Q6 - LE VÉCU ONIRIQUE EST-IL EN CORRÉLATION AVEC LE VÉCU CORPOREL ?

 

LA PSCHOPHYSIOLOGIE DE L'ÉTAT DE RÊVE

Y a-t-il un rapport entre les mouvements oculaires rapides du sommeil REM et le contenu du rêve ?

 

La correspondance psychophysique

William C. Dement

The world's leading authority on sleep, sleep deprivation,
and the diagnosis and treatment of sleep disorders

 

1. Source : William Dement, The Promise of sleep, 2000, pp. 300-301

The eyes offer a window into the brain during REM sleep. The unparalysed eyes reveal that the brain is reacting to the dream scenes in essentially the same way it would if the dream were real.

Once [?], when we [?] were recording a man in REM sleep, we saw his eyes dart back and forth, left to right and back again in a rhytmic fashion 26 times. This was so unusual that we immediately woke him up and asked what his dream was about. He told us that he had been sitting by the table watching a Ping-Pong game between his brother and a friend, following the ball back and forth while they battled through a long volley.
In this instance, we duplicated the event in the real world. We recorded his eye movements while he sat in the same place and watched two players we recruited hit the ball back and forth 26 times. The electric patterns generated by this movements as he watched were identical with the pattern we had recorded during his sleep. [...] Other sleep researchers interested in the topic have recorded similar results.

Les yeux offrent une fenêtre d'accès au cerveau durant le sommeil REM. L'absence de paralysie des yeux révèle que le cerveau réagit aux scènes oniriques essentiellement de la même manière que si le rêve était réel.

Une fois [?], alors que nous [?] enregistrions un homme en sommeil REM, nous vîmes ses yeux bouger dans les deux sens, de gauche à droite et puis dans l'autre sens, de manière régulière, 26 fois. C'était si peu commun que nous l'avons immédiatement réveillé pour l'interroger sur le contenu de son rêve. Il nous raconta qu'il était assis près de la table en train de regarder un match de Ping-Pong entre son frère et un ami, suivant du regard le trajet de la balle d'un côté à l'autre tandis qu'ils luttaient durant un long échange. Dans cet exemple, nous avons reproduit l'événement dans le monde réel. Nous avons enregistré le mouvements oculaires du sujet alors qu'il était assis au même endroit et qu'il observait les deux joueurs que nous avions recrutés envoyer 26 fois la balle d'un côté à l'autre. Le tracé électrique produit par ces mouvements durant l'observation du match furent identiques au tracé que nous avions enregistré durant le sommeil [...]. D'autres hypnologues intéressés par cette question ont enregistré des résultats semblables (Traduit par Roger Ripert).

2. Source : Alexander Borbély, Les secrets du sommeil

«Les premières observations de William Dement semblaient confirmer cette supposition.
Il a rendu compte d'une expérience dans laquelle le sujet a été réveillé après une longue séquence de mouvements oculaires caractérisés par un changement régulier de la direction du regard. Le sujet raconta qu'il avait assisté en rêve à un long échange de balles dans un match de ping-pong [source non indiquée, voir ci-dessus !].»

«Mais d'autres études [lesquelles ?] ont contredit l'existence d'une telle relation entre les mouvements oculaires et le contenu du rêve. C'est pourquoi il paraît peu vraisemblable que ces processus soient en rapport direct... Les mouvements oculaires rapides, que l'on observe aussi bien chez les nourrissons que chez les animaux, semblent plutôt constituer une partie de ce qu'on appelle les "signes phasiques du sommeil REM", auxquels appartiennent aussi des mouvements brusques des doigts ou des variations de la tension artérielle. Dans l'état actuel de la science, il n'est donc pas possible de tirer des processus physiologiques mesurables des conclusions relatives à la teneur du rêve [sic]
(Borbély, 1984, pp. 65-66).»

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3. Source : Claude Debru, Neurophilosophie du rêve

Aux yeux des hypnologues américains, la correspondance entre l'imagerie visuelle onirique et la direction des mouvements oculaires rapides était un fait démontré.

Howard P. Roffwarg, M.D.

Clinical Mentor
Diplomate of the American Board of Sleep Medicine
Professor of Psychiatry and Human Behavior
Director, Division of Sleep Medicine
Co-Director, Animal Sleep Neurophysiology Laboratory
The University of Mississippi Medical Center
Jackson, Mississippi

 

En 1961, Howard Roffwarg et William Dement ont comparé l'électro-oculogramme avec la transcription du récit du rêve, recueilli par un expérimentateur qui en analyse l'aspect visuel et fait des prédictions sur la direction des mouvements oculaires correspondants.

La comparaison entre les patterns des mouvements oculaires enregistrés et les patterns prédits par l'expérimentateur montre quelques "coïncidences frappantes" [sic].
Un sujet rêve qu'il monte un escalier de cinq ou six marches, un chat dans les bras, ce qui l'oblige à jeter un coup d'oeil sur chaque marche avant de la gravir. L'examen de l'électro-oculogramme montre qu'il a effectué cinq mouvements des yeux vers le haut, à intervalles réguliers, pendant le rêve (BDB : 1243).


EXAMPLE 1.Transcript, Subject 7, Sept. 26, 1960 (Fig. 3) :

"Right near the end of the dream I was walking up the back stairs of an old house. I was holding a cat in my arms."
"Were you looking at the cat ?"
"No, I was being followed up the steps by the Spanish dancer, Escudero. I was annoyed at him and refused to look back at him or talk to him. I walked up, as a dancer would, holding my head high, and I glanced up at every step I took."
"How many steps were there ?"
"Five or six."
"Then what happened ?"
"I reached the head of the stairs and I walked straight over to a group of people about to begin a circle dance."
"Did you look around at the people ?"
"I don't believe so. I looked straight ahead at the person across from me. Then I woke up."
"How long was it from the time you reached the top of the stairs to the end of the dream ?"
"Just a few seconds."

Interrogator's Prediction." — "There should be a series of 5 vertical upward movements as she holds her head high and walks up the steps. Then there should be a few seconds with only some very small horizontal movement just before the awakening."
For the most part, in this example, the subject's description required little clarification or interpretation for the interrogator to formulate an accurate prediction. The interrogator did assume, however, that the dreamer had to look in a horizontal plane after reaching the top step, as she commenced to walk over to the group to assume her position in the circle dance. His prediction of some small horizontal movements at the end proved correct. Note that each hallucinated physical movement and dreamed image of the dreamer-participant had the time duration that one might expect for a like event in real life. Time is not substantially condensed or speeded up for the dreamer as it may be, for instance, with subjects in hypnotic trances.

 


Fig. 3 (Example 1). An a.c. electrooculogram showing the eye movements during the last 20 seconds before the awakening (arrow).
Electrode positions : P, parietal (EEG); Lt. Lat., left lateral canthus; Rt. Lat., right lateral canthus; Lt. Lat./rt. lat., same leads in bipolar arrangement; Sup., supraorbital; Inf., infraorbital; Sup./Inf., same leads in bipolar arrangement. REM'S : R, right; U, up.
Note the 5 distinct upward deflections recorded in the vertical leads corresponding to the interrogator's prediction of 5 upward movements.
The EEG pattern throughout the record was low voltage, fast, and nonspindling (Stage 1 sleep).

Réf. 1243 (BDB Oniros) : «Dream imagery : relationship to rapid eye movements of sleep», Roffwarg (H. P.), Dement (W.C.), Muzio (J. N.) et Fisher (C.), Archives of general psychiatry, n° 7, 1962, pp. 239-240.

D'autres exemples sont donnés. Un sujet rêve qu'il tourne la tête pour regarder quelque chose. Il ne la tourne pas réellement, mais le mouvement hallucinatoire de la tête se traduit par un mouvement des yeux identique à celui qui aurait lieu si le rêveur, éveillé, tournait effectivement la tête pour regarder quelque chose.

Il était donc difficile d'échapper à "l'impression" [sic] qu'il existe une relation intime entre les mouvements oculaires et l'activité visuelle du rêve.
Les mouvements oculaires du rêve auraient les mêmes caractères que les mouvements de fixation qui ont lieu pendant l'éveil.

Ces faits sont rapportés par Howard Roffwarg et William Dement comme autant de preuves de la nature hallucinatoire du rêve. Les événements psychiques du rêve posséderaient une telle vivacité, une telle vigueur, qu'ils s'accompagneraient de manifestations physiques, oculomotrices et végétatives. C'est pourquoi Roffwarg et Dement ont moins mis l'accent sur la "profondeur" du sommeil paradoxal, l'absence de réactivité du cerveau aux stimuli extérieurs, que sur le niveau de réactivité de l'organisme A l'expérience hallucinatoire du rêve, niveau de réactivité quasiment identique A celui de l'éveil. Le rêveur, écrivent Roffwarg et Dement, "participe au rêve par des réponses A la fois émotionnelles et physiologiques comme s'il s'agissait d'une expérience éveillée" (Debru, pp. 103-104)

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4. Source : John H. Herman et al., «Evidence for a directionnal correspondance between eye movements and Dream imagery in REM sleep» (BDB : 1363; Sleep, 1984, pp. 52-63)

Herman J. H., Erman M., Boys R., Peiser L., Taylor M. E., Roffwarg H. P.

We examined the relationship between eye movement direction in REM sleep recorded by electrooculograph (EOG) and gaze direction in dream imagery.
In a double-blind protocol, carefully screened and trained subjects were awakened subsequent to direct coupled EOG activity that was either predominantly horizontal or vertical.
Following a target eye movement that fulfilled predetermined amplitude and directional criteria, a brief period of ocular quiescence was allowed to transpire before the subject was awakened. The dream narratives and EOG activity occurring prior to the REM awakenings were each reduced to a series of quantitatively scaled ratings.
Analyses of variance demonstrated that when the confidence level of the experimenters' prediction is taken into account, statistically significant relationships exist between the number and direction of shifts of gaze in the dream report and scaled measurements of the corresponding EOG.
When given dream narratives and the corresponding EOG recordings in sets of four, judges were unable to match them correctly better than by chance.
However, in the above matching, judges significantly paired the dream narratives with EOG recordings that were in the same axis of gaze.


PMID: 6718925 [PubMed - indexed for MEDLINE]

Discussion

This report demonstrates that the direction and number of REM sleep eye movements are related to how the dreamer reports viewing the perceptual field of the dream. The relationship between ocular activity and dreamt gaze, however, was not readily apparent, since it could not be demonstrated by analysis of eye movements and dream imagery alone. Significant relationships were revealed only after taking into account the interviewer's confidence. It appears that the narrative material that the subject provides the interviewer frequently does not lend itself to prediction of eye movement direction : without highquality recall and distinctive visual material, predictive ability is compromised. An estimate of the interviewer's confidence is crucial because it affords the opportunity to assert whether the narrative is insufficient or operationally useful. The interrogator not only senses when the narrative is not reliable but our data show that he is correct.
Either vague recall or the perceptual complexity of extremely vivid recall might render a prediction little more than a guess. There are a multitude of ways in which a directional correspondence could exist and go undetected, or a Type 11 error be committed (failure to reject the null hypothesis when it is incorrect). Before negative findings in terms of directional correspondences of EOG and imagery are accepted, the competence of subjects to provide clear accounts and the competence of the predictor to properly assess them must be manifest.

Ce compte rendu montre que la direction et le nombre de mouvements oculaires du sommeil REM sont liés au récit du rêveur sur la façon dont il perçoit le champ du rêve.
Néanmoins, la relation entre l'activité oculaire et le regard en rêve n'était pas manifeste au départ puisqu'il n'a pas été possible de la mettre en évidence uniquement par l'analyse des mouvements oculaires et de l'imagerie onirique.
Les relations significatives ne sont apparues qu'après une prise en compte du "niveau de confiance de l'interviewer".
Il s'avère souvent que le récit onirique fourni par le sujet à l'interviewer ne suffit pas en soi pour prévoir la direction du mouvement oculaire. Faute d'un très bon rappel du rêve et d'un matériau visuel [tracé] bien distinct, l'aptitude prédictive se voit compromise.
Une évaluation du "niveau de confiance de l'interviewer" est cruciale parce qu'elle permet d'affirmer si le récit est valable ou insuffisant au plan opérationnel.
Lorsque le récit n'est pas fiable, non seulement l'interrogateur le pressent, mais les données montrent la justesse de son intuition.
Un vague rappel ou la complexité perceptuelle d'un rappel extrêmement vivace peuvent faire de la prédiction guère plus qu'une conjecture. Une correspondance directionnelle peut exister de bien des façons et se voir non détectée, ou une erreur de Type 11 peut être commise (manque du rejet de l'hypothèse nulle en cas d'erreur).
Avant de considérer des résultats comme négatifs en terme de correspondances directionnelles enre l'EOG et l'imagerie, la compétence des sujets à fournir clairement des comptes rendus et la compétence du prévisionniste pour les évaluer correctement doivent être établies (Traduit par Roger Ripert)

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5. Source : Stephen LaBerge, Le Rêve lucide (éd. Oniros, 1991; éd. originale, 1985)

Je crois que nos découvertes ont bon nombre de conséquences intéressantes. Les plus passionnantes semblent concerner la philosophie, la psychophysiologie et les neurosciences. Ces trois disciplines sont concernées de longue date par les relations entre les univers mental et physique. Ce «problème corps-esprit» renferme en fait de nombreux problèmes ou alors un problème unique qui prendrait de nombreuses formes. L'une de ces facettes consiste à savoir si et comment les événements subjectifs (mentaux) du rêve et les événements objectifs (physiques) qui surviennent dans le cerveau du rêveur sont corrélés. A ce stade, je ne puis donner qu'une réponse partielle : nos recherches montrent que les événements oniriques sont étroitement parallèles à ceux du cerveau. Jusqu'où ce modèle de parallélisme psychophysiologique fournit-il une image précise de la réalité, cela reste un objectif pour la recherche future. Mais quels que soient les détails qui pourront en fin de compte se révéler erronés, notre modèle semble à l'heure actuelle exclure empiriquement la conception dualiste du rêve, telle que la vision traditionnelle favorite de l'âme (ou «corps astral») s'envolant dans le monde onirique, totalement libérée du corps et du cerveau.
Nos résultats devraient aussi encourager les psychologues, neuroscientifiques et psychophysiologistes qui tentent de découvrir des correspondances entre des mesures physiologiques objectives et les comportements et le vécu subjectifs. Nous commençons tout juste à tracer la carte des relations entre l'esprit humain et le cerveau, mais nos travaux de Stanford nous ont peut-être rapprochés d'un petit pas du jour où nous découvrirons la structure de notre esprit à l'intérieur du microcosme du cerveau humain. (p. 116).

 

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