez et financée par Caracas, la chaîne, à peine visible dans les pays partenaires (Argentine, Cuba et Uruguay), ne compte que sur un budget annuel de 2,5 millions de dollars, soit 300 fois inférieur à celui de sa rivale nord-américaine.

"Telesur veut détruire dans nos têtes l'idée que ce qui est alternatif est synonyme de marginal. Au contraire, pour être alternatif, le message doit être massif", selon M. Aharonian.

Pour pouvoir être diffusée dans le monde entier, d'ici une période estimée à quatre ans par sa direction, Telesur a sollicité auprès de la Chine les services du satellite NSS 806, tandis que la Chambre des représentants aux Etats-Unis proposent de riposter, par la diffusion des programmes télévisés au Venezuela, à Telesur, qualifiée de "télé (Hugo) Chavez", du nom du président à l'initiative du projet, bête noire de Washington.

Pour Ignacio Ramonet, Telesur "comble un vide en donnant le point de vue de l'Amérique latine, dernier grand ensemble géographique dépourvu de chaîne propre", insistant sur sa nécessaire autonomie vis-à-vis du pouvoir.

La chaîne a aussi pour vocation d'encourager financièrement la "production culturelle" dans le sous-continent où, selon IPS, plus de 80% des films diffusés proviennent des Etats-Unis.

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"Un monde différent, un monde de paix n'est pas seulement possible, il est nécessaire"

CARACAS (AFP) - 28/1/6 - Le Forum social mondial 2006, à son avant-dernier jour, a été sommé par son hôte, le président vénézuélien Hugo Chavez, de choisir entre la "folklorisation" ou la voie d'un nouveau "socialisme mondial".
Devant 10.000 personnes en transe réunies vendredi soir dans la plus grande salle de Caracas, le président vénézuélien a invoqué la formule marxiste de Rosa Luxemburg, "Le socialisme ou la mort", pour illustrer le dilemme auquel est confronté, selon lui, le grand rendez-vous annuel des altermondialistes.

"Nous ne pouvons pas perdre de temps, il s'agit d'essayer de sauver la planète, en changeant le cap de l'histoire, en construisant un mouvement authentiquement socialiste sur la planète", que "le capitalisme est en train de tuer", a-t-il martelé.
"Je crois que dans le Forum nous devons impulser la création d'un grand mouvement articulé, mondial, anti-impérialiste et alternatif (...) de lutte", impulsée avec le régime castriste de La Havane, a plaidé Hugo Chavez, devant plus d'une centaine de Cubains, la plus forte délégation étrangère présente.

Le FSM, qui prône un "autre" monde, plus solidaire et plus juste, risque de se résumer à un évènement où "l'on discute et l'on discute sans arriver à des conclusions", a jugé le président vénézuélien.

"Un forum touristique ou folklorique, ce serait une chose terrible", a-t-il dramatisé, avant de définir un socialisme hétéroclite, mêlant l'héritage des "peuples indigènes", la "parole du Christ", le guérillero argentin Che Guevara et les héros de l'indépendance latino-américaine.

"Un monde différent, un monde de paix n'est pas seulement possible, il est nécessaire", a estimé M. Chavez, pastichant le slogan du FSM, dont la sixième édition a été très politisée.

Invité par le Mouvement sans terre brésilien (MST) et l'organisation paysanne internationale Via Campesina, Hugo Chavez a détourné le dialogue prévu avec l'Assemblée des mouvements sociaux pour vanter son projet de "socialisme du XXIème siècle", à dix mois des élections présidentielles au Venezuela.

Cette soirée était le point d'orgue d'une manifestation qui a démarré mardi et s'achèvera dimanche à Caracas, où le président vénézuélien a été omniprésent, au mépris de la neutralité du FSM.

La charte du forum lui interdit en effet d'accueillir des "représentations partisanes" et d'inviter des "membres de gouvernements ou des parlementaires" autrement qu'"à titre personnel".

Or l'essentiel de la cérémonie a été focalisée sur la dénonciation de la politique étrangère de Washington par l'ancien officier-parachutiste de 51 ans, qui a défini le FSM comme un "événement anti-impérialiste".

Aux côtés de Cindy Sheehan, la mère d'un soldat américain tué en Irak, Hugo Chavez a repris ses slogans favoris contre l'impérialisme des Etats-Unis "le plus assassin, pervers et immoral de la planète".

Il a également fustigé "Mister Danger", surnom du président George W. Bush, "le plus grand terroriste du monde", sous les vivats d'un groupe d'Américains de Boston venus le remercier d'avoir livré cet hiver du fioul bon marché aux pauvres de la capitale du Massachusetts.

Internationale chantée poing levé, hommage aux "martyrs" de la révolution cubaine, portraits du Che Guevara et de Marx, multinationales américaines tournées en dérison ... une cérémonie baroque, dans une ambiance surchauffée, a précédé le discours-fleuve de près de deux heures de M. Chavez.

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Le Forum économique mondial de Davos, en Suisse,
réunit en catimini chefs d'Etats, grands patrons et célébrités...

Et le peuple dans tout ça ?

DAVOS (AP) - 25/1/6 - "Chefs d'Etats, grands patrons et célébrités" [sic] se réunissent de mercredi à dimanche à Davos, station de ski des Alpes suisses, pour le Forum économique mondial 2006, qui abordera notamment le dossier du nucléaire iranien, le prix du pétrole et le nouveau rôle joué par l'Inde et la Chine sur la scène mondiale.

Plus de 2.340 participants issus de 89 pays se réunissent pour ce rendez-vous annuel des "décideurs" de la planète. Parmi les dirigeants mondiaux figureront la chancelière allemande Angela Merkel, le président pakistanais Pervez Mushrarraf et le secrétaire général des Nations unies Kofi Annan.

Le forum a été placé sous le thème de "L'impératif créatif" (The Imperative Creative), qui englobera comme de coutume sujets économiques et géopolitiques.

La manifestation traitera en revanche pour la première fois cette année du rôle du sport dans la croissance économique mondiale et dans le renforcement des liens entre les pays. Participeront notamment aux débats les présidents de la Fédération internationale de football (FIFA) Sepp Blatter et du Comité international olympique (CIO) Jacques Rogge.

De nombreuses célébrités seront également présentes à Davos : Bono, le chanteur du groupe U2, qui viendra défendre l'annulation de la dette pour les pays pauvres, le musicien Peter Gabriel, l'écrivain brésilien Paulo Coelho et l'actrice Angelina Jolie, ambassadrice de bonne volonté pour le Haut Commissariat de l'ONU pour les réfugiés (HCR).

 

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